Cf. : Les moteurs à gaZy page
de la clialeur, la vapeur d'eau tend à se résoudre en ses éléments: cette dissociation des atomes composants commence de même à une température déterminée pour chaque corps, variable avec la pression; elle se poursuit d'une manière progressive à mesure que la température s'élève ; mais elle est limitée par une tendance inverse à la recombinaison, de telle sorte que les éléments restés en présence, renouent graduellement leur première association, si la température s'abaisse suffisamment.
La dissociation peut se produire dans la combinaison explosive des gaz tonnants très riches. La température de dissociation étantatteinte, la combustion ne s'effectue que partiellement et elle se trouve limitée de fait: elle ne se complétera qu'après que la température aura baissé, par l'action du refroidissement. 11 en résulte qu'au lieu d'être instantanée, la combustion devient progressive; de plus, la pression explosive est diminuée et elle reste nécessairement inférieure à la valeur qu'elle aurait acquise si la combustion avait été instantanément complète.
Ces faits sont dûment constatés et absolument certains.
M. Dugald Clerk est parti de là pour édifier une théorie nouvelle des phénomènes de combustion qui se déroulent dans les cylindres des moteurs. C'est par la dissociation qu'il explique les différences énormes que l'on constate entre les pressions calculées théoriquement et les pressions effectives. La même cause produit ces combustions prolongées {slow combustion) qui modifient si considérablement les courbes de détente. D'après cet ingénieur distingué, cet effet serait fatal et inévitable.
Telle est la théorie qui tendait à prévaloir il y a quelques années: elle est discutable. Et d'abord, on peut contester l'existence des phénomènes do dissociation dans la détonation des mélanges de gaz d'éclairage et d'air, parce que la température n'atteint pas le degré voulu. Sainte-Claire Deville a fixé, il est vrai, à 1.200° environ la dissociation de la vapeur d'eau et de l'acide carbonique; mais les expériences de MM. Mallard et Le Châtelier montrent péremptoirement (•) que, dans les détonations, la dissociation ne se produit que bien au-delà. Ce n'est que vers 1.800** que la dissociation de l'acide carbonique commence à devenir perceptible et elle est encore très faible vers 2.000**; sa valeur est alors moindre que 5 %, Quant à la vapeur d'eau, elle paraît ne se dissocier qu'au delà de 2.500*^, et à 3.300° l'effet est encore négligeable . Les beaux travaux de M. Crafls avaient déjà fait pressentir ces importantes con-
1. Recherches sur la combustion des mélanges ejplosifs, pages iSb et 273.
clusions: elles sont parfaitement établies aujourd'hui. 11 n'y a donc pas de dissociation appréciable dans des détonations dont la température reste comprise entre 2.064 et 1.514** centigrades. Nous sommes par suite autorisé à nier la dissociation et à repousser la théorie de M. Clerk. "^
Elle est du reste inutile.
En effet, la connaissance exacte des capacités des gaz aux températures élevées a fait disparaître ces divergences considérables entre les pressions calculées et observées qui ont fait recourir aux phénomènes de dissociation; d'autre part, l'action de paroi suffît pour expliquer les combustions lentes, le slow combustion des mélanges tonnants.
Abandonnons donc la théorie de M. Clerk.
Nous reviendrons plus loin sur ces faits et en particulier sur l'action des parois et nous démontrerons que le rôle de ces parois est prépondérant dans les phénomènes qui se produisent dans le cylindre des moteurs à gaz.
Etude des divers gaz combustibles obtenus par distillation.
C'est assurément une anomalie d'employer un gaz spécialement destiné à l'éclairage pour alimenter des moteurs: toutefois cette anomalie est plus apparente que réelle, et l'opposition est plus prononcée dans les termes qu'elle ne l'est effectivement. Le pouvoir calorifique est, en effet, lié au pouvoir éclairant, d'une manière bien plus étroite qu'on ne le croirait de premier abord: il me serait aisé de le prouver par de nombreux arguments, mais je me contenterai de citer un très curieux travail de M. Hunt, communiqué à l'une des dernières réunions du Gas Institiite, dont j'emprunte l'analyse à la Bévue Industrielle du 12 juillet 1882. Ce savant ingénieur s'est proposé de rechercher les variations de consommation correspondantes à la production d'un même travail, lorsque le pouvoir éclairant varie : il est arrivé aux résultats résumés dans le tableau ci-dessous.