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Du mode d'emploi du eobèbe dans l'aiigliie coaeiiiieuse.
Opiniorum commenta delet dies, naturae judicia confirmât.
GiCERO. — De natura Deorum.
J'ai donné, dans un précédent numéro (\), la relation d'une épidémie d'angine couenneuse, en faisant ressortir les avantages de la médication balsamique. Ce travail était simplement un rapport officiel à l'administration supérieure, et non une étude thérapeutique; je ne pouvais donc^ sans sortir de mon rôle, traiter la question pratique, puisque je n'avais qu'une relation d'épidémie à faire, des faits mêmes à produire et des résultats à signaler.
Comme complément à cet article, je dois et je viens indiquer aujourd'hui, non la façon d'administrer le cubèbe, ce que mon honorable collaborateur et ami, M. Guiller, a déjà fait, mais répondre aux ^détracteurs de cette médication, en les invitant à expérimenter euxmêmes d*après les règles que je vais poser tout à l'heure. J'ai la certitude de convertir ainsi tous les hommes de bonne foi, puisque je ne connais encore aucun insuccès, ni dans ma pratique particulière^ ni dans celle de tous mes confrères, sans exception, qui l'ont employée à temps et dans les conditions qui vont suivre.
Il est, d'ailleurs, bien entendu qu'il n'est ici question que du traitement de t angine pharyngée diphthéritique, et nullement de l'angine laryngée, trachéale ou bronchique, autrement dit, du croup^ terminaison ultime de la diphthérie.
(1) Journal médical de la MayerniSy Août 1873.
Pour mon compte, je n'ai eu Toccasion de m'en servir que deux foiS; depuis 8 ans.
Enfin, il faut bien TaTOuer, la poudre de cabèbe est un médicament quelquefois difficile à faire avaler. C'est donc au médecin de choisir on véhicule convenable pour en masquer autant que possible la saveur.
M. Guiller a déjà donné, dans le n^ de juin du Journal Médical de la Mayenne, plusieurs formules ; en voici une que j'ai adoptée, depok quelque temps, parceque, tout en étant essentiellement tonique, die est prise parles malades sans trop de répugnance et toujours parfaitement supportée :
Poudre fraîche et fine de cubèbe iS à 30 gr. (selon l'âge).
Eau, \
Vin de Malaga, / aa. 60 gr.
Sirop d'écorces d'oranges, )
M. — A prendre dans les U heures.
D-^ COURGELLE.
Observations de H. le docteur 9«mol»ea«
Président de rAssociation des médecins da département de TOme Assemblée générale du 6 Août 1874.
Messibvrs bt chers Collègues,
J'ai à vous raconter une observation d'angine couenneuse diphthétiriqUe, dont la potion au cubèbe du docteur Trideau, d'Andouillé^ près Laval, s'est montrée entre mes mains le merveilleux spécifique.
Madame X. . .Jardinière, demeurant rue du Puits- Verrier, âgée de quarante-six ans, est prise subitement, au milieu de sa bonne santé habituelle, le 23 juin dernier, à quatre heures du soir, d'un violent mal de gorge. « Il me semblait, dit-elle, que des flammes de feu me montassent au gosier; » la déglutition était devenue très-difficile et très-douloureuse. Un violent frisson ne tarda pas à se produire, et il fut suivi de l'accès de fièvre le plus violent qu'elle ait^ dit-elle éprouvé de sa vie; il lui paraissait redoubler à chaque minute. Toute la journée du 24, elle n'a rien pu avaler^ si ce n'est un peu de tisane d'orge^ et encore avec la plus grande difficulté.
Appelé en toute hâte, à neuf heures du soir, je constate cent pulsations à ta minute; elles sont éminemment dépressibles; il y a une moiteur générale décubitus dorsal, prostration avec adynamie, à un tel degré que les urines coulent involontairement depuis l'instant de l'invasion.
L'arrière-gorge présente une teinte rouge foncée trèa-marquée, on aperçoit à la paroi postérieure du pharynx, en arrière de l'amygdale droite, une plaque d'un blanc nacré en forme de ruban, de quatre centimètres de longueur sur un de largeur.
Le doigt exerçant une pression à l'angle correspondant de la mâchoire inférieure, provoque de la douleur et perçoit un engorgement profond des tissus.
Prescription :
Julep du codex 480 grammes.
Cubèbe en poudre fraîche 20 —
25 juin, 8 heures du matin, la malade a pris un tiers environ de la potion.
Il ne reste de la fausse membrane qu'une plaque jaunâtre d'un centi-
rouge, valtaease, les lèvres seosiblement Tiolacées, le pools fort élevé, la peaa couverte de sueur haUtueuse^ la parole brève et très-rauqne.
L'amygdale droite, considérablement tuméfiée, occupait le milieu de Tarcade palatine ; elle offrait une coloration d'un rouge vif, sur le centre de laquelle se dessinait une petite plaque d'un blanc nacré assez consistante pour résister au frottement de la cuillère.
Le cas me parut très-grave, et me rappelant les trop nombreux insuccès de la méthode des éméto-cathartiques, des 'saignées locales, l'insuffisance des cautérisations, je balançais à prendre un parti, me posant la question si je ferais immédiatement la trachéocentèse avec l'instrument que j'ai fait exécuter et que je vous ai présenté, quand réfléchissant, je me souvins des observations rapportées par nos collègues Josias et Delpech, sur les avantages du saccharure de cubèbe et de la relation plus récente de M. le docteur Courcelle (de la Mayenne), qui, dans le Courrier médical, donnait la formule suivante :
Eau \
Vin de Malaga > ââ60 grammes.
