LIVRE 1, CHAPITRE IV. âS
par exemple, un inventaire général de toutes les richesses , sans distinction, existant en France à un moment donné, la somme qui ressortirait de cet inventaire représenterait le capital de la France.
Naturellement, et malgré la distinction fort arbitraire de la plupart des économistes, l'utilité des fonds de terre figurerait à cet inventaire comme portion du capital national. Les fonds de terre, en effet, qui présentent à l'analyse économique des propriétés singulières, ne diffèrent en rien, par essence, des autres richesses : ils sont de création naturelle sans doute, comme toute matière ; mais leur utilité résulte principalement de Torganisatian sociale et de l'accumulation de travaux antérieurs. Ils possèdent donc une utilité semblable à toutes les autres, susceptible d'être détruite, en partie ou même en totalité, par une mauvaise culture ou un mauvais état social, et susceptible d'être augmentée parles causes contraires.
Dans l'inventaire des biens d'un particulier, on fait entrer avec raison les créances actives et passives. Mais si l'on supposait, par l'imagination, un inventaire général des biens de l'humanité tout entière, il est évident que les créances et les dettes ne devraient pointy être comprises, puisque la somme des unes est nécessairement et toujours égale à celle des autres, et la compense naturellement. On ne comprendrait dans un tel inventaire que des objets matériels : terres, mines, bâtiments, machines, voies de communication, marchandises, mobiliers, vêtements, comestibles, monnaies, etc.
Cette supposition toute gratuite d'un inventaire général des biens de l'humanité peut servir à rendre sensibles et évidentes, sans autre démonstration, plusieurs vérités utiles, et, par exemple :
r Que les titres de créances, quels qu'ils soient, n'ont aucune utilité intrinsèque, et que leur multiplicité ne prouve nullement Tabondance des capitaux ;
2** Qu'il n'existe point de capital, c'est-à-dire d'utilité, de valeur actuelle, qui soit, même pour un seul instant, séparée de tout objet matériel ; ou, en d'autres termes, qu'il n'exisie point de capital purement idéal et immatériel. Les inventions industrielles les plus fécondes ne deviennent elles-mêmes des capi-
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taux actuels et échangeables qu'après avoir été matérialisées par l'application.
Les peuples travaillent, c'est-à-dire créent de nouvelles richesses incessamment ; incessamment aussi ils consomment et détruisent les richesses créées. Lorsque la somme des utilités produites est supérieure à celle des utilités consommées, ils s'enrichissent : lorsque la somme des utilités consommées est supérieure à celle des utilités produites, ils s'appauvrissent.