‹ Traité théorique et pratique des opérations de banque (volume 2)Chapitre 302 sur 328 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DES CHANGES

On distingue, dans la pratique, les changes en deux classes, changes intérieurs et changes étrangers.

Les changes intérieurs portant sur des sommes exprimées en même monnaie sont formulés ou peuvent toujours être formulés en tant pour cent. Ainsi on dira que le change sur Lyon est à un quart de bénéfice ou perte, c’est-à-dire que 100 fr. payables à Lyon se négocient à Paris à 1 00 fr. 25 c. ou à 99 fr. 75 c.

Le#calculs relatifs à cette espèce de change sont toujours trèsfaciles, soit qu’on les fasse mentalement ou à la plume, grâce aux décimales et à ce que le change, exprimé en tant pour cent, se calcule comme une commission ou un courtage de banque, c’està-dire de la manière la plus connue de quiconque a travaillé, en quelque emploi que ce soit, dans une maison de banque.

Les changes intérieurs ne fournissent aujourd’hui matière qu’à un petit nombre de négociations. En effet, il est bien rare que leur taux diffère du chiffre de la commission de recouvrement, tel qu’il est fixé par le tarif des diverses maisons de banque. En général, ces variations oscillent entre le chiffre de cette commission, lequel, pour les grandes places de France, est fixé à 1 pour 1,000, et le pair simple. Encore les négociations ne portent-elles que sur les effets à moins de dix jours ou à long terme, parce que la Banque de France prend au pair ceux qui lui sont remis dix jours avant échéance sur les villes où elle a des succursales.

Dans les opérations sur les changes extérieurs, les sommes sont exprimées en monnaies autres que celles du pays dans lequel on opère. 11 faut donc nécessairement, pour s'y livrer, connaître le rapport de la valeur qui existe entre les diverses monnaies et les bases sur lesquelles sont établis les divers systèmes monétaires ; car, bien que le cours des changes varie sous l’influence des causes commerciales précédemment indiquées, il a toujours un régulateur dans le pair intrinsèque des diverses monnaies et dans les frais que leur transport pourrait coûter.

DES CHANGES

On appelle pair intrinsèque ou simplement pair, l'égalité de valeur entre deux monnaies. Cette éga ité se déduit de la comparaison que l'on fait de la quaniité de métal fin contenu dans chaque espèce de monnaie et dans celle à laquelle on la compare.

Veut -on, par exemple, avoir la valeur au pair du souverain d’or d’Angleterre comparé à la pièce de 20 fr. de France? On sait que ce souverain est au titre de 917, c’est-à-dire que sur 1,000 parties dont il se compose, il a 917 de fin et 83 d’alliage, et qu’il pèse Gr. 7.980835 1 Par une règle de trois simple, on reconnaît qu’il contient Gr. 7,318444 de fin.

La pièce de 20 fr. est au titre de 900 et pèse Gr. 6,45161 ; elle contient donc Gr. 5,806449 d’or fin, et par une simple règle de trois, on constate que le souverain équivaut exactement à 23 fr. 2079 en monnaie d’or de France.

Le shilling qui pèseGr. 5,63, au titre de 925, contient en argent pur, Gr. 5.226; le franc, au titre de 900, pèse 5 Gr. et contient Gr. 4, 5 de fin. On obtient facilement l'évaluation du shilling anglais ou le pair par la règle de trois qui résulte de la proportion suivante :

4,5 : 1 fr. : : 5,226 : x — I fr. 1 6.

On remarque que 1 f. 16 n’est pas le vingtième de 25 f. 2079, valeur du souverain au pair de l’or, quoique le change légal du souverain et du shilling soit fixé par les lois anglaises dans le rapport de 1 à 20. Cette différence tient à ce que le change légal de l'or contre l’argent n’est pas établi sur le même rapport en France et en Angleterre.

Les monnaies ont un titre légal et un titre réel d'après lequel on les change à l'hôtel des monnaies et dans le commerce des métaux précieux. Ce titre commercial est fondé sur la différence inévitable qui existe entre le titre réel et le titre de fabrication. On comprend, en effet, que quelque exact et soigneux que soit le fabricant, il ne peut jamais atteindre, soit pour l’alliage, soit pour le poids, la précision malhém itique du tarif légal. Partout la loi a prévu des incorrections et en a limité le chiffre sous les noms de remède ou de lo érunce. Lorsque les monnaies fabriquées sont

* Annuaire du bureau des longitudes, I8oO : article de M. Samuel Bernard, revu par .M. Neuhaus, contrôleur au change, près de la Monnaie de taris.

m LIVRE VI. CHAPITRE IV.

mises dans la circulation, on tient compte du remède ou de la tolérance et l’on établit en conséquence le tarif, que nous appellerons commercial, d'après lequel les monnaies sont reçues au change, comme matière, aux hôtels des monnaies.

