‹ Traité théorique et pratique de statistiqueChapitre 71 sur 84 · SUICIDES · texte numérisé non relu

SUICIDES

MoBbra

PAB 100.000 HABITAHTB dll«m-

SOICIDBa ARRUBLS.

BB LA MÊMB rBOFISBlOII. BIM

Sesa

Saia

SaM

Sata

Lesdcaz IM

matealtB.

rémfalB.

Taitl.

maicnllD.

nmlDlB.

•axes, fannas.

il n*est pas nécessaire de dire que les trois premières

lignes peuvent seules être ici Tobjet d*une étude. Nous ne nous arrêterons pas à répartir les suicides par mois, on devine qu'il y en a un peu plus en été qu'en hiver : sur 12,000, la part des mois de mars à août est de 6.857 , et celle des mois de septembre à février, de 5.143. Mais ce qui a excité rétonnement au plus haut degré, c*est la persistance avec laquelle les mêmes faits se reproduisent de la même façon. Voici, pour trois périodes quinquennales, les moyens de destruction employés en France.

Proportion sur 10,000.

18il-U. t8M-60. 1861-W. 1871-7S. itH^W,

l,SiO

SabmonioD

StraDgalatioD, pendaison. . .

Armas à fen

Asphyxie par le charbon

InstnimenU tranchants

Poison

Chote Tolontaire d'on lieo

élevé

Antres moyens divers

On voit que certains moyens de destruction semblent devenir à la mode, et reperdre ensuite le terrain gagné.

Si maintenant nous distinguons les sexes pour la période 1851-65, nous trouvons pour 10,000 suicides d'individus du même sexe la répartition suivante :

HomniM. Femm«t. Hommei. Faoïmat.

Submersion 9,604 4,417 Instrnm. tranchants. 437 974

Strangalation 4,346 9.994 Poison 159 344

Armes à fen 1,437 59 Chute volontaire.... 999 558

Asphyxie 640 1,373 Antres 85 51

Voici quelques renseignements sur d'autres pays :

tJNIVEBSITT

306 LIVRE IV. ^ PARTIS APPLIQUÉE OU DÉMOGRAPHIE. Suicides par million d^habitatU*.

Iule-

Ir-

kWÊén.

tnan.

lUUe.

um.

ict»e.

iMie.

Prant.

liin.

Ww

tricot

iNCrte.

lifw.

Irtii.

On voit que raccroissement est général, mais les causes qui agissent sur le nombre des suicides doivent évidemment le rendre plus ou moins lent ou rapide, selon le pays.

Mais quelles sont ces causes? Sur ce point on a que des hypothèses, des conjectures. On croit avoir remarqué que les pays les plus éclairés ont le plus de suicides, et l'on a été disposé à voir une relation entre ces deux faits : une plus grande instruction rendait Thomme plus sensible à la honte , aux malheurs de famille , à la perte de la fortune. Cette relation n'est pas impossible (voy. notre Europe politique et sociale, Paris, Hachette, page 206), mais doit-on en conclure qu'il ne faut pas répandre Tinstruction? Certains navires font naufrage, certaines locomotives déraillent, cer-

* Les chiffres ci-dessus ont été relevés sur Tétat civil; mais il en existe d*aiitres, présentés par la commission sanitaire et qui passent pour plus exacts ; les voici pour les années 1873 à 1881 (par 100,000 rrhab.) : 119 - 125 - 1Î9 - 158 - 168 • 161 - 159 - 166 - 158.

