CHAPITRE VI
Les Résultats.
Il serait vain, à l'heure actuelle, dans une étude du cancer de la langue, d'apporter seulement une statislique globale qui ne iendrait compte n1 de la localisation, ni de l'étendue du néoplasme, ni des différentes techniques employées. Aussi, nous avons cru bon, dans ce chapitre, d'indiquer d'abord les résultats obtenus suivant la méthode employée et suivant le siège du néoplasme. Il était nécessaire également de faire une étude séparée des résultats du traitement des ganglions et de Ja lésion primaire.
Etant donnée la diversité des techniques, dont certaines ne constituaient qu'un essai de thérapeutique, on comprendra facilement que nos tableaux ainsi dressés manquent de cohésion et d'unité, manquent également de rigueur scientifique, car ils ne tiennent compte que d'un seul élément, aussi bien du point de vue thérapeutique que du point de vue anatomo-clinique.
Nous avons essayé de corriger ces défauts en imdiquant dans un deuxième paragraphe les résultats glo-
baux du traitement suivant
les méthodes générales, c'est-à-dire :
la chirurgie seule ;
la radiothérapie seule ; les méthodes combinées.
Notre plan sera donc le suivant :
1° Les résultats immédiats : Ja mortalité opératoire ; 2° Les résultats éloignés fournis par les différentes techniques dissociées.
3° Les résultats globaux.
Les resultats immédiats.
Les chiffres de mortalité.
Nous devons envisager successivement les résultats immédiats :
1° des interventions ; 2° de la cure radiothérapique :
3° de la cure radium-thérapique.
À.:— SUITES ET COMPLICATIONS POST-OPÉRATOIRES : LA MORTALITÉ OPÉRATOIRE
Nous étudierons ultérieurement les résultats olobaux des interventions uniquement chirurgicales. Nous voulons indiquer ici les chiffres et les causes de mortalité.
après l'adénectomie d'une part, après les différentes interventions sur la langue, d'autre part.
[. — LES ADÉNECTOMIES
Les adénectomies sont d'une gravité {rès variable. Les facteurs de gravité sont divers. Nous pouvons les étudier en regard de nos observations.
Sur 106 curages unis ou bilatéraux, nous relevons 19 morts post-opératoires imputables à l'intervention, c'est-à dire survenues dans le mois qui a suivi l'opération. De ces 19 morts, 16 sont imputables au curage unilatéral et 3 seulement au curage bilatéral, ce qui nous donne la proportion suivante :
curage unilatéral : 70 morts opératoires : 16
curage bilatéral : 36 morts opératoires : 3
Les causes de la mort se répartissent de la facon suivante :
Causes de la mort : Curage Curage unilatéral bilatéral Hémorragies secondaires 3 Broncho-pneumonie 4 Syncopes dûes à l’éther 2 Syncopes dûes à l’anesthésie locale : ) Schok opératoire 3 3
Cned
Causes diverses
1° Les hémorragies secondaires sont survenues trois semaines (observ. 169), six jours (observ. 175), 15 jours (observ. 50), après l'intervention.
Le N° 169 avait une tumeur de la base. On lui a fait un curage très large sous anesthésie locale, creux sus-
claviculaire, région carotidienne, région sous-maxillaire, avec résection du sterno-cléido-mastoïdien, liga- Lure et résection de la jugulaire interne, du X, de la branche descendante de lhypoglosse, de la branche externe du spinal, et ligature de la carotide externe.
Le n° 175 présentait une récidive ganglionnaire d’un néoplasme du bord gauche traité par curiethérapie. Il est mort d'hémorragie en nappe dans des tissus infiltrés par le néoplasme, six jours après.
Le n° 50 opéré sous anesthésie générale, est mort 15 Jours après un curage étendu, d’une hémorragie foudroyante, probablement dûe à lulcération de la caroide primitive.
2° La mort par broncho-pneumonte, est survenue trois semaines (observ. 166), douze jours (observ. 12), 15 jours, (observ. 157), trois semaines (observ. 172), après l’intervention. Il n'y à rien à en dire, Sinon que dans deux cas, le curage avait été pratiqué sous anesthésie locale.
3° Les syncopes par l'élher (observ. 51 et 55), sont survenues, l’une, deux heures après l'intervention, alors que le malade avait mal dormi et asphvxié, l’autre avant même que le chirurgien eût eu le temps de se laver les mains.
4° Les syncopes mortelles dûes à l'anesthésie locale. (observ. 48, 59 et 125) ont fait l'objet d'un exposé précédent. Nous n'y reviendrons pas.
5° Les décès par schok opératoire ont été assez nom-
breux : 6 cas (observ. 120, 135, 170, 133, 1 et 10). Ils demandent à être analysés.
Seules les observations 170, 133, 135, représentent des interventions élargies, avec sacrifices d'organes importants, telle l'observation 170.
Méso-marginal gauche.
Anesthésie générale. Curage sous-maxillaire et carobdien gauche, difficile, en raison de l'adhérence des ganglions au paquet vasculo-nerveux. Hémostase particulièrement pénible à la partie inférieure, malgré l'ablation de la jugulaire et du S. C. M. et la ligature de la carotide externe.
Dans la soirée, hémiplégie, angoisse, mort.
À l'autopsie, l'artère profonde, dont la ligature semble avoir été laborieuse, est la vertébrale. Aucune lésion locale susceptible d'expliquer la monoplégie. En somme, la mort semble avoir été produite par des phénomènes d'anémie cérébrale greflée sur un schok opératoire manifeste.
Les n°° 1, 10, 120, chez lesquels on a pratiqué un curage uni ou bilatéral sans incident, étaient sans doute dé- Jà cachectiques et en état de résistance amoindrie.
L'anesthésie locale avait pourtant été employée dans 4 cas sur 6.
6° Parmi les causes diverses, nous relevons un seul malade (observ. 9).
Pelvi-lingual, avec récidive ganglionnaire.
Anesthésie générale. Curage cervical total gauche. avec résection de la jugulaire interne. On laisse une pince à demeure car la ligature ne peut être faite. Décès trois jours après par asphyxie brusque de cause indéterminée.
Que faut-il conclure de l'analyse de tous ces cas ?
Les causes Infectieuses ne nous apparaissent pas comme la cause principale de la mort après l’adénectomie. Nous ne la retrouvons que 4 fois sur un total de 19 cas. Si le choc opératoire et les hémorragies secondaires sont inévitables, nous ne voyons plus actuellement d'accidents par l’éther puisque nous n’utilisons plus ce mode d’anes-
ie
thésie, ni d'accidents d'anesthésie locale, grâce à des solutions soigneusement préparées. Nous pouvons donc affirmer :
1° Que lemploi systématique de l’anesthésie locale nous à permis de réduire au minimum ce qui pour tous les auteurs est la cause principale de la mort dans le curage, c'est à dire Finfection broncho-pulmonaire.
2° Que notre statistique qui porte sur des cas anciens ne donne pas une idée juste de la gravité opératoire des interventions cervicales, dont la mortalité sur les dernières séries d'opérés au centre anti-cancéreux est insignifiante.