MOEURS ORATOIRES
Vous êtes, sire, le seul héritier de leur trône (des Chariemagne et des saint Louis ) , puissiez-vous l'être de leurs vertus ! Puissent ces grands modèles revivre en vous par limitation plus encore que par le nom I puissiez-vous devenir vous-même le modèle des rois vos successeurs !
Déjà, si notre tendresse ne nous séduit pas, si une enfance cultivée par tant de soins et par des mains si habiles , et où l'excellence de la nature semble prévenir tous les jours celle de l'éducation, ne nous fait pas de nos désirs de vaines prédictions, déjà s'ouvrent à nous de si douces espérances ; déjà nous voyons briller de loin les premières lueurs de notre prospérité future; déjà la majesté de vos ancêtres, peinte sur votre front, nous annonce vos grandes destinées. Puissiez-vous donc, sire, et ce souhait les renferme tous , puissiez-vous être un jour aussi grand que vous nous êtes cher!
Grand Dieu ! si ce n'étaient là que mes vœux et mes prières , l«s dernières sans doute que mon ministère, attaché désormais par les jugements secrets de votre providence au soin d'une de vos églises ' , me peroiettra de vous offrir dans ce lieu auguste ; si ce n'étaient là que mes vœux et mes prières : eh ! qui suis-je pour espérer qu'elles puissent monter jusqu'à votre trône ? Mais ce sont les vœux de tant de saints rois qui ont gouverné la monarchie, et qui, mettant leurs couronnes devant Tautel éternel . aux pieds de l'Agneau, vous demandent pour cet enfant auguste la couronne de justice qu'ils ont eux-mêmes méritée.
Ce sont les vœux du prince pieux surtout qui lui donna la naissance^ , et qui, prosterné dans le ciel, comme nous l'espérons, devant la face de votre gloire , ne cesse de vous demander que cet unique héritier de sa couronne ie devienne aussi des grâces et des miséricordes dont vous l'aviez prévenu lui-même.
Ce sont les vœux de tous ceux qui m'écoutent , et qui , ou chargés du soin de son enfance, ou attachés de plus près a sa personne sacrée, répandent ici leurs cœurs en votre présence, aJin que cet enfant précieux, qui est comme l'enfant de nos soupirs et de nos larmes, non-seulement ne périsse pas, mais devienne lui-même le salut de son peuple.
Que dirai-jc^ encore? Ce sont, ô mon Dieu , les vœux que toute la nation ^■ous offre aujourd'hui par ma bouche ; cette nation que vous avez protégée dès le commencement, et qui, malgré ses crimes, est encore la portion la plus florissante de votre Kglise.
Pourrez-vous , grand Dieu, fermer à tant de vœux les entrailles de votre miséricorde? Dieu des vertus, tournez-vous donc vers nous : Devs virtutum , convertere. Regardez du haut du ciel , et voyez , non les dissolutions publiques et secrètes , mais les malheurs du premier royaume
» Massillon venait d'être nommé évêque de Clerœont.
' Louis XV était fils du duc de Bourgogne, qui fut l'élève de Fénelon, et qu'on citera toujours comme un modèle accompli des pins grandes vertus.
chrélion, (1(> coite \ignosi chérie que votre main e11e-m{'me a plantée, «4 qui a été arrosée du sang d(> tant de martyrs ! Rcspice de cœlo ; et. vide , et visita vinenm istam quavi piantavit drxleni tua. Jetez sur elle vos anciens regards de miséricorde : et si nos crimes vous forcent encore de détourner de nous votre i'ace, que l'innocence du moins de cet auguste enfant (jue vou.< uve/ établi sur nous vous rappelle et vous rende à votre peuple : Et super jUinm fiominis que/u conjirindsti iihi.
Vous nous avez as^sez alfligés, grand Dieu! essuyez enlin les larmes que tant de tléaux, que vous avez versés sur nous dans votre colère, nous font répandre : faites succéder des jours de joie et de miséricorde à ces jours de deuil, de courroux ci de vengeances : que vos faveurs abondent oui vos châtiments ont abondé , et que cet enfant si cher soil pour nous un don qui répare toutes nos pertes.
Faites-en , grand Dieu , un roi selon votre coeur, c'est-à-dire le père de son peuple, le protecteur de votre Église, le modèle des mœurs publiques , le pacilicateur plutôt que le vainqueur des nations , l'arbitre plus que la terreur de ses voisins ; et que l'Europe entière envie plus notre boBheur, et soit plus touchée de ses vertus, qu'elle ne soit jalouse de ses conquêtes et de ses victoires !
Exaucez des vœux si tendres et si justes, ô mon Dieu! et que ces faveurs temporelles soient pour nous un gage de cfilies que \ous nous préparez dans l'éternité !
(Massillon , Sermon sur le Triomphe de la Religion.)
La piété même , la religion et la tendresse, semblent avoir dicté à Massillon cet admirable morceau.