PAR FIGURES
Mardochée veut-il prouver à Esther qu'elle ne doit pas hésiter à exposer sa vie pour sauver ses frères prêts à périr, il a recours aux figures les plus vives et les plus pathétiques:
Quoi ! lorsque vous voyez périr votre patrie , Pour quelque chose , Esther, vous comptez votre vie 1 Dieu parle, et d'un mortel vous craignez le courroux ! Que dis-je? votre vie, Esther, estellé a vous? N'est-elle pas au sang dont vous êtes issue? N'est-elle pas à Dieu dont vous l'avez reçue? Et qui sait, lorsqu'au trône il conduisait vos pas. Si pour sauver son peuple il ne vous gardait pas ? Songez-y bien , ce Dieu ne vous a pas choisie Pour être un vain spectacle aux peuples de l'Asie , Ni pour charmer les yeux des profanes humains : Pour un plus noble usage il reserve ses saints. S'immoler pour son nom et pour son héritage. D'un enfant d'Israël voilà le vrai partage : Trop heureuse pour lu' ^e hasarder vos jours!
3° PAR ÉNUAlllRATION DES PARTIES.
Massilloii, parlant de l'immortalité de l'âme, veut la prouver pm* le développement de cette vérité, que tout homme, quelque heureux qu il puisse être ici-bas, a toujours l'idée et le besoin d'un bonheur oii il ne peut pas atteindre sur la terre. Il a recours , pour Tamplification, principalement à ce que les rhéteurs appellent énumération des parties. On va voir combien ce tour devient fécond sous sa plume:
Si riiomme n'a point d'autre bonheur à espérer qil'un bonheur temporel , pourquoi ne le trouve-t-il nulle part sur la terre? D'où vient que les richesses l'inquiètent , que les honneurs le fatiguent , que les plaisirs le lassent, que les sciences le confondent et irritent sa curiosité, loin de la satisfaire, que la réputation le "éne et l'embarrasse, que tout cela ensemble ne peut remplir l'immensité de son cœur et lui laisse encore quelque chose à désirer ? Tous les autres êtres , contents de leur destinée , paraissent heureux à leur manière , dans la situation ou l'auteur de la nature les a placés. Les astres , U-auquilIes dans le firmament, ne quittent pas leur séjour pour aller éclairer une autre terre; la terre, réglée dans ses mouvements, ne s'élance pas en haut pour aller prendre leur place ; les animaux rampent dans les campagnes , sans envier la destinée de l'homme qui habite les vil les et les palais somptueux; les oiseaux se réjouissent dans les airs, sans penser qu'il y a des créatures plus heureuses qu'eux sur la terre : tout est heureux, pour ainsi dire , tout esta sa nlace dans la nature; l'homme seul est inquiet et mécontent; l'homiïi^ seul est en proie à ses désirs, se laisse déchirer par des craintes ,*trou\ e son supplice dans ses espérances , devient triste et malheureux au milieu de ses plaisirs ; l'homme seul ne rencontre rien ici-bas ou son idée puisse se fixer.
D'où vient cela? O homme ! ne serait-ce point parce que vous êtes ici-bas déplacé, que vous êtes fait pour le ciel, que votre cœur est plus grand que le monde, que toute la terre n'est pas votre patrie, et que tout ce qui n'est pas Dieu n'est rien pour vous ?