‹ Traité théorique et pratique de littérature (volume 2)Chapitre 5 sur 79 · VERSIFICATION · texte numérisé non relu

VERSIFICATION

§1". — Dw Vers.

y I On'est-ce qnc la versification ? — s. Qu'est-ce que le vers , cl en t(Uoi diffti'ct-il de la prose ? — 5. Combien y a-l-il de choses à observer dans les vers ?

1. La versification est l'art , non pas seulement de faire les vers, mais de connaître la manière dont on les lait.

2. Le ?'cr5 est en général un assemblage de mots mesurés'. l>e ^ers latin et le vers grec se mesuraient par pieds ''\ le vers français se mesure par syllabes.

1^ prose , libre de toute mesure , n'est soumise qu'à l'ordre général du style. Les vers, outre cet ordre général auquel ils sont soumis comme la prose, ont une structure qui leur est propre.

3. 11 y a six choses à observer dans les vers, savoir : la mesure. Vr/ision, \e repos, la rii/ie, \a licence, et la disposition. Ces deux vers lecluiiques les renferment toutes :

^ Ohsprvpz 'l;ins Ips vers nipsnro, élision,

lU'pos, rime, licence, el dispuïiliun.

§ 2. — De la Mesure.

I. 0<i'cst-ce que la mesure ? — 2. r.omliien distinsue-t-on de sortes de mesures cl de virs?— r> (".oiiiimnl s'.ippi'Henl li's ilirrérenl<:s sortes de vers? — 4. A quoi CODvieiit le prand vers, el quel en esl le c;irail(>re ? - s. Levers do dix s.vlldues? — G. 1.1- vers de JMiit sxll.ilies? — 7. J.e vers de sept syllabes ? — 8. Le vers de six svUabes et au-dessous?

1 . La mesure est le nombre de syllabes que l'on compte lans un vers.

2. On distingue dix sortes de mesures ou de vers, d'après le nombre des syllabes. Le dizain suivant les renferme toutes :

' Nous ne (lirons rien de la \ersification latine ni de la versification grecque, pour laquelle nous renvoyons aux prosodies qu'on étudie en quatrième.

* Le yied esl composé , comme on sait, de syllabus.

Syll. I 2 3 4 5 6 7 8 9 10 II 12

12 O Mort, viens tnr nii ner ma mi se re cruel/e',

10 S'é cri ait Charle, a cca blé par le sort.

8 La Mort a ccourt du som Ijre tord. 7 C'pst bien i ci qu'on ma ppelZe!

9 Or ca, de par Plu ton, 6 Que de man de -l-on?

i Je veux, <lit Charge.

3 Tu veiix?Parfe.

S Hé bien!

I Rien.

3. Les vers de douze syllabes s'appellent vers alexandrins, vers héroïques, ou plus communément .gran^/.v vers. Les autres espèces de vers n'ont point d'autre nom que celui du nombre de leurs syllabes ; ainsi l'on dit : vers d'une syllabe, vej's de deux, de trois, de quatre syllabes , etc.

4. Le grand vers convient à la haute poésie, à cause de son caractère grave et majestueux. Ex. :

Je chante ce héros qui régna sur la France El par (Iroil de conquête et par droit de naissance, Qui par de lontis malheurs apprit a gouverner. Calma les factions, sut vaincra et pardonner; Confondit et Mayenne , et la Liywe, et Tibère , Et lui de ses sujets le vainqueur et le pèce.

{flenriade.}

5. Le vers de dix syllabes a de la douceur, de la facilité, un air de légèreté et d'abandon qui le rend propre aux récits simples et badins. Ex. :

Du sein des maux d'une longue diète Passant trop lot dans des (lots de douceurs , Bourré de sucre et hrùlé de lUiueurs , "Ver-Vert, tombant sur un tas de dragées, En noirs cyprès vit ses roses changées.

(Gresset)

6. Le vers de huit syllabes est susceptible de noblesse et d'énergie, comme de douceur et de grâce. Il convient à l'ode, de même qu'à la poésie légère. Ex. :

Ce vieillard qui d'un vol agi/e Fuit sans jamais atre arrêté.

