LIVRE IV. CHAPITRE I
que ce Bout les plus parfaites, puisqu’elles ont réalisé les opérations les plus difficiles et obtenu les plus beaux résultats.
On connaît la constitution économique de l’ Écosse : quelques villes manufacturières ou commerçantes; ailleurs, pas d’autre industrie que la pèche ou l’agriculture, aux prises avec toutes les difficultés naturelles, sur ce sol ingrat, si bien décrit par W. Scott : dans certaines contrées, la grande propriété; dans d’autres, la petite ou la moyenne.
Les banques ont pris possession peu à peu de tous les points de ce territoire. Etablies d’abord dans les grandes villes, comme Édinbourg et Glasgow, elles ont successivement porté jusque dans les villages, 382 comptoirs ou succursales. Elles se sont emparées de l’opinion au point que le dernier paysan préfère leurs billets à l’or et n’hésite pas à leur confier ses petites épargnes, à se mettre avec elles en compte courant; de telle sorte qu’elles fournissent au pays toute sa monnaie et administrent la totalité de ses fonds disponibles.
Certes de tels résultats n’ont été obtenus ni du premier coup,
en peu de temps, ni sans efforts; ils sont le prix d’une application intelligente et persévérante des véritables principes de l’art du banquier.
Les banques écossaises font, outre les opérations courantes, des crédits hypothécaires, des crédits à découvert sous caution solvable, et elles bonifient un intérêt aux capitalistes qui déposent des fonds chez elles. Cet intérêt s’est élevé jusqu a 5 p. °/0 sur des dépôts exigibles à volonté, et il est descendu jusqu’à 2, jusqu’à 1 1/2 p. °/0: A tout prendre cependant, l’intérêt est, assez cher en Écosse, parce que les capitaux y trouvent habituellement un bon placement, et ceci doit être en grande partie attribué aux banques dont les opérations, conduites en vue d’un long avenir et fondées sur la prospérité réelle du pays, y ont multiplié les bons entrepreneurs.
Tant qu’elles ont restreint leurs opérations dans le commerce et dans les villes principales, ces banques ont été sujettes aux grandes oscillations de caisse, comme les banques établies en Angleterre et en France. 11 existait, à côté d’elles, une population, celle des campagnes, qui n’acceptait point la monnaie de papier et dont les échanges amenaient fréquemment de grands déplace-
BANQUES d’ ÉCOSSE. 257
ments d’espèces. Cet inconvénient a été senti par toutes les banques de circulation de l’Europe, mais celles d’Écosse sont les seules qui aient su faire disparaître l’obstacle. Par l’établissement des comptoirs ou succursales, elles sont parvenues à répandre sur tout le pays, d’une manière uniforme, leur monnaie de papier, si bien qu’aujourd’hui leurs plus grandes oscillations de caisse sont médiocres.
Chaque fois que leurs capitaux commençaient à surabonder, ces banques fondaient une succursale dans les proportions les plus modestes. Le directeur qu’elles envoyaient était uu commis intelligent, actif, d’une probité et d’une capacité éprouvées, capable d’apprécier et de trouver les placements utiles. Il était aiusi conduit à reconnaître et à rechercher les aptitudes industrielles et agricoles du pays et de ses habitants, et à favoriser, par l’ouverture de crédits sur hypothèque ou sous caution, le développement des unes et des autres. Le cultivateur, appuyé sur la banque, améliorait sa terre et prospérait : ses voisins cherchaient à l’imiter, et bientôt une succursale, qui d’abord n’avait pas fait ses frais, donnait des bénéfices, trouvait des capitaux dans la contrée où elle était établie et y introduisait à la fois l’usage des comptes courants et des billets-monnaie. Le travail par lequel s’accomplissait un tel changement n'était pas l’exercice d’une aveugle routine, la mise en œuvre d’une sorte de mécanisme matériel; c’était l’emploi d’un jugement éclairé dans les placements consentis, l’exercice d’une haute intelligence appliquée aux affaires.
C’est«sous la puissante influence de ses banques que l'Ecosse a changé d’aspect, presque de forme, et que la terre, pétrie et manufacturée en quelque sorte, est devenue l’une des plus fertiles et des mieux cultivées de l’univers; que la population agricole de ce pays a pris cette confiance en elle-même et cette intrépidité industrielle qui, dans les enquêtes parlementaires, contrastent d’une manière si saillante avec l’attitude des agriculteurs anglais.
On a dit, il est vrai, que les banques d’Écosse avaient fait maintes expropriations , soit par voie judiciaire, soit, plus sommairement encore, en usant des procurations de vendre à défaut de paiement qui leur avaient été consenties par leurs débiteurs. Faut-il leur en faire un reproche? Ont-elles eu tort d’appliquer à la rigueur les usages du commerce à la propriété foncière? N’est- 2* édition. 47