LIVRE III, CHAPITRE II
leurs; il y a des banquiers qui étendent ou restreignent, d'après le besoin, leurs opérations sur leur propre clientèle, gagnant davantage un moment, au risque de perdre plus tard; d'autres, plus prudents ou moins hardis, préfèrent les gains uniformes. Les uns sont patients et étendent au loin leur prévoyance; les autres vont au jour le jour et réussissent ou échouent en peu de temps, selon les occurrences.
§ 4. — Adminislration des comptes courants.
Tout banquier de commerce ouvre des comptes courants à d'autres banquiers, à des capitalistes et à des marchands ou industriels. Il y a, pour l'administration de ces comptes courants, quelques lois communes et des règles particulières.
On s'accorde à reconnaître que dans tout compte courant, le banquier doit être couvert, c'est-à-dire ne verser aucune somme s'il n'en a reçu auparavant le montant en espèces ou l'équivalent en effets. On s'accorde aussi à n'admettre à l'escompte, et par suite au compte courant, que les effets résultant d'opérations commerciales ayant, indépendamment de la garantie des signatures, une sorte de gage ou plutôt une représentation en marchandises ou créances régulières. C'est ce qu'on appelle du papier fait. Il résulte du mouvement des marchandises vers la consommation, et il y a tout lieu de penser que la valeur de ces marchandises sera exactement réalisée en espèces.
Les banquiers ont entre eux, de place à place, des comptes courants dans lesquels ils ont l'habitude d'observer strictement la règle générale contre les crédits à découvert. Le compte s'ouvre presque toujours, après conventions arrêtées, par une remise en recouvrement : celui qui Ta reçue couvre par une remise en papier à plus ou moins longue échéance, suivant l'état de ses affaires. S'il est dans une situation normale, il ne couvre guère qu'en valeurs brûlantes. Les tirages directs, sont rares : le créditeur attend la couverture de son compte et cesse de remettre, dès qu'il veut ralentir les rapports.
De banquier à banquier, les crédits sont interdits par l'usage. Il y a cependant deux exceptions : dans les spéculations
sur les arbritages ou sur les fonds publics, qui se font presque toujours de compte à demi, il n'est pas rare de voir un banquier tirer sur l'autre à découvert : à l'intérieur, lorsque le change est contraire à une localité, lorsque de grandes émissions d'espèces y sont nécessaires pour les achats à faire à la campagne, les banquiers de cette localité remettent quelquefois à Paris du papier à longue échéance, ce qui équivaut à un emprunt, lorsqu'on les couvre en papier brûlant.
Il y a des comptes qui apportent du crédit au banquier, d'autres lui en demandent, d'autres enfin en apportent et en demandent alternativement. Ce sont les premiers qui règlent, comme nous l'avons déjà dit, le reste de ses opérations, les seconds lui fournissent des affaires courantes et faciles, les • derniers sont l'objet de sa plus vigilante attention. Chaque banquier règle les conditions de ses comptes courants d'après les nécessités de la concurrence et les exigences des capitaux dont il dispose. Les mouvements s'effectuent par des remises réciproques d'espèces ou de valeurs soit à l'escompte, soit en recouvrement.
Le premier soin du banquier est de s'informer de la solvabilité et du caractère de celui auquel il se dispose à offrir ou à consentir un compte courant. Il examine ensuite et toujours si les effets présentés à l'escompte ou remis en recouvrement sont bons ou mauvais ; s'ils ne résultent ni d'un faux matériel, ni d'une fraude ; si celui qui les fournit est digne de crédit, si l'on doit raisonnablement présumer qu'il en remboursera le montant dans le cas où ces effets ne seraient pas payés. Le banquier regarde également si l'éloignement de l'échéance ne met pas ces effets hors des conditions ordinaires de ces opérations ; il suit avec attention les mouvements du compte en crédit et en débit; il veille à ce que les couvertures soient remises exactement et dans les conditions arrêtées dans le principe ; à ce que les effets escomptés à encaisser ne dépassent pas le montant du crédit qu'il lui convient d'accorder. Lorsque, par exception, on lui demande l'ouverture temporaire d'un crédit à découvert, il réfléchit et prend un parti.
Afin de mieux apprécier les habitudes et les affaires de leurs clients, de manière à prévoir les besoins et éviter les