‹ Traité théorique et pratique des opérations de banqueChapitre 9 sur 268 · LA MONNAIS · texte numérisé non relu

LA MONNAIS

L'échange en nature ou le troc fut la première forme du commerce, et, de nos jours encore, plusieurs peuplades saunages n'en connaissent pas d'autre. Mais, à l'enfance même des sociétés, le troc donne lieu à des difficultés nombreuses : souvent l'objet offert à l'échange n'est pas l'objet que désire celui auquel il est offert; souvent aussi, dans l'appréciation commune, la valeur de l'objet offert excède ou n'égale pas celle de l'objet demandé, de manière à rendre nécessaire l'emploi des appoints.

Afin de lever ces difficultés, on est convenu d'adopter une marchandise d'une qualité connue, d'une valeur peu variable, et facile à diviser, contre laquelle sont échangés tous les objets qui viennent s'offrir sur le marché.

Cette marchandise, dont la fonction est de servir d'intermédiaire et d'instrument aux échanges, s'appelle monnaie. L'échange dans lequel elle intervient porte le nom de vente^ et la quantité de monnaie échangée contre une marchandise est le prix de cette marchandise.

Après de longs tâtonnements, l'expérience a fait reconnaître que l'or et l'argent étaient, de toutes les marchandises, les plus propres à servir de monnaie.

En effet, 1^ ces métaux sont recherchés de presque tous les peuples, ce qui leur donne presque partout une vdeur.

2" Ils sont à peu près inaltérables à l'air, et ils renferment, sous un poids et un volume médiocres une valeur considérable; on les conserve et on les transporte facilement.

3* L'or et l'argent peuvent être divisés de manière à fournir exactement l'équivalent requis en toute espèce d'échange.

4"" Enfin la production de ces métaux est lente et difficile, et leur consommation ne correspond à aucun des besoins les plus impérieux de l'homme, dételle sorte que leur valeur spéciale varie peu et lentement.

i8 THAITÉ DES OPÉRATIONS DE BANQUE.

La monnaie une fois inventée est devenue, dans la pratique, le type auquel on a comparé toutes les valeurs, la commune mesure. Cette mesure, fort imparfaite, puisqu'elle éprouve incessamment des variations, ainsi que toutes les valeurs auxquelles on la compare, a cependant introduit dans les affaires une fixité remarquable, pour un temps et un court espace borné, dans les proportions ordinaires de la vie d'un homme: en même temps elle a facilité les échanges et, par suite, donné une utilité plus grande à tous les objets échangés.

Le prix des choses est donc l'expression habituelle de leur valeur, et cetie expression suffit aux transactions courantes. Un hectolitre de blé vaut 20 fr., un habit en vaut 100 ; l'esprit comprend aussitôt le rapport numérique de 20 à 100 fr., et qu'il faut une valeur de 5 hectolitres pour obtenir en échange un habit de 100 fr. Il compare, au moyen de la monnaie, des choses qui n'avaient auparavant entre elles aucun rapport sensible. Puis, à l'opinion d'un ou de quelques hommes dans l'appréciation des valeurs, on voit se substituer celle d'un plus grand nombre, une opinion commune, moins variable, plus durable, plus égale à elle-même, et en vue de laquelle on achète pour revendre et non plus seulement pour consommer. Alors on reconnaît des prix courants qui se fixent sur la concurrence des vendeurs et la compétition des acheteurs.

Le prix courant peut être pris et on le prend habituellement comme l'expression de la valeur courante. Il y a toutefois entre eux cette différence que la valeur exprime un rapport dont aucun terme n'esl fixe, dont aucun terme ne peut s'élever sans que l'autre s'abaisse d'autant; tandis que le rapport exprimé par le prix a un terme fixe en apparence et considéré comme tel dans le langage usuel ; c'est la monnaie que l'on suppose invariable. Il en résulte, comme l'a fort exactement observé M. J.-St. Mill, qu'il peut y avoir une hausse générale des prix, tandis qu'il ne peut y avoir une hausse générale des valeurs. En effet, la valeur de la monnaie est susceptible de hausse et de baisse relativement à toutes les marchandises, ce qui occasionne une baisse ou une hausse générale des prix : au contraire il est impossible que la valeur de toutes choses, c'est-à-dire leur puissance d'échange, hausse ou baisse gêné-

Page 1