BUT ET ESPRIT DES INSTITUTIONS DE BANQUE
Considéré dans son ensemble, et au point de vue de l'utilité sociale, du service public, le commerce de banque a pour but :
!• De régulariser et d'équilibrer en quelque sorte dans le monde commercial et dans chacune de ses parties, sur chacun de ses marchés, le prix des monnaies et des métaux précieux;
V De servir d'intermédiaire entre les capitaux qui cherchent un placement et le travail qui cherche des capitaux ; de créer, par conséquent, une sorte de marché public où un prix courant établi tende à ramener à un taux uniforme les contrats particuliers ,
3° De transférer et d'échanger entre eux les divers titres de propriété des capitaux mobiliers ou évalués en monnaie, de manière à économiser, par des compensations, à la suite des ventes opérées par le commerce de marchandises, les transports effectifs de monnaie.
Par cette dernière fonction, le commerce de banque économise, au moyen de transferts de titres, les déplacements de
74 TRAITÉ DES OPiRATIONS DE BANQUE.
capitaux monnayés qui n'auraient eu pour objet que la satisfaction des besoins personnels et de propriété privée, de manière à ne laisser subsister, s'il était parfait, que les déplacements nécessaires à la satisfaction des besoins généraux et de consommation. Si Von considère la société humaine comme un tout solidaire, comme une vaste association universelle, on voit le banquier y remplir l'emploi du teneur de livres qui calcule, compense, règle et balance les comptes particuliers de chacun des associés, vérifie leur fidélité, et fait la part des serviteurs qui ont augmenté ou diminué le talent d'or confié par le maître.
Par les deux premières fonctions, le commerce de banque procure aux capitaux un intérêt constant en même temps qu'il éloigne d'eux les chances de perte : il fournit au travail un crédit constant, à des conditions presque régulières en vue desquelles celui-ci établit ses opérations. Ainsi, l'action de la banque tend incessamment à augmenter la somme des capitaux placés et l'intérêt perçu à leur profit, et à réduire en même temps le taux proportionnel de l'intérêt : elle met les capitaux en concurrence, de manière à les faire tous travailler, moyennant un salaire régulier, mais médiocre : dans la comparaison de la valeur relative du travail et du capital, elle pèse sur la balance du côté du travail
Tous les établissements, tous les usages de banque reposent sur l'application de quelques maximes fondamentales qui sont l'âme du commerce et en quelque sorte les principes organiques des sociétés modernes. On peut les résumer dans les termes suivants :
tt L'ensemble des lois et coutumes qui régissent la propriété détermine la portion du capital social qu'il appartient à chacun de conserver et d'augmenter. Le soin de conserver et d'augmenter ce capital est remis à 1 intérêt personnel, le mobile le plus commun et le plus énergique, le plus vivant et le plus vigilant des actions humaines.
» Tout conmaerçant est majeur et capable de contracter en toute liberté tous engagements relatifs à la disposition de ses biens. Ces engagements, sérieux et précis en leurs termes, poivent recevoir exécution loyalement, sans délai ni exception.
Ll YRE 1, €HAPiTRS XVI. 75
Le commerçant qui élude ses engagements ou qui ne les remplit pas avec exactitude est mauvais et forfait à Thonneur commercial.
» Tout capital doit travailler et produire constamment, sans suspension ni repos, et comme le capital ne peut produire que par remploi, il est nécessaire que le travail de Thomme soit continu. »
L'oisiveté du capital est punie par l'absence d'intérêt comme l'oisiveté de l'homme par le défaut du salaire, et lorsque le travail et le capital ont fait alliance par le crédit en vue de la production, il s'établit entre eux une concuiTence dans laquelle l'homme dont le travail faiblit est dévoré par la nécessité de payer l'intérêt du capital.
Un vif sentiment de cette loi du travail, qui donne tant de prix au temps, caractérise toujours l'homme d'affaires intelligent qui se sert du crédit, et le banquier plus que les autres. ta Le temps est de l'argent! » Cet aphorisme si vrai est plus vrai, s'il est possible, en banque que partout ailleurs.
Le commerce de banque a pour matière la propriété des métaux précieux, de la monnaie, des capitaux évalués en monnaie ; et la propriété de ces capitaux sur lesquels s'effectuent les opérations de banque est constatée par les divers titres fiduciaires que nous avons énumérés. C'est par ces titres qu'on est parvenu à matérialiser des opérations abstraites et délicates, de manière à les rendre sensibles et palpcd>les, à donner un corps en quelque sorte à un fait purement moral, un engagement, une promesse. En banque, on ne connaît que le titre ou valeur : ce titre est bon, ou mauvais, ou médiocre, suivant l'exactitude probcd>le de celui dont il représente l'engagement. Cette expression simple et sommaire de faits complexes suffit dans la pratique, et nous allons l'employer désormais dans l'analyse et la description des diverses opérations de banque et des combinaisons auxquelles elles donnent lieu.