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Immigration, 8 colonnes : Nombre total des immigrants

— Sexe. — Age. — État civil. — Culte. — Profession. — Situation de fortune. — Origine des immigrants.

6. Émigration, mômes colonnes, la 8« étant remplacée par destination des émigrants.

Chacun peut maintenant construire ce tableau. Supposons

Ml y a, en allemand : Beseha/fenheit (manière d*être, qualité). Nous espérons avoir deviné le sens énigma tique du mot.

la tête écrite, les colonnes tracées, la nomenclature portée en marge; il s'agit de remplir les colonnes. Voici comment M. Engel les a remplies. En regard de chaque ligne et dans chaque colonne, il a placé Tun des signes conventionnels suivants, signes très bien choisis d'ailleurs : — pour néant (il n'y a pas d'influence); ? pour : influence douteuse ou inconnue ifraglich); L P^"** affirmer qu'il y a une influence, mais qu'il n'y a pas moyen de la constater; ^ signifie qu'on peut plus ou moins constater les efl'ets, mais non les causes ^ on peut plus ou moins constater les causes, mais non les eff'ets; A affirme l'existence d'une influence sur les causes et sur les eff'ets, mais sans pouvoir faire des constatations complètes ; enfin Q signifie qu'on peut pleinement constater l'influence sur les causes et sur les effets.

Malheureusement, le signe Q est d'une rareté désespérante sur le tableau; à quoi bon décupler les colonnes dans lesquelles on est obligé d'affirmer qu'il n'y a pas de réponse à faire?

Le mot démographie n'a pas été accepté par tous les statisticiens, l'un des plus éminents, Wappâus, Ta toujours repoussé* et pour notre part, nous ne l'avons jamais jugé indispensable. En tout cas, nous ne l'admettons que si on lui donne une acception très large. Si Ton se borne, comme certains auteurs, à ne l'appliquer qu'au recensement et au mouvement de la population, le mot serait nuisible, il tendrait à restreindre l'horizon des statisticiens. C'est une science bien étroite que celle qui ne veut s'occuper que de naissances, mariages et décès, tandisque l'homme devrait être étudié sous tous les rapports politiques et sociaux. Si

• D'aprèsWappîius, M. Riimclin l'aurait plus tard répudié. (Gandil, p. 51.)

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Ton ne peut pas faire embrasser à la démographie lenseroble de la statistique, elle n*en restera qu'une partie infime et fera regretter son introduction, car il en résultera des confusions, ce sera un mot de plus qu'on emploira à tort et à travers et qui fournira de l'occupation aux collectionneurs de définitions.

La démographie — dans le sens large que nous donnons à ce mot ' — étant l'objet propre de la science statistique, le caractère distinctif de cette science est d'étudier des faits variables, des phénomènes, en vue de saisir le point fixe autour duquel les variations oscillent, de mesurer les écarts, d*en rechercher et s'il est possible, d'en établir les causes et les effets. C'est de ce caractère particulier à la statistique que nous déduisons la méthode propre à cette science.

La science statistique étudie des faits variables, disonsnous; c'est qu'elle a pour objet les hommes et les sociétés. < C*est un des caractères, non pas absolument particuliers aux sciences de la nature humaine et de la société, dit J.^St. Mili^ mais qu'elles présentent à un haut degré, de s'occu* per d'un objet dont les propriétés sont variables ; je ne dis pas variables de jour en jour, mais d'époque en époque; de sorte que non seulement les qualités des individus varient, mais que celles de la majorité ne sont pas dans un temps les mêmes que dans un autre. La principale cause de cette particularité est la réaction puissante et constante des effets

* Ce mot est, à proprement parler, une définition.

3 SysUme de logique, trad. Peisse, t. II, p. 51 1 (livre VI, chap. x, g 3\

sur leurs causes. Les circonstances dans lesquelles l'humanité se trouve placée, opérant d'après leurs propres lois et d'après celles de la nature humaine, forment les caractères des hommes ; mais les hommes, à leur tour, modèlent et façonnent les circonstances pour eux-mêmes et pour ceux qui viennent après eux. » Si les phénomènes sont variables, un fait unique ne nous apprend rien , nous avons besoin de grouper les faits, d*établir des faits collectifs, on a même dit que la statistique n'étudie que les faits qui se présentent en < masses > (la loi des grands nembres). Ce point a été souvent démontré; il n'a été contesté que par H. Leplay, dans un ouvrage autour duquel on avait fait beaucoup de bruit il y a une trentaine d'années [Les ouvriers européens). Il a été démontré alors victorieusement par M. R. de Fontenay, dans deux articles insérés au Journal des économisles de i8S6 (t. X, p. 210 et suiv.), que les < monographies v ne valent pas les faits collectifs'. Depuis lors, M. Rûmelin a publié une démonstration, dont nous ne pouvons nous refuser de reproduire un passage saillant.