tains négociants font faillite, certains soldats sont tués dans la bataille, certains.... mais nous n*en finirions pas si nous voulions citer les revers de toutes les médailles. Dans tous ces cas, on ne supprime pas le navire, la locomotive, le commerce, hélas! ni même la bataille, mais on prend les précautions que la chose comporte. On a voulu aussi voir une cause dans la religion, mais nous avons de la peine à radmettre. D*abord, les différences de religion coïncident généralement avec les différences de degré d'instruction, et même avec les différences de degré de richesse : — laquelle de ces trois forces est Tagent actif?— La principale raison pour laquelle nous avons de la peine à faire entrer la religion en ligne de compte, c'est que, généralement, elle est très mal enseignée. Dans certains pays on se contente d'apprendre aux enfants un catéchisme inintelligible, et après la première communion, ceux qui vont à la messe, qu'est-ce qu'ils entendent? Quelques mots latins qu'ils ne comprennent pas. Et ceux qui n'y vont pas , sont privés même de la bien faible influence que les cérémonies exercent sur leur imagination. Dans les pays protestants, le sermon peut faire une impression plus profonde, mais la fait-il ? C'est ce qu'il est difficile de dire. Si l'on en juge d'après les sermons que M. d'Œttingen insère dans sa Moralstatistik il faut craindre que non.

Il ne faut pas oublier ensuite qu'un grand nombre de suicides sont commis dans un moment de folie. En Angleterre, le coroner et son jury, appelés auprès du cadavre d'un suicidé, sont presque toujours disposés à attribuer l'acte à un moment d'aberration, de fièvre chaude; ils exagèrent sans doute, mais on a cependant constaté que, sur 1 ,000 suicides on doit en mettre sur le compte de Taliénation mentale, ou

au moins de la monomanie : 340 en France, 333 en Prusse, 337 en Saxe, 350 en Belgique, 330 en Italie, c'est-à-dire partout environ un tiers, car une exactitude rigoureuse n'est pas possible en ces matières. C*est pour cette raison aussi que nous nous abstenons de reproduire les tableaux des causes des suicides présentés par quelques statisticiens ; il est des tableaux qui attribuent aux causes inconnues 30 p. 100! Et des 70 autres, combien de désignations reposent sur les suppositions du concierge ou d'une autre personne, tout aussi peu renseignée sur ce qui se passait dans le cerveau du suicidé. Quant à ce dernier, qui seul serait en état de fournir un renseignement, il se tait, c car les morts ne parlent pas. »

Les proportions par sexe et par âge semblent aussi très peu différer d'un pays à Tautre. Quand les chiffres sont grands, on trouve que le nombre des femmes oscille autour de 20 p. 100 , et cette proportion se retrouve à peu près en lulie (1873-75, moyenne : 766 hommes contres 171 femmes) aussi bien qu'en Russie (1870-74, 1,375 hommes contre 347 femmes), ou qu'en Prusse (nous avons sous les yeux un tableau des suicides de 1816 à 1872 >) et la plupart des autres pays. Eu Angleterre seulement, les faits témoignent plus défavorablement contre les femmes , car la moyenne de 1871-80 est de 431 femmes contre 1,265 hommes, soit,sur mille, 746 hommes contre 254 femmes.

Ce sont les moyens employés pour commettre le suicide, c'est le retour des mêmes proportions entre les instruments de destruction, qui étonnent le plus. Et pourtant, si Ton y regardait de près, on constaterait ici précisément Tinfluence

* Zeitschrifi du bureau de atatistique, année 1874, p. 264.

STATISTIQUE MORALB. 509

des causes extérieures, du moins pour un assez grand nombre de cas. Nous en signalerions notamment deux, dont Tune est ce que nous appellerons Toccasion , c'est-à-dire qu'une fois décidé à en finir avec la vie, on emploie le moyen qu'on a sous la main , celui qui parait le plus commode, faisant le moins souifrir, exigeant le moins d'énergie. Nous nous servons du mot occasion^ parce qu'où il n'y a pas de rivière, personne ne se noie, et où il n'y a pas d'arme à feu , personne ne se brûle la cervelle. Le second, est Vexemple. Un mode de suicide devient parfois épidémique. S'il est question dans les journaux d'un genre particulier de mort choisi par un désespéré ou un dégoûté de la vie, ce fait frappera les personnes qui couvent des pensées de mort. C'est ainsi , il nous semble , qu'il faut expliquer les faits curieux que nous venons de donner et ceux que nous allons extraire des documents officiels.

