UVBI IV, CHAPITRE VII. S6T
ture et ne ravaiioonsidérée comme une industrie susceptible de donner des produits importants.
Du reste, quelques lumières et quelque application qu-un homme apporte dans une telle œuvre, il ne peut guère établir une tradition qui lui survive ; en tous cas, il n'a jamais autant de moyens qu'une compagnie d'appliquer longtemps leç mêmes ptiéthodes, et pour obtenir quelque résultat avec FagriouUure il &ut toujours beaucoup de temps. Que d'obstacles d'ailleurs n'opposent pas d'une part la routine et l'ignorance, de l'autre l'absence de principes fixes, de sentiments prati* ques dt une éducation purement littéraire !
Gr&ce aux ob^tacleç de toute sorte que la véritaible banque, la banque du commerce, a rencontrés, elle s'est souvent dé* couragée et n'a pas même usé des moyens qui restaient à sa disposition. Aipsi c'est à peine si, d^ps quelques départe* ments du nord et de l'est de la France, on émet des obliga* tÎDDS h quarante-cinq ou quatre-vingt-dix jours de vue, portaift un intérêt médiocre : sur la plus grande partie du territoire, on n'a essayé ni démobiliser, ni de régulariser lep dépôts, ni de les rendre plus commodes, ni d'empêcher les capitaux de répondre aux appels de l'agiotage.
Un écrivain anglais, comparant, à propos de nos derniers emprunts, la situation respective de l'Angleterre et la France, quant aux capitaux mobiliers, faisait les observations suivantes : a II n'y a pas un pays au monde, pas môme les États- Unis, où les capitaux sans emploi soient moins abondants qu'en Angleterre : il n'est pas un pays oîi ils soient aussi abondants qu'en France... La perfection et les ramification; étendues de notre système de banques, une stricte économie dans l'emploi des capitaux, qui est le résultat de la concurrence, sont telles qu'on tient en tout temps le moins qu'on peut de capitaux inemployés... Ce n'est pas seulement d^nç chaque ville et dans chaque marché, mai? presque dans chaque village du Royaume-Uni qu'il existe des banques ou des succursales qui reçoivent au jour le jour en dépôt chaque livre qui s'épargne par les hommes de toutes les classes, depuis le riche propriétaire jusqu'à l'humble marchand au détail. Ces dépôts accumulés ne profitent aux ban^MC? cju'autant qu'elles
les emploient, dans les contrées commerçantes et industrieuses, par des avances au commerce et à l'industrie, et de même, dans les cantons ruraux, par l'intermédiaire des courtiers de Londres. En France, au contraire, il y a peu de banques, et elles sont généralement concentrées dans les ailles commerçantes et manufacturières. La grande masse des fonds nécessaires aux opérations du conmierceet de Tagricullure, au lieu d*étre déposée dans des banques où on peut les réclamer à volonté, est entassée en espèces dans des caisses et des armoires ; les épargnes annuelles, qui, chez un peuple si soigneux et si économe, doivent s'élever à de fortes sommes, sont ou accumulées dans les maisons, ou, pour plus de sûreté, placées chez un notaire où elles demeurent jusqu'à ce qu'il se présente une occasion de placement. Des millions de livres sterling qui, en Angleterre, seraient utilement employés, grâce à notre système de banques, à alimenter l'industrie et à étendre le commerce, restent oisifs en France et attendent un emploi sous la forme de pièces de 5 fr. Il est évident que plus le capital est économisé comme en Angleterre, plus le revenu doit être grand,... tandis qu'il n'est guère de pays où, proportionnellement au capital existant, le revenu soit moindre qu'en France* !» — De là vient, concluait-il avec raison, que l'impôt est plus facile à augmenter en Angleterre qu'en France, et les emprunts plus faciles à couvrir en France qu'en Angleterre.
Bien que l'écrivain que nous venons de citer ait un peu exagéré la bonté du système anglais, ses observations sont très-justes dans leur ensemble. Il est certain que l'absence de banques bien conduites et assez nombreuses ayant rendu les placements locaux difficiles a été une des causes de ce grand et déplorable mouvement qui, de 1852 à 18S6, a précipité vers la Bourse de Paris les capitaux qui, jusque-là, étaient restés ou enfouis, ou déposés chez les notaires. Ce mouvement, qui a produit sur la place de Paris tant de fortunes rapides et tant de symptômes de richesse croissante, a eu pour résultat immédiat de rendre plus difficiles les prêts hypothécaires et en
* Éeonomût, du 13 octobre 1855.