H. Rûmelin oppose l'histoire naturelle, la physique et la chimie aux sciences morales. Dans les premières, un seul fait bien constaté peut servir de base à des inductions, parce que ce fait sera toujours identique à lui-même; un volume d'oxigèneet deux volumes d'hydrogène produiront toujours de Teau. Les minéraux sont typiques, les plantes sont typiques, les animaux sauvages également; mais, en entranten rapport avec l'homme, plus ils subissent son influence, plus

4 Nous avons quelque raison pour croire que M. Leplay en est revenu à des idées plus justes sur la statistique. La doctrine des mono|?raphies est d*ailleurs complètement détruite par la démonstration de M. Riimelin qui va suivre/

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eui aussi deviennent variables. « Dans le règne de la nature, dît M. Rûmelin, l'unité (dos Einxelné) est tt^pique, dans le monde des hommes, elle est individuelle K Mais individuel ne veut pas dire indéterminé, placé hors la loi de causalité, échappant à toute explication, nepouvant être ramené à des causes constantes, car ce serait rendre toute science impossible, ce serait ôter toute valeur à Texpérience. Mais, comme la réalité ne se manifeste pas par des sauts (des solutions de continuité), et que nulle part les limites ne sont tranchées, la différence signalée plus haut (entre la nature et Thomme) n*a rien d'arrêté ; aucun grain de sable, aucun brin d'herbe, aucun ver ne ressemble à l'autre, et la ressemblance entre deux chiens ou deux singes est encore moins grande ; mais les différences nous paraissent infiniment petites en comparaison de ce qui concorde, et elles s'expliquent généralement par des circonstances extérieures. Et cependant, ces exemples font déjà reconnaître une gradation. A mesure que nous nous élevons dans la série des organismes , les facteurs de la vie organique se multiplient, les combinaisons se compliquent, l'aire des variations s'étend. En effet, si 6 signes peuvent fournir 730 combinaisons, il ne s'ensuit pas que 12 signes en foui^nissent 2 fois 720 ou 1,440, car 12 signes se prêtent à 490,000,000 de combinaisons; 'de même, l'adjonction d'un petit nombre d'éléments, dans la vie organique, augmente la variété des phénomènes dans une progression infinie. L'individualité (ce qui est individuel dans chaque être) se développe en rai-

* L'auteur a eu le tort de ne pas dire expreBséme&t qu'il s'agit de rhomme comme être intellectuel et moral, et aussi de Thomme social; comme être purement physique, l'homme est aussi typique que l'animal. Les lois de la physiologie, de l'anatomie, de la logique, etc., sont les mêmes poui* tous les hommes.

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50D directe de la diversité croissante des formes de la vie. La série continue même dans le sein de rhumanité ; le sauvage est plus typique que rhomme civilisé; le nègre et le Touranien le sont pins que TEuropéen; l'homme de !*antiquiié plus que Thommedu moyen âge, et celui -là plus que rhomme des temps modernes. L'homme est plus individuel que la femme ', Tadulte plus que l'enfant, Thomme à l'esprit cultivé plus que l'ignorant, Thommede cœur plus que l'homme brutal. Mais cette longue série, depuis le grain de sable jusqu^au profond penseur ou au poète sublime, se divise en deux parties; elle renferme un saut (une solution de continuité), le plus grand que Ton rencontre dans la nature, celui de TanimalàThomme. En nous attachant seulement aux traits généraux, nous sommes en droit de distintinguer la naturede l'homme comme offrant, Tunedes types, l'autre dés individualités. Le développement de l'homme de génie n'est pas moins réglé par des lois que celui du plus chétif cryptogame, le concept de la causalité nous porte à l'admettre a prtorî; dans l'observation de l'homme, la loi se cache sous la multitude incalculable des cœflBcients perturbateurs ou modificateurs des phénomènes. En d'autres termes, l'induction, c'est-à-dire la conclusion tirée d'une ou quelques unités sur l'espèce, se modifie, non dans son essence « mais dans sa forme, et perd la facilité et la sûreté d'application que possèdent les sciences naturelles... » (Reden u, AufsâUe, p. 213 et suiv.)

