‹ Traité de pédagogieChapitre 50 sur 60 · K LA BIENFAISANCE · texte numérisé non relu

K LA BIENFAISANCE

devenues réellement inpitoyables parce que, s’étant montrées autrefois compatissantes, elles s’étaient souvent vu tromper. Il est inutile de vouloir faire sentiràun enfant le côté méritoire des actions. Les prêtres commettent très souvent la faute de présenter les actes de bienfaisance comme quelque chose de méritoire. Sans représenter que nous ne pouvons jamais faire à l’égard de Dieu que ce que nous devons, on peut dire que nous ne faisons aussi que notre devoir en faisant du bien aux pauvres. En effet, l’inégalité du bien-être des hommes ne vient que de circonstances accidentelles. Si donc je possède de la fortune, je ne la dois qu’au hasard des circonstances qui m’a été favorable à moi-même ou à celui qui m’a précédé, et je n’en dois pas moins tenir compte du tout dont je fais partie.

On excite l’envie dans un enfant, en l’accoutumant à s’estimer d’après la valeur des autres. 11 doit s’estimer au contraire d’après les idées de sa raison. Aussi l’humilité n’est-elle proprement autre chose qu’une comparaison de sa valeur avec la perfection morale. Ainsi, par exemple, la religion chrétienne, en ordonnant aux hommes de se comparer au souverain modèle de la perfection, les rend plutôt humbles qu’elle ne leur enseigne l’humilité. Il est très absurde de faire consister l’humilité à s’estimer moins que d’autres. — Vois comme tel ou tel enfant se conduit! etc. Parler ainsi aux enfants n’est pas le moyen de leur inspirer de nobles sentiments. Quand l’homme estime sa valeur d’après les autres, il cherche, ou bien à s’élever audessus d’eux, ou bien à les rabaisser. Ce dernier cas est l’envie. On ne songe alors qu’à mettre sur le compte des autres toutes sortes de défauts; car, s’ils n’étaient

thamin. — Pédag. de Kant. 7

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pas là, on n’aurait point de comparaison à craindre entre eux et soi, et l’on serait le meilleur. L’esprit d’émulation mal appliqué ne produit que l’envie. Le cas où l’émulation pourrait servir à quelque chose serait celui ou l’on voudrait persuader à quelqu’un qu’une chose est praticable, comme, par exemple, quand j’exige d’un enfant une certaine tâche et que je lui montre que les autres ont pu la remplir.

On ne doit en aucune manière permettre à un enfant d’humilier les autres. Il faut chercher à écarter toute fierté qui n’aurait d’autre motif que les avantages de la fortune. Mais il faut chercher u même temps à fonder la franchise. C’est une confiai modeste en soi-même. Elle met l’homme en état de montrer tous ses talents d’une manière convenable. Il faut bien la distinguer de l’insolence, qui consiste dans f indifférence à l’égard du jugement d’autrui.

Tous les désirs de l’homme sont ou formels (liberté et pouvoir), ou matériels (relatifs à un objet); ce sont des désirs d’opinion ou de jouissance; ou bien enfin ils se rapportent à la seule durée de ces deux choses, comme éléments du bonheur

Les désirs de la première espèce sont le désir des honneurs, celui du pouvoir et celui des richesses. Les désirs de la seconde sont ceux de la jouissance du sexe (ou de la volupté), de celle des choses (ou du bien-être) et de celles de la société (ou de la conversation). Les désirs de la troisième espèce enfin sont l’amour de la vie, de la santé, de l’aisance (le désir d’être exempt de soucis dans l’avenir).

Les vices sont ou de méchanceté, ou de bassesse, ou d’étroitesse d’esprit. A ceux de la première espèce ap-

tu

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