III. — Les abcès putrides
Ce sont ceux que KiNpBErG et Monop décrivent sous le nom d’abcès aréolaire et dont cette phrase des mêmes auteurs indique bien les principales caractéristiques : «C’est moins une poche que toute une zone en déliquescence. » L’effondrement se fait au sem d’une véritable escarre. La cavité est très anfractueuse, très irrégulière, des débris effilochés pendent des parois. A l’intérieur, lorsqu'on ouvre la cavité, on trouve des débris, parfois souvent un véritable séquestre pulmonaire flottant au milieu d’une sanie infecte d’odeur putrilagineuse. Tout autour : zones de pneumonie, et plus loin, très rapidement, apparition de bandes blanchâtres amorces de sclérose ultérieure. Ces abcès putrides peuvent paraître multiples à un observateur non averti à cause du grand nombre de leurs recessus et de l’irrégularité deleurs cavités. Ils sont néanmoins collectés,
c’est-à-dire limités à une zone déterminée du parenchyme et c'est cette simple notion qui les différencie des véritables gangrènes pulmonaires.
L'évolution anatomique de ces cavités sphacéliques peut, dans certains cas, se faire vers la guérison : soit spontanée avec restitutio ad integrum, soit conséquence d'un drainage chirurgical. BEZANÇON, Léon BERNARD dans la thèse de Picaup, M. RoOUBIER, dans celle de MERMET ont montré qu'on ne devait pas exclure cette éventualité dans l’évolution des abcès putrides. Nous en rapportons nous-même plus loin une observation.
Parfois l’abcès putride, loin d'évoluer vers la guérison, évolue vers l’extension spontanée. La cavité s'agrandit rapidement chaque jour et souvent les progrès de cette extension entraînent la mort par hémorragie due à l’ulcération d’un gros vaisseau. Ces abcès extensifs sont rares, mais leur existence certaine doit être prise en considération : Car, étant donné la rapidité de leur évolution, la thérapeutique, pour être efficace, doit être précoce.
Très souvent, trop souvent, ces abcès putrides ont une tendance marquée à s’entourer d’une sclérose qui va gagner de proche en proche le parenchyme voisin et se creusant à son tour de nouvelles cavités, constituer ces pyoscléroses pulmonaires dénommées par COQUELET. On ne se trouve plus en présence d’un abcès mais d’une masse compacte, dure et creusée de cavités. Il s’agit de blocs de sclérose, taraudés, vermoulus, perforés de cavités putrides et purulentes, dans lesquelles on peut rencontrer Comme nous l’avons observé chez un de nos malades de véritables broncholithes ; le tout est entouré d'une coque blanche épaisse de pleurite chronique lar-
dacée, qui soude la masse aux parois thoraciques en les faisant se rétracter. La pyosclérose ainsi décrite est évidemment un aboutissant anatomique, qui met un certain temps à se constituer, mais les premiers stades se trouvent très rapidement franchis et il n’est pas rare de voir des abcès putrides présenter au bout de quelques semaines une sclérose déjà assez marquée.
De cette étude anatomique rapide de l’abcès en luimême, indépendamment des éléments voisins, que retenir ? Il faut, croyons-nous, insister sur la différence anatomique capitale entre les lésions de l’abcès aigu et celles de l’abcès chronique. Les unes sont curables, les autres sont très difficiles à traiter. Il ne faut pas se laisser tromper par les mots. L’abcès chronique l’est de par ses lésions anatomiques et non de par sa symptomatologie chnique. Tel abcès pourra se présenter cliniquement comme un abcès aigu ou subaigu, alors qu'il aura déjà déclanché tout autour de lui cette sclérose envahissante qui transformera sa thérapeutique.
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