Nous avons tenu à donner ce passage en son entier en le traduisant littéralement, parce que la distinction entre le type et l'individu a été acceptée par les statisticiens; mais

' Par conséquent, la famine est plus typique que l'homme, etc., elc

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nous ne pouvons pas reproduire tous les développements dans lesquels I*auteur entre pour montrer que c'est par l'observation des masses, par des idées collectives, qu'on se forme un type abstrait. L'auteur pense à la «loi desgrands nombres, » que nous traitons ailleurs (chap. v, § 2). Pour nous^ du reste, Tobservation des masses n'est pas toute la statistique; celle-ci est plutôt l'observation rigoureuse, poursuivie d'après les règles logiques, pouvant comprendre non seulement les grandes masses , mais encore des faits peu nombreux, qui ne se prêtent pas aux opérations arithmétiques ou mathématiques auxquelles on soumet les grands nombres. Pour ces observations, la statistique n'a pas d'autre méthode que celle des sciences exactes; elle pèse, compte et mesure avec soin. Mais elle a en même temps des procédés technologiques, administratifs et empiriques qui lui sont propres, et qui diffèrent selon le cas ; nous les traitons dans la 3« partie de ce volume, qui est consacrée à la pratique. Nous reprenons la suite de notre raisonnement.

Toute observation doit être contrôlée, nous ne parlons pas seulement du contrôle matériel, il y a aussi un contrôle scientifique qui apprécie les causes subjectives on objectives d'erreur, qui cherche à mesurer la grandeur de l'écart, qui soumet les éléments recueillis à une critique scientifique pour savoir s'il sont de même nature, si des unités individuelles dont on dispose on peut faire de vraies unités collectives. On pourra se demander, par exemple, si Ion peut additionnera mort-nés à 10 naissances vivantes pour faire 12 naissances, ou dans quel cas 2 morts violentes et 10 décès naturels peuvent faire 12 décès. Les questions de cette nature sont bien nombreuses dans la pratique. On ne doit pas oublier, en effet, que ja statistique opère sur des

collectivités. Dans le plus grand nombre de cas, elle devra donner à la collectivité ane forme abstraite, en faire, soit une moyenne, soit un nombre proportionnel ou un coefficient dont nous aurons encore à parler (chap. v,§ 2, p. 121).

La moyenne joue un grand rôle dans la statistique, puisqu'elle figure l'élément typique, l'élément fixe, dans les choses variables. Elle rend plus spécialement ce service, lorsqu'elle est prise sur des faits identiques ou à peu près ; c'est ce qu'on apppelle précisément une moyenne typique. II y a aussi des moyennes prises sur des choses très difi'érentes, — on les a appelées moyitWM^ indices; — elles rendent également des services ; nous en dirons plus loin ce que l'étude de la statistique comporte, il en est de même de ce qui concerne les coefiîcients; ce sont des notions que nous empruntons aux mathématiques; c'est là qu^on devra chercher de plus amples détails sur cette matière.

Ijb groupement des collectivités est également une tâche de la méthode. Voici, par exemple, la collectivité des Français : on peut grouper les individus qui la composent par sexes, par âges, par professions, ou autrement; chaque groupe devient ensuite une collectivité séparée où une souscollectivité : celle des femmes et celle des hommes; celle des célibataires et celle des mariés; celle des enfants, des adultes, des vieillards, en précisant les âges. Les groupes sont ensuite rapprochés, comparés entre eux. Plus les groupes sont nombreux, plus les rapprochements sont féconds en résultats scientifiques. Quelles sont les comparaisons à faire? Ce n'est pas à la méthode, mais à la science à l'enseigner. H. Engel a essayé d'en donner le tableau complet (voy. plus haut, p. 103); il a indiqué le possible et l'impossible; c'est à chaque statisticien à irouyerV applicable. Le

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