I.IVKK 1. (AIAI'ITHK X
niais qui nous mènerait loin, en dehors de notre sujet. Happions seulement en passant que les conditions de ces crédits se règlent par les lois de l’offre et de la demande, c’est-à-dire sur la Mance des besoins et des moyens de ceux qui les discutent, lin maître de forges vend une partie de fer à un marchand : l’escompte est offert ou demandé : le taux de cet escompte se réglera sur le besoin du maitre de forges et sur l’aisance du marchand, quelquefois aussi sur le risque de perte auquel le vendeur se croit exposé, parce que l’escompte l’affranchit du risque.
Tous ces marchés de crédit, si nombreux, si séparés les uns des autres, quoiqu’ils se touchent, n’ont rien de commun, si ce n'est que tous les capitaux empruntés sous la forme d’achat à terme ont une aptitude spéciale qui en soumet l’offre et la demande à des conditions particulières. Les capitaux empruntés en numéraire peuvent, au contraire, prendre indifféremment tous les emplois, parce que la monnaie est la marchandise contre laquelle viennent successivement s’échanger toutes les autres. Cependant, comme on n’emprunte guère de l’argent pour le garder en caisse, les sommes empruntées en monnaie prennent bientôt une autre forme qui leur donne une aptitude spéciale. Si Pierre, ayant emprunté de l’argent, va payer au comptant les 20,000 kilogrammes de sucre dont il a besoin, le capital emprunté n’aura pas moins acquis une aptitude spéciale que si Pierre avait acheté la marchandise à terme.
Ainsi donc et généralement parlant, tout emprunt, quelle que soit sa forme, a pour matière un capital qui possède actuellement ou ne tarde pas à prendre une aptitude spéciale. Au contraire, tout paiement et tout remboursement stipulés en monnaie présupposent la conversion d’un capital placé dans des conditions d’aptitude spéciale en un capital qui possède des conditions d’aptitude générale.
Lorsque nous disons que les capitaux monnayés ont une aptitude générale, nous savons fort bien que cette expression n’est pas rigoureusement exacte. Un capital-monnaie, en tant que monnaie, est apte seulement à être échangé à la vente contre telle ou telle autre marchandise, ou conservé pour l’avenir. Mais la monnaie seule a cette propriété, consacrée par l’usage, de pouvoir être échangée à tout instant, à la convenance, quelle qu'elle soit, de
UE li’ APTITUDE DES CAPITAUX. 41
celui qui en dispose, contre toute autre marchandise. C'est cette propriété des capitaux monnayés qu’exprime en termes un peu absolus le dicton vulgaire : « Le louis d’or seul plaît, à tout le monde. » C’est ce que nous exprimons en termes absolus aussi, mais approximativement exacts, en disant que les capitaux monnayés ont une aptitude générale.
Les capitaux sous forme spéciale ne conviennent qu’à une certaine classe de preneurs, ce qui en restreint nécessairement la demande, et soumet les marchés où ils se vendent et se prêtent à des fluctuations considérables. Ces fluctuations de hausse et de baisse viennent se compenser et s’amortir dans le marché des capitaux doués d’aptitude générale, sorte de réservoir commun où l’équilibre s'établit, comme l’équilibre ou niveau des fleuves dans l’Océan. Dés qu’un besoin se fait sentir sur un marché particulier, il se traduit par une demande sur le marché général : dès qu’un capital devient disponible sur un marché particulier, il vient s’offrir sur le marché général, et les fluctuations de celui-ci affectent très-directement tous les marchés particuliers.
Le marché des capitaux doués d’aptitude générale est plus étendu que tous les autres, quant au prêt, en ce sens que le nombre des bailleurs et des preneurs y est plus grand et établit un cours plus constant, moins exposé aux petits accidents qui agitent le cours de chaque espèce de marchandises. C’est pourquoi, dans le langage ordinaire des affaires, les valeurs exprimées en monnaie sont considérées comme les capitaux par excellence, et prennent seules l’appellation commune de capitaux.