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Critique de la Raison pratique, Méthodologie

de Pédagogie?Les doctrines qu’il y soutient, et que nous ne pourrons même plus analyser sans nous répéter, ne sont donc pas des doctrines d’accident et de circonstance, mais tiennent au fond même, au fond persistant de sa pensée. — Les maîtres, dit-il encore, sortiraient eux-mêmes meilleurs d'une pareille éducation. Avertis par leur expérience morale de la puissance de l’imitation, ils seraient forcés à la vertu par leur métier et par le respect de la conscience d’autrui. Mais cet enseignement par l’exemple ne profiterait qu’à eux, s’ils ne donnaient, après la science des devoirs, l’art de leur bien obéir. Obéissance qui ne doit être ni mécanique ni inconsciente, mais qui ne doit pas être non plus disgracieuse et rechignée. Il faut qu’au courage s’ajoute la sérénité. Voilà pourquoi toute mortification superstitieuse, et tout châtiment incompatible avec cette aisance souveraine du libre serviteur du devoir, doivent être distingués d’une saine et fortifiante discipline de la volonté. La vertu, qui est force et santé, ne veut pas plus de contorsions que de laisseraller.

Sur un ton moins élevé, et auquel Kant nous a moins habitués, il fait sur le caractère féminin des observations qui décèlent plus de finesse que de sympathie, et en tire des conséquences pleines d’humour sur un genre spécial d’éducation, s’éducation de la femme par le mari. Tout l’art du mari est de commander en ayant l’air d’obéir : « Je dirais volontiers, je voulais être galant, que la femme doit régner et le mari la gouverner; car l’inclination règne et l’entendement gouverne1. » Mais il est évident qu’aux yeux de Kant ce régime constitutionnel n’est que le moyen de tirer le meilleur parti possible d’un contrat désavantageux. Car il écrit, sans galanterie cette fois : « Le mariage affranchit la femme et fait perdre à l’homme sa liberté. » Par plusieurs traits de ce genre, et par une réflexion sur l’habileté déployée par la na-

i. Anthropologie, IIe partie.

PRÉFACE

ture à poursuivre sa fin, la conservation de l’espèce, Kant est bien le maître de Sctiopenhauer. Mais ce cours de discipline conjugale ne peut être qu’un épisode dans l’étude des idées de Kant sur l’éducation, et nous avons hâte d’arriver au traité même de Pédagogie.

l’éducation du corps

Ce traité, avons-nous dit, n’en est pas un. Du moins il n’a de ce qu’on est convenu d’appeler un traité ni l’enchaînement doctrinal, ni même l'ordre extérieur. Il ne renferme pas, à proprement parler, un système d’éducation, ce qui n’est peut-être pas une infériorité. Mais on y retrouve tout Kant, et on y trouve parfois aussi un Kant inconnu.

Le Kant de la Pédagogie n’est pas exclusif. Tout notre être a pour lui droit à la vie et à l’éducation. Aucune faculté ne vaut par elle-même. Les parties ont dans le tout leur raison d’être et leur prix. Par le développement exagéré d’une seule tendance, vous produiriez peut-être un phénomène. On vous demande un homme. Sans doute ce mot signifie surtout un être moral; et la moralité est ce qui donne à la vie un sens, à l’éducation un but. De même, à tous les degrés de l’échelle, l’inférieur n’existe que par le supérieur et pour lui. Ainsi, parmi les facultés intellectuelles, la mémoire n’est que l’auxiliaire du jugement, et nous n’avons que faire d’un lexique vivant, si ce n’est « comme d’une bête de somme », apportant des matériaux au travail d’autrui. Mais si tout doit être mis à sa place, tout a une place dans la Pédagogie , et il n’est pas sans quelque intérêt d’entendre de Kant des recommandations imitées de Rousseau sur l’allaitement maternel et l’usage des maillots. Après l’éducation proprement

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