Le Temps, ceUe image mobiie De l'iramobi/e éternité, A peine dusi-in des ténèbres Fait éclore les faits célèûres , Qu'il les replonge dans la nuit.

» Les syllabes en caractères ilaliuues necompieui pas; on eu verra lâ raison au § 3.

4 TBAITE DE LITTERATUBB.

Auteur de loul ce qui doit être , Il détruit tout ce qu'il faitnai/r« A mesure qu'il le produit.

(J.-B. Rousseau.) Une divinité commorfe, L'Amitié, sans Ijruit, sans éclat, Foiidi-ra ce nouvel État :

La Frnnclii.^f en fera le eoifc, Les Jeux e[i seront le sénat, Et sur un tribunal de ro^es , Siège de notre consulat , L'Enjouement jugera les causes.

(Gresset.)

7. Le vers de sept syllabes, moins harmonieux que le vers de huit, s'emploie de la même manière. Ex. :

O que tes œuvres sont bel/es , Grand Dieu 1 quels sont tes bienfaits ! Que ceux qui le sont l'idéles Sous ton joug trouvent d'attraits !

(J.-B. RousSEAt.j Fleur charmante et solitaire, Oui fus l'orgueil du vallon, les débris jonchent la terre, Dispersés par l'aquilon.

(MiLLEVOYE.)

8. Les vers de six syllabes et au-dessous s'emploient rarement seuls; il.s sont presque toujours entremêlés à d'autres de différente mesure. Il y a cependant une exception pour le vers de cinq syllabes qui a été plusieurs fois employé d'une manière gracieuse ou terrible. En voici des exemples :

6 Syllabes. Ta justice parait, de feux étincelanic; Et la terre tremblante S'arrête à ton aspect.

(J.-B. Rousseau.) C Syllabes. Dans ces prés fleuris

Qu'arrose la Sei«e, Cherchez qui vous mène, Mes chères brebis.

(Mad. Deshoulières.) Sa voix redoulaôte Trouble les enfers.

Un bruit formida'^Ze Gronde daus les airs.

(J.-B. Rousseau.) 4 Syllabes. Pasteurs loyaux,

En ces jours beaux,

Je vous convie

A jeux nouveaux . etc.

(Crestim.)

POBTIQUE. à

S Syllabes. Jième, il m'est arrivé quelcfuefois de manger Le berger. (L.\ Fontaine)

2 Syllabes. Combien j'ai douce souvenance Du joli lieu de ma naissance/ Ma sœur, qu'i's éiaient bcuux ces jours

De France !

O mon payj, sois miN amours

Toujours. (CI!ATEvnîHlv^D.)

I Syllabe, Nous voyons ries commii Mis Comme des princes , Qui jadis sont venus ^us De leurs provinces.

(Panard.) § 3. — DeVÉlision.

I. Ou'entend-on par élision , et quand a-t-elle lien? — 2. Quelles sont les règles de l'elision ?— 3. Quelles sont les conséquences de ces règles ? — 4. A quelle? remarques donnent-elles lieu ?— s. Qu'appelle-t-on hiatus, et â quelles observations donae- Wl lieu ?

1. On entend par élision un retranchement de syllabes dans la supputation des syllabes du vers. L'elision n'a lieu que pour l'e muet, suivi ou non de s ou de nt.

2. Les règles de l'elision sont au nombre de deux principales; les voici.

RÈGLE i""^. — L'e muet final , lorsqu'il est seul , s'éllde : 1° à la fin du vers; 2" devant une voyelle ou un h non aspiré.

L'e muet suivi de s comme dans hommes, ou de nt comme dans ils foulent, ne peut s'élider qu'à la fin du \ers; ailleurs il compte pour une syllabe. Ex. :

I 2 3 4 5 6 7 8 9 lO II 12 J'aijne nne épouse ingrate, et n'aime qu'elle au monde.

Outre les 3 syllabes remplacées par l'apostrophe, ce vers contient 18 syllabes qui ne comptent que pour 12- Il y en a donc 6 d'élidées; elles finissent toutes par un s muet, les cinq premières sont suivies dune voyelle , et la dernière termine le vers.

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