X..., âgé de soixante-douze ans
Petit, sec, vigoureu.x, très actif.
Première attaque de colique néphrétique en 181-8 d’une durée de dix-sept jours avec expulsion de calculs.
Depuis lors 25 à 30 attaques de coliques.
En 1882, pour la première fois orteil et pied droit pris.
Diarrhée et consécutivement colique néphréti([ue qui dura six à huit jours.
En juin nouvelle colique néphrétique qui dura trois jours et qui donna lieu à la sortie d’un volumineux calcul.
La règle, nous l’avons dit, est que la colique néphrétique apparaisse la première ; parfois il n’existe qu’un ou deux accès, puis la goutte articulaire s’établit. On trouvera dans nos diverses observations, citées ailleurs, de nombreux exemples de ce mode d’évolution des manifestations goutteuses.
11 est possible encore que la goutte articulaire n’existe pas, et que la colique néphrétique soit remplacée par des symptômes de goutte viscéi’ale. Chez un de nos malades, une première attaque néphrétique se produit; puis les urines s’appauvrissent en acide urique. C’est alors que se manifestent les troubles les plus variés de névrose cérébro-cardiaque, troubles qui durent plusieurs années et qui se dissipent en même temps que la quantité d’acide urique devient plus abondante dans l’urine.
En résumé, gravelle et goulte rénale nous semblent deux termes synonymes, et si la gravelle constitue parfois la seule manifestation goutteuse, c’est qu’elle met, par sa répétition même, à l’abri des autres localisations de la maladie. Mais que le rein perde son aptitude à se laisser traverser par de grandes proportions d’acide urique et l’on verra rapidement apparaître tous les symptômes de la goutte articulaire-ou viscérale.
11 peut arriver toutefois que l’élimination de l’acide urique continuant à se faire en suffisante proportion mette à l’abri de manifes-
2G2 TRAITlî TIIIÎOIIIOIIE ET PRATIQUE DE I.A GOUTTE.
talions articulaires ou viscérales, sans que l’état du malade en soit pour cela moins grave. C’est dans ces conditions que se produit ,paiTois la néphiâte interstitielle goutteuse dontjious allons avoir à parler. C’est le plus souvent chez des malades qui n’ont eu que de rares attaques articulaires, qui parfois n’ont eu qu’une ou plusieurs attaques de colique néphrétique, que le rein continuant à •éliminer de l’acide urique en excès, on voit se développer au bout d’un temps plus ou moins long tous les symptômes caractéristiques du rein goutteux. On ne peut s’expliquer l’apparition de la néphrite interstitielle qu’en admettant que le passage prolongé de l’acide urique contenu en excès dans l’urine devient pour le rein une cause d’irritation qui finit par donner lieu à celte variété de l’inflammation rénale. On serait dans ces cas en droit de s’étonner de ne pas voir se produire des manifestations articulaires ou viscérales de la goutte, car on sait que la néphrite interstitielle entraîne une diminution d’élimination de l’acide; mais, s’il n’en est point généralement ainsi, c’est que la néphrite interstitielle provoque l’anémie et par suite ralentit le travail de désassimilation et au premier chef la formation de l’acide urique. Nous pourrions rapporter plusieurs observations à l’appui de cette assertion. Nous nous contenterons de relater la suivante.
0ns. XXXVI. — Goutte héréditaire. — Coliques néphrétiques et hématurie. — Néphrite interstitielle.
M..., âgé de Irenle-huit ans,rdsde goiUleux; rhumalisanl lui-même, depuis l’âge de vingt ans. Urines souvent troubles et chargées, douleurs de reins très fréquentes.
Depuis deux ans sensation de lassitude, alfaiblissement de la vue, de l’ouïe, de la mémoire.
.Atteint de gravelle urique depuis 1876; coliques néphrétiques fréquentes jusqu’en 1879. Ces coliques étaient toujours du côté gauche. Cessation des coliques jusqu’en mai 1880. Toutefois nombreux calculs expulsés pendant ce temps.
Depuis mai 1880, hématuries presque tous les mois, durant trois jours chaque fo*is. Cure à Contrexéville en août, disparition des hématuries qui reparaissent après deux mois et demi.
De novembre 80 à juillet 81 , hématuries plus fréquentes, moins abondantes et de moindre durée.
En juin, colique très violente, durée quatorze heures ; séjour à Contrexéville en juillet, disparition des hématuries.
L’urine est ordinairement nuageuse, foncée et laisse déposer un sédiment rouge (acide urique).
Depuis huit mois, rein droit devenu douloureux, douleur vive surtout
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le malin et pciulanl la marche. La douleur siège dans le danc entre la crête iliaque et les fausses côtes; de là elle s’irradie 1“ vers le rein droit, “2“ le long de l’uretère, 3" le long de la jambe, et 4" dans tout rabdomeu.
Depuis trois mois un peu de polyurie, 2500 cc. Urines claires, no déposent plus, elles contiennent de l’albumine.
Dans certains cas lonlefois ces accidents urinaires, qu’on est tenté de rapporter à la néphrite interstitielle et à la néphrite parenchymateuse, se dissipent lorsque viennent a cesser les coliques néphrétiques. Nous ne saurions en donner un exemple plus intéressant que le suivant.