En Angleterre, le Registrar gênerai nous donne (38* rapport, p. 251] les proportions suivantes. Par million d'habitants, le nombre ci-après de suicides s'accomplit par les moyens que nous allons indiquer.

Hoy«DOt Moytooe Hoyenn»

de 1840-64. da IBCM». de 1870-74.

Armes àfea 3.0 (4.5) 3.4 (5.0) 3.0 (4.5)

iDstromenUlranchanU.... 12.6 (19.0) 13.4 (19.9) 13.6 (90.3)

PoiiOD 6.6 (9.9) 6.4 (9.5) 6.Î (9.«)

Immersion 10.8 (16.2) li.8 (17.5) 13.8 (90.6)

Straogulation 90. 0 (43.5) 95.8 (38.6) 94.8 (37.0)

Antres moyens 4 6 (6.9) 6.4 (9.5) 5.6 (8.4)

Enaemble par million... 66.6 (100) 67 9 (100) 67.0 (iOO)

Nous avons ajouté entre parenthèses la proportion pour 100, aQn de mieux faire ressortir les fluctuations. En 1875, l'emploi de l'instrument tranchant a encore augmenté (15

510 LIVRE IV. ~ PATITIE APPUQUÉB OU DÉMOGRAPHIB.

par million), de même que rimmersioa (14), et la pendaison a diminué (24).

En Italie (Movimenio, 1875, p. 162, sur 100 hommes, 30 p. 100 se tuent par des armes à feu, 23 en se noyant, 17 en se pendant, 10 par une chute, 6 par un instrument tranchant, 5 par le poison , les autres de difiërentes manières. Sur 100 femmes, 45 se noient, 17 se pendent, plus de 12 se jettent par la fenêtre, 10 s'empoisonnent, 6 s'asphyxient, 4.57 emploient Tarme à feu, 2.86 Tinstrument tranchant, les autres des moyens divers.

En Prusse, nous trouvons {Zeitschrifl de 1874, p. 264, e), pour la période 1869-72 : strangulation [pendaison, etc.), 61 p. 100; immersion, 19.7; armes à feu, 10.2; instruments tranchants, 4.1; poison, 2.8. Parmi les autres moyens de destruction , nous voyons figurer la roue de la locomotive, 1 p. 100 : ce moyen commence aussi à être employé ailleurs.

Une réflexion pour terminer. Nous croyons qu'on cherche volontiers Vettei dramatique dans la statistique des suicides; on aime sinon éblouir par un merveilleux poétique, du moins étonner par un merveilleux prosaïque, dût-on se faire matérialiste, fataliste, ou n'importe quoi, même socialiste. Hais il n'y a pas , en ces matières, de cause unique. L'individu y est pour quelque chose, car on naît avec le germe d'une forte, d'une faible ou d'une médiocre intelligence, avec le germe de peu ou beaucoup d'imagination, avec le germe de telles qualités et de tels défaut. La société y est aussi pour quelque chose : car, si l'on avait vécu seul dans une forêt, on n'aurait pas été trompé par sa femme, déshonoré par ses enfants, volé par ses voisins, trahi par ses amis, et ces causes de suicide se retrouveraient dans la so-

ciété socialiste, si elle pouvait exister, aussi bien que dans la nôtre. Les circonstances, les événements les chances diverses, exercent une influence; la santé, les lectures, Texemple et mille autres choses la fortifient ou la combattent, et généralement une seule influence n'aurait pas suffi , il fallait la coïncidence de plusieurs pour que l'acte eût lieu. Si, malgré cela, il y a encore tant de ressemblance entre les faits d'une année et ceux des autres , c'est que les hommes dans une forte mesure, se ressemblent, ils ont recula même éducation , ils vivent dans la même société ou à peu près ; seules, les circonstances accessoires et accidentelles se modifient et causent , soit des fluctuations, soit une progression dans un sens ou dans un autre.

Page 1