En France, on le sait, l’État est propriétaire des hôtels des monnaies ; il fournit les coins ; mais il abandonne la fabrication à un entrepreneur particulier, lequel retient pour les frais 6 fr. par kilogramme d’or et 1 fr. 50 c. par kilogramme d’argent. Depuis longtemps, les directeurs des monnaies ont trouvé avantageux de devenir acquéreurs de lingots et de fabriquer pour leur propre compte.

D’après les diverses lois sur la matière, l’unité monétaire en France est le franc, pièce d’argent au titre de 900 et du poids légal de 5 grammes. Les multiples et sous-multiples du franc en monnaies réelles sont :

En or ;

. la pièce de 40 fr. pesant

grammes. 12.9032

En argent :

F.n cuivre:

Toutes les pièces d’or et d’argent sont au titre de 900 ou 9/10 de fin, avec une tolérance sur les pièces d’or de 2/1000 pour le poids et pour le titre, en dedans et en dehors. En d’autres termes, ces pièces sont admises à l’essayage et répandues dans la circulation, pourvu que leur titre et leur poids réel ne soient ni supérieurs ni inférieurs de plus de 2/1000 au poids et au titre légal. La tolérance sur les pièces de 5 fr. est de 3/1000; de 5/1000, sur celles de 1 et 2 fr.; de 7/1000, sur celles de 50 c.; de 10/1000, sur celles de 25 et 20 c. et de 20/1000, sur celles de cuivre. Les anciennes monnaies, frappées avant la loi du 28 thermidor an m, ont cessé d’avoir cours depuis le 1er janvier 1835 *.

Des ouvrages spéciaux ont été faits sur les titres, poids, re-

* Voir à l'Appendice la quantité de monnaie frappée en France d’après le nouveau système.

DBS CHANGE*.

mèdes, tolérances, etc., des monnaies étrangères1. Les changeurs et ceux des banquiers qui font le commerce des matières d’or ei d’argent, peuvent les consulter avec avantage. 11 ne nous appartient de rappeler ici que ce qui est élémentaire et dont la connaissance est indispensable.

En France, la proportion de l’or à l’argent est 15,5 : 1 ; de l’or . au cuivre, 620 : 1; de l'argent au cuivre, 40 : 1. Dans les autres pays, le rapport légal de l’or à l’argent n’est pas le même qu’en France. Ainsi, en Angleterre, il est 14,28:1; en Belgique 15,79:

1; en Espagne, 15,75 : 1 ; en Portugal, 15,48 : 1 ; en Prusse, 15,69 : 1; en Russie, 15 : 1 ; ailleurs d’autres rapports encore.

D’après le titre et le change de l’or contre l’argent établis par les lois monétaires de la France, le kilogramme d’or fin vaut 3,437 fr. 77 c. et le kilogramme d’argent fin 220 fr. 50.

Depuis la loi du 19 brumaire an vi, il y a trois titres légaux

pour les ouvrages d’or, savoir :

1" titre marqué au chiffre 1, 920/1,000;

2« titre 2, 840/1,000;

3* titre 3, 750/1,000.

11 y a deux titres pour les ouvrages d’argent, savoir : 1er titre marqué au chiffre 1, 950/1,000;

2* titre 2, 800/1,000.

La tolérance est de 3 millièmes pour l’or et de 5 millièmes pour l’argent.

On distingue les monnaies en plusieurs catégories et spécialement en monnaies réelles et monnaies de banque, monnaies de compte et monnaies de change.

Les monnaies réelles sont celles qui existent réellement en or ou en argent, comme le franc, et les diverses pièces qui ont cours en France et au dehors. Les monnaies de banque n’ont pas d’existence réelle, mais elles n’ont pas pour cela une valeur arbitraire. S’il convenait, par exemple, au commerce de supposer l’existence d’une pièce d’argent de 8 grammes au titre de 900; si la Banque de France recevait en dépôt les lingots d’argent évalués en cette

1 Notamment l 'Encyclopédie des Monnaies, de M. Bonneville, et le .Vomt-eau Manuel de Nelkenbrecher, traduit et revu parM. J.-M. Deschamps, ouvrage bien apprécié par les praticiens et dans lequel, bien qu’il soit un peu vieilli, on trouve les renseignements les plus précis et les plus complets sur la matière des changes.

Page 1