Il est d’autant plus curieux que les coliques néphrétiques ont duré sept ans, se reproduisant d’une façon pour ainsi dire régulièrement intermittente.
Obs. XXXVll. — Goutie héréditaire. — Coligues négjhrétiques se répétant d’une manière périodique tous les mois, s’accompagnant
d’albuminurie et de polyurie.
X..., âgé de vingt-huit ans; assez délicat, petit-lils de goutteux; fds d’uu père mort d’une maladie de la moelle. 11 y a sept ans qu’il vit survenir des troubles urinaires à la suite de la disparition d’un mal qui durait depuis quelque temps, présentant des exacerbations et des rémittences.
Ces troubles urinaires sont caractérisés par des attaques de coliques néphrétiques, apparaissant d’une façon intermitlenle,'par de la polyurie et par la présence d’une quantité plus ou moins considérable d’albumine dans l’urine. Depuis sept ans le malade éprouve chaque mois une attaque de colique néphrétique; une seule fois la colique s’est accompagnée de l’expulsion d’un gravier d’acide urique.
Parfois même il en survient deux dans le mois, le 7 et le 25.
Depuis sept ans, ces coliques se sont montrées avec des intermittences régulières. Ouelques retours de ces coliques ont été toutefois suspendus ou retardés par la médication.
.Ainsi à la suite d’une cure faite à Vichy, il s’est passé trois mois sans coliques néphrétiques.
A la suite d’une deuxième cure, il n’y a pas eu de modification; les attaques de coliques ont continué à être mensuelles. A la suite d’une cure à Contrexéville, il y a eu une suspension de deux mois. A la suite d’une deuxième cure, il y a eu seulement éloignement dans les retours lies crises. Le malade n’a eu, apres celte deuxième cure à Contrexévillc, que trois attaques de coliques néphrétiques dans l’année qui a suivi.
Les attaques de coliques néphrétiques, qui toujours ont élélimitéesau coté gauche, sont caractérisées par une douleur |au niveau du rein gauche, avec irradiation sur le trajet de l’uretère, sur la partie anlé-
“iOi
TK.\m'] TIlÉÜRlOliE
ET l'UATIUUl-; DE I.A (lOUTTE.
rioiirc de la cuisse (rameaux du crural) avec rclraclioii du testicule.
Cos douleurs s’accompagnent de vomissements.
Les attaques durent vingt-quatre, trente-six, quarante-liuit heures.
L atta<|ue linie, la douleur j)crsisleau niveau du rein gauche, pendant quehjue temps, puis disparaît à peu près complètenient.
L’attaque linie, il reste un peu de polyurie, le malade rend par jour 1800 ce. d’urine, puis cette polyurie diminue au fur et à mesure qu’on s’éloigne de l’attaque.
L’albumine que renferme l’iiriiie pendant l’attaque va également en diminuant pour disparaître tà peu près complètement. Nous avons eu l’occasion défaire plusieurs fois l’analyse de cette urine. Voici ce que nous a donné cette analyse au moment de l’une des attaques.
Quaulilé
Acidité
Densité
Urée
Acide uridi;
Albumine
Sucre, sédimcnl
Urine
pendant la crise.
Urine après la crise,
Voici nue autre analyse faite entre deux attaques, à une époque assez éloignée de l’attaque passée (trois semaines).
Quantité 18ü0 ce.
Densité t025
Urée 23.3,
Acide uri(ine 0.65
Albninine Ü.30
Sédiments uratiques
L'état (le ce malade a été tellement moditié par les eaux d’Évian que les attaques de coliques néphrétiques ont complètement disparu, et que les urines ont repris leur caractère normal.
On ne saurait douter de l’existence de colique néphrétique chez notre malade, puisqu’il a, à l’une de ses coliques, rendu un gravier d’acide urique. On ne saurait pas davantage douter de la nature goutteuse de ces manifestations, puisqu’il était petit-fils de goutteux, et que ses urines, à l’état ordinaire, dans l’intervalle des attaques, contenaient plus d’un gramme par jour d’acide urique. Tout porte même à croire que la céphalalgie qui a précédé l’apparition des coliques était de natui’e goutteuse. Enfin la guérison par les eaux d’Évian de cette maladie, améliorée déjà par Vichy et Contrexéville, parle dans le même sens. Seulement il est
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iliffioile (le se rendre coraplc de celte inlermiltence si parfaite des coliques, ducs probablement à un excès d’acide urique cbarric par Furine au moment des crises.
On ne saurait, en présence de la guérison complète sans rejet de graviers, penser à l’existence de calculs dans les bassinets, calculs qui, par leur déplacement, auraient amené ces attaques de coliques néphrétiques. Du reste il n’y a jamais eu de pyélite, puisque nous n’avons jamais trouvé de pus dans les urines.
Il n’y avait pas davantage de néphrite interstitielle; car la polyurie cessait dès que la crise avait pris fin. D’un autre côté on ne peut voir dans la néphrite parenchymateuse, qui s’exaspérait au moment des coliques, qu’une inflammalion passagère due à la même cause c[ue la colique néphrétique, puisque, la colique cessant, l’albumine disparaissait de l’urine.