L'EXTREME GRANDEUR ET LA DERNIÈRE PETITESSE DE LA NATURE
La première chose qui s'offre à l'homme quand il se regarde , c'est son corps, c'est-à-dire une certaine portion de matière qui lui est propre. Mais, pour comprendre ce qu'elle est, il faut qu'il la compare avec tout ce qui est au-dessus de lui et tout ce qui est au-dessous, afin de reconnaître ses justes bornes.
Qu'il ne s'arrête donc pas à regarder simplement les objets qui l'environnent; qu'il contemple la nature entière dans sa haute et pleine majesté; qu'il considère cette éclatante lumière, mise comme une lampe éternelle pour éclairer l'univers ; que la terre lui paraisse pomme un point
326 TilAlTE DE LITTEBATUKE.
au prix du vaste tour que cet astre écrît, ei qu'il s'ëtdnne de cequece tour lui-même n'est qu'un point trés-delicat à l'égard de celui que les as' très qui roulent dans lelirmament embrassent. Mais si notre vue s'arrête là , que Timaginatiou passe outre, elle se lassera plus tôt de concevoir, que la vue de fournir. Tout ce que nous voyons du monde n'est qu'un trait imperceptible dans l'ample sein de la nature : nulle idée n'approcbe de l'étendue de ses espaces. Nous avons beau enfler nos conceptions , nous n'enfanterons que des atomes , au prix de la réalité des choses. C'est une sphère inllnie, dont le centre est partout et la circonférence nulle part; enlin c'est un des plus grands caractères sensibles de la toute- puissance de Dieu , que notre imagination se perde dans cette pensée.
Mais, pour présenter à l'homme un autre prodige aussi étonnant, qu'il recherche dans ce qu'il connaît les choses les plus délicates. Qu'un ciron , par exemple, lui offre dans la petitesse de son corps des parties inconî-
Sarabiement plus petites , des jambes avec des jointures , des ^'eines , de:' umeurs dans ce sang, des vapeurs dans ces gouttes; que, divisant encore ces dernières choses, il épuise ses forces et ses conceptions, et que le dernier objet où il peut arriver soit maintenant celui de notre discours; il pensera peut-être que c'est là l'extrême petitesse de la nature. Je veux lui peindre non-seulement l'univers visible , mais encore tout ce qu'il est capable de concevoir de l'immensité de la nature dans l'enceinte de cet imperceptible.. .. Qu'il se perde dans ces merveilles, aussi étonnantes par leur petitesse que les autres par leur étendue. Car qui n'admirera 3ue notre corps , qui tantôt n'était pas perceptible lui-même dans le sein u tout, soit maintenant un colosse, un monde, ou plutôt un tout à Pégardde la dernière petitesse où l'on ne peut arriver? Pascal.