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INTRODUCTION

(Sommaire. — Nécessité de l’éducation pour l’homme, et pour l'homme seul, p. 40. — La discipline nous fait passer de l’état d’animal à celui d’homme, p. 41. — De l’instruction, qui s’ajoute à la discipline, p. 4:2. — Ce que peut l’éducation, p.43. — C’est dans le problème de l’éducation que gît le secret de la perfection de la nature humaine, p. 44. — L'accomplissement de sa destination est impossible pour l’individu abandonné à lui-même, p. 45. — Difficultés du problème de l’éducation, p. 46. — Que l’art de l’éducation doit être raisonné, p. 4 S. — Qu’un principe essentiel est d’élever les enfants, non d’après l’état actuel, mais d'après un état idéal de l’humanité, p. 49. — On ne pourrait attendre les progrès dans l'éducation publique de l’initiative des princes que si leur éducation à eux-mêmes était meilleure, p. 50. — La direction des écoles devrait dépendre de gens éclairés et compétents, p. 50. — Des différents degrés d'éducation, p. 51.)

L’homme est la seule créature qui soit susceptible d’éducation. Par éducation Ton entend les soins (le traitement, l’entretien) que réclame son enfance, la discipline x qui le fait homme, enfin l’instruction avec la culture \ Sous ce triple rapport, il est enfant, — élève, . — et écolier.

Aussitôt que les animaux commencent à sentir leurs forces, ils les emploient régulièrement, c’est-à-dire d’une manière qui ne leur soit point nuisible à euxmêmes. Il est curieux en effet de voir comment, par exemple, les jeunes hirondelles, à peine sorties de leur œuf et encore aveugles, savent s’arranger de manière à faire tomber leurs excréments hors de leur nid. Les animaux n’ont donc pas besoin d’être soignés, enveloppés, réchauffés et conduits, ou protégés. La plupart

Xûte. — L'astérisque indique un renvoi au lexique qui est à la fin du volume. Lorsque le mot qui a besoin d'une explication sera répété dans le courant du Traité de Kant, nous ne répéterons pas le renvoi .

KANT. — PÉDAGOGIE

demandent, il est vrai, de la pâture, mais non des soins. Par soins, il faut entendre les précautions que prennent les parents pour empêcher leurs enfants de faire de leurs forces un usage nuisible. Si, par exemple, un animal, en venant au monde, criait comme font les enfants, il deviendrait infailliblement la proie des loups et des autres bêtes sauvages qui seraient attirées par ses cris.

La discipline nous fait passer de l’état d’animal à celui d’homme. Un animal est par son instinct même tout ce qu’il peut être; une raison étrangère a pris d’avance pour lui tous les soins indispensables. Mais l’homme a besoin de sa propre raison. Il n’a pas d’instinct, et il faut qu’il se fasse à lui-même son plan de conduite. Mais, comme il n’en est pas immédiatement capable, et qu’il arrive dans le monde à l’état sauvage, il a besoin du secours des autres.

L’espèce humaine est obligée de tirer peu à peu d’elle-même par ses propres efforts toutes les qualités naturelles qui appartiennent à l’humanité. Une génération fait l’éducation de l’autre. On en peut chercher le premier commencement dans un état sauvage ou dans un état parfait de civilisation; mais, dans ce second cas, il faut encore admettre que l’homme est retombé ensuite à l’état sauvage et dans la barbarie.

La discipline empêche l’homme de se laisser détourner de sa destination, de l’humanité, par ses penchants brutaux. Il faut, par exemple, qu’elle le modère, afin qu’il ne se jette pas dans le danger comme un farouche ou un étourdi. Mais la discipline est purement négative, car elle se borne à dépouiller l’homme de sa sauvagerie; l’instruction au contraire est la partie positive de l’éducation.

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