‹ Traité théorique et pratique des opérations de banqueChapitre 2 sur 268 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

et en quelque sorte leur raison d'être, de dire quels étaient leurs principes généraux, leurs applications habituelles, et de déduire de l'observation des faits les lois de leurs perfectionnements et de leurs progrès.

La banque n'est point une branche de commerce prise au hasard et .qui d'ailleurs ressemble à toutes les autres. Entre toutes les professions commerciales, celle du banquier occupe déjà le premier rang, et chaque progrès nouveau de la société ajoute à son importance : c'est le banquier qui est généralement chargé de trouver un placement aux capitaux, c'est-àdire d'établir les conditions de l'alliance entre le capital et le travail ; c'est lui, le plus souvent, qui dispose des capitaux mobiliers, dont les mouvements exercent une influence décisive sur les variations du prix des diverses marchandises et peuvent en peu de temps élever ou renverser les fortimes particulières.

Déjà, il y a douze ans, j'avais essayé d'exposer le mécanisme des banques de circulation et d'en faire ressortir l'importance, au point de vue public et économique * . De nouvelles études, l'expérience des affaires, l'opinion de praticiens très-éclairés et le spectacle de trois grandes crises, m'ont confirmé dans cette conviction que le commerce de la banque était le régulateur de tous les autres, qu'il avait besoin de liberté , qu'il était utile d'en exposer et d'en propager les principes : et j'ai entrepris ce livre.

Il fallait d'abord définir les capitaux, les monnaies et les contrats qui sont la matière du commerce de banque, et déterminer les lois des variations de leurs prix ; il fallait ensuite définir chaque opération, exposer les combinaisons diverses que l'art du banquier en déduit, pour indiquer

< Le Crédit et la Banque. ~ Paris, Pagnerre, 1840.

pkéfàce. vu

commeDt les entreprises particulières, s'enchalnant les unes aux autres, formaient de grands systèmes soumis à des lois auxquelles ne pouvaient se soustraire les maisons qui y étaient englobées.

Enfin il fallait aborder les détails de la pratique, traiter de Tadmiflistration intérieure et extérieure, des difficultés et précautions légales, de la comptabilité et de Tarithmétique, indiquer autant que possible les procédés en usage et surtout les meilleurs, ceux que les derniers perfectionnements avaient introduits.

J'ai essayé de remplir ce cadre si vaste d'une théorie complète de la banque fondée sur l'observation des faits, et qui, partant des définitions et des généralités économiques, allât jusqu'à la description d'un compte courant et à l'arithmétique d'un arbitrage. Ai-je réussi? Il y aurait présomption à» l'affirmer. Lorsqu'il s'agit d'embrasser dans son ensemble et dans ses détails un art multiple, varié, changeant suivant les temps et les pays, il est difficile de ne pas commettre beaucoup d'omissions et au moins quelques erreurs. Toutefois, tel qu'il est, j'espère que ce Uvre, dont les déductions sont fondées sur la méthode éprouvée des sciences physiques, contient un assez grand nombre de principes certains, de vérités démontrées et de faits concluants pour pouvoir être utile.

Peut-être encourra-t-il des reproches de deux sortes : les économistes jugeront sans doute que les principes généraux y sont trop brièvement exposés ; les praticiens, au contraire, penseront peut-être qu'il ne contient pas un assez grand nombre de définitions et de détails techniques.

C'est qu'en effet le but de ce livre n'est ni d'enseigner l'économie politique, ni de fournir un répertoire des connaissances de détail dont telle ou telle branche de la banque

VIII PÏIÉFACE.

peut avoir besoin. Des ouvrages excellents ont été faits sur Tune et sur l'autre matière ; il ne restait qu'à indiquer en quelque sorte le poiht de jonction et d'alliance où l'économie politique, la comptabilité et l'arithmétique se rencontraient pour former im art, l'art du banquier.

Les principes fondamentaux énoncés en cet ouvrage et qui en constituent en quelque sorte l'individualité, ne sont point empruntés directement aux livres. Mais j'ai tâché de profiter des discussions et des publications qui ont eu lieu soit en France, soit à l'étranger, sur la matière si délicate et si étendue du crédit public et privé. Galatin et Carey, en Amérique, Ricardo, Tooke et Pamell, en Angleterre, ont jeté de vives lumières sur la théorie générale du crédit. C'est un devoir pour moi de signaler les excellents travaux de M. Wilson dans •l'Economisa, l'histoire de Lawson et surtout les divers ouvrages si éminemment empreints de sens pratique de M. Gilbart. Ce livre est destiné à des hommes habitués soit à l'étude, soit à la pratique des affaires, dont le temps est précieux et qui connaissent au moins l'économie politique, la comptabilité et l'arithmétique. C'est pourquoi j'ai cru qu'il convenait d'être bref, de ne pas remonter sans cesse aux éléments, et de ne pas se laisser aller à des développements dont le lecteur n'avait pas besoin.

Paris, 22 décembre 1852.

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