RECOUVREMENTS
Pierre est fabricant ou marchand à Paris ; il fait des affaires avec diverses villes de France, et y vend des marchandises à un, deux, trois ou six mois de terme. Quelquefois ses acheteurs lui souscrivent des billets payables à l'époque fixée par les factures, ou, comme on dit, le règlent en leurs billets ; quelquefois ils lui donnent en payement ou remettent des lettres de change ou des billets sur diverses places où ils ont euxmêmes des créances ; quelquefois enfin ils l'autorisent simplement à faire traite sur eux.
Si Pierre devait par lui-même veiller à l'échéance de chacun des billets qui lui sont remis, avoir des correspondants dans chacune des villes où il faudrait faire les recouvrements, et jusque dans les campagnes; s'il devait, au sujet de chaque effet, entretenir une correspondance spéciale, avoir soin que les présentations, les protêts, les dénonciations de protêts, fussent faits en temps utile, il consacrerait beaucoup de temps à ce travail, ferait des frais considérables et n'acquerrait probablement tonte l'exactitude nécessaire qu'après quelques
écoles dispendieuses. En tout cas, il serait continuellement distrait des soins de son commerce, ce qui lui causerait un dommage inévitable.
Un banquier le débarrasse de ces soucis ; il se charge des recouvrements de Pierre, c'est-à-dire de faire présenter à Téchéance ou àFacceptation, selon le besoin, les valeurs qui lui sont remises, d'en compter le montant si elles sont payées, et si cUes ne le sont pas, de faire en temps opportun les actes conservatoires des droits de Pierre. Pour prix de ce service, le banquier perçoit une coomtiission ou salaire à prix débattu, sous diverses formes, soit en conservant pendant un temps déterminé la jouissance des fonds recouvrés, soit en prélevant directement une commission fixée à tant p. 7o> etc. Ce service, si éminemment utile, est accompli avec facilité par la correspondance des banquiers entre eux, et avec des agents subalternes qu'ils emploient, à des conditions ordinairement fort économiques.
Grâce à la division du travail qui concentre chez les banquiers presque toutes les traites, les recouvrements s'opèrent facilement et à peu de frais, presque sans transport de fonds. Charles, banquier à Paris, est chargé par divers négociants de faire un million de recouvrements sur divers négociants de Lyon ; mais, en même temps, Robert, banquier à Lyon, est chargé d'une somme égale de recouvrements sur Paris. Charles remet à Robert les valeurs qui lui ont été confiées, et il reçoit en échange les valeurs confiées à Robert par les négociants de Lyon. Les recouvrements étant opérés de part et d'autre, il se trouve que les négociants de Paris ont versé dans la caisse de Charles le montant des effets remis sur Lyon, et que les négociants de Lyon ont versé dans la caisse de Robert le montant des effets qu'il a envoyés à Paris. S'il y a de part et d'autre des valeurs impayées, elles sont retournées, avec les titres des actes conservatoires auxquels elles ont donné lieu, aux négociants qui les ont fournies.