‹ Traité théorique & pratique des moteurs à gazChapitre 19 sur 68 · LIMITES · texte numérisé non relu

LIMITES

Machine d'Ericsson

Machine à Tapeur •...

Le premier cycle est manifestement plus avantageux que le second; mais celui-ci est mieux réalisé. Le jugement porté ci-dessus est donc justifié.

Quelques considérations pratiques achèveront d'élucider la question, en nous permettant d'apprécier l'avance considérable que la machine à vapeur a prise sur la machine à gaz. La machine qu'Ericsson avait installée à bord du navire qui portait son nom avait une force nominale considérable: d'après le professeur Norton, qui en fit une étude complète, elle développait 321 chevaux indiqués, avec une dépense par cheval-heure indiqué de 850 grammes d'anthracile. Mais cette machine, qui avait quatre cylindres moteurs de 4™,2(rde diamètre, présentait un volume et une masse excessive pour sa puissance, et son rendement mécanique effectif était extrêmement faible, de telle sorte que le résultat final fut mauvais (*). Une machine à vapeur de cette puissance ne consommerait assurément pas moins de charbon par cheval indiqué, mais la consommation par cheval effectif serait bien moindre et ne dépasserait pas 950 grammes. Voilà comment s'explique l'oubli dans lequel est tombée la machine d'Ericsson et la faveur toujours croissante dont jouit la machine à vapeur.

En choisissant la machine d'Ericsson pour type de comparaison, j'ai prétendu démontrer a fortiori la thèse que je soutiens de l'excellence théorique des machines à air et à gaz chauds et de leur grande infériorité pratique. Il m'eut été facile de choisir en effet un type plus moderne de machine à air: Lehmann, Stonberg, van Rennes, Brown, Hock, Franchot, Holdorff, Laubereau, Rider ont réalisé des moteurs dans lesquelles le cycle est moins déformé et le mécanisme plus parfait. Aussi le résultat est-il beaucoup plus satisfaisant. Il résulte

l.Rankioe, Manuel de la machine à vapeur, traduction Richard, Paris, Dunod, 1878 pago 380.

d'expériences nombreuses exécutées par MM. Brauer et Slaby (*), que des moteurs de 2 ou 3 chevaux peuvent lutter avec quelqu'avantage contre les machines à vapeur de même force : ainsi un moteur Lehmann d'un cheval, présentant un diamètre de piston de 372 millimètres et une course de 175 miUimètres ne consomme que 4 kilogrammes de charbon par heure : c'est le taux de consommation des machines à vapeur domestiques de MM. Boulet, Friedrich (Perrin-Panhard et Levassor), Serpollet, etc.

Depuis que ces expériences ont été faites, il faut reconnaître que la machine à air chaud n'a pas fait de grands progrès: néanmoins quelques améliorations de détail ont eu pour résultat de rendre la marche de ces moteurs plus économique en même temps que leur emploi devenait plus facile. C'est M. Bénier qui a obtenu à cet égard le plus de réputation et son moteur de 7 chevaux, exposépar la Société Lyonnaise, a eu un grand succès de curiosité dans la halle aux machines de 1889: de fait, la machine Bénier est une des meilleures machines à air chaud. Sa consommation est d'au plus 900 grammes de coke de four lavé par cheval et par heure ; le graissage coûte environ 1 centime par cheval-heure. Ce moteur donne une marche uniforme et un service régulier, sans exiger d'autre arrêt que celui que nécessite le nettoyage de la grille : cette opération se fait une fois par jour et dure au plus 10 minutes.

Ce sont d'excellents résultats et pourtant la machine Bénier est dépourvu de régénérateur de chaleur : avec un régénérateur, son rendement augmenterait beaucoup.

La question est en effet nettement posée aujourd'hui : la machine à air chaud pourrait donner d'admirables résultats par l'adjonction des régénérateurs. Mais le régénérateur industriel, efficace, robuste, non encombrant, ne s'oxydant pas, ne s'eflfritant pas sous l'action des variations incessantes de sa température est encore à trouver. A l'Exposition de 1889, aucune machine à air chaud n'était pourvue de régénérateur.

Dans ces conditions, il faut reconnaître que si la lutte est possible entre la machine à air chaud et la machine à vapeur, pour la création des petites forces motrices, elle serait imprudente pour les forces considérables.

Mais le moteur à gaz ne diffère pas essentiellement de la machine à air chaud: c'est une machine à foyer intérieur, dont toutes les combustions se font au cœur même du cylindre, dans des conditions bien plus parfaites; les pressions étant plus élevées, le moteur à gaz est

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