Sirop décorée d'orange ;
Poudre de cubèbe fraîche 12, 15, 20, 30 grammes, suivant l'âge.
C'est alors que m'inspirant de l'idée principale de l'action du cubèbe, je me décidai à formuler la potion suivante :
Eau distillée de laitue 100 grammes.
Sirop de capillaire 30 —
Alcoolat de cubèbe 10 —
Eau de laurier-cerise 2 —
M. P. S. à une potion que l'on administre toute la nuit, par petite cuillerées à dessert, d'heure en heure, concurremment avec une tisane de fleurs de mauve, coquelicot, sirop de gomme.
Des sinapismes furent appliqués aux cuisses, des cataplasmes sur le ventre. Je recommandai qu'on renouvelât fréquemment Tair de la pièce.
Le 3 octobre, à ma visite, je trouvai Tenfant couchée dans son lit, respirant librement, la figure calme, rosée, le pouls à 80*". La peau chaude sans excès, assez souple; l'amygdale droite diminuée de moitié et complètement débarrassée de l'enduit diphthéritique que j'y avais rencontré la veille. La langue humide, fraîche, soif modérée; l'enfant articulait parfaitement ses sons et répondait exactement à mes questions.
Le traitement fut continué toute la journée, avec intervalle de deux et trois heures pour la potion ; on donne quelques petites tasses de bouillon de veau.
Le 4e, au matin, l'enfant jouait sur son lit, était gaie comme à son ordinaire, et ne paraissait pas avoir été malade. Elle reprit son.régime de vie habituel et je ne la revis que le 8 du mois^ entièrement rétablie.
observation de M. le docteur Besaiiçoii,
M. Besançon rapporte sommairement trois cas d'angine diphthéritique grave, traités avec succès par la saccharure de cubèbe^ à la dose de 30 grammes par jour. Le mieux s'est manifesté dès l' administration de la première dose; mais la suffocation est revenue le lendemain dans un des cas ; après trois jours de traitements, la guérison était assurée.
Dans un second cas, les choses se sont passées de la même manière, et la maladie a duré treize jours. Dans un troisième, cas dont la guérison a demandé dix-neuf jours, il y a eu plusieurs accès asphyxiques.
des toniques, ce sera de s'attaquer à cette cause de déperdition pour réconomie à Paide du eubèbe ou de tout autre médicamment âmilaîredaos son action.
J'ajouterai qu'il sera prudent, quand on soupçonnera rinfcdioii probable, de ne pas attendre l'explosion de l'albuminurie pour agir par substitution sur la sécrétion rénale.
Je prie mes confrères de vouloir bien diriger leur attention sur cette particularité de la maladie diphthéritique, afin d'affirmer ou d'infirmer les résultats heureux que je leur soumets.
D' REIGNIER.
(do Surgères)..
En présence des témoignages rendus par tant d'éminents médecins, en faveur de la médication de la dipbthérie par les balsamiques, o témoignages irréprochables d'une vérité a certaine et reconnue, car ils ne sont point le travail d'un a particulier qui peut se laisser prévenir de sa propre opi- « nion, qui n'aperçoit facilement que ce qui confirme les » premières pensées qu'il a eues, et pour lesquelles il a tout « l'aveuglement et toute la complaisance que chacun a pour « ses vues » (1), — nous croyons inutile de citer les nombreuses observations que nous avons faites nous-mêmes . Elles sont, quant aux résultats, en tout semblables à celles qu'on vient de lire, et n'ajouteraient rien, d'ailleurs, à l'autorité considérable des documents que nous sommes heureux et fier de pouvoir produire ici. (2)
Quant nous étions seul, il y a plus de dix ans, à employer la médication balsamique, seul à combattre le
(1) Claude Perrault. Histoire de l'Académie des Sciences. — Mémoire pour servir à l'Histoire des Animaux. — Préface, page Vil.
(2) Consulter, au besoin, fa brochure déjà citée, publiée en 1865, chez M. J.-B. Baillière, à Paris, et la relation de l'épidémie de Louvigné (Mayenne) insérée dans le Journal médical de la Mayenne, N* do décembre 1873.— H. Trideau.
1* Elle est toujours semblable à elle-même ; elle doit donc être et elle est toujours constaute dans ses efiféts ;
2* Elle est peu coûteuse, et seule elle est à la portée du pauvre ;
3® Elle se trouve dans toutes les pharmacies ;
Enfin, elle a fait ses preuves.
On a objecté quelques fois la saveur désagréable de ce médicament. Qu'on veuille donc goûter les juleps dont nous avons donné les formules, et on reviendra assurément de cette opinion. Le goût du cubèbe est beaucoup moins répugnant que celui d'une foule d'autres substances médicamenteuses, du quinquina par exemple. (1)
D'ailleurs, pour un enfant qui, exceptionnellement, refusera de prendre la potion au cubèbe, faudra-t-il donc priver les autres des bienfaits de ce remède, quand son efiBcacité est reconnue ? Qui oserait, pour un pareil motif, proposer d'exclure le quinquina de la pratique médicale ? On n'a pas fait tant d'objections, il faut bien le dire, contre ta cautérisation.
(1) J'ai lu les trois volumes des lettres de Gui Patin, pour m'assurer si le goût désagréable du quinquina était allégué comme motif d'exclusion de ce médicament, et, à ma grande surprise, je dois l'avouer, j'ai reconnu que les adversaires acharnés de ce précieux médicament n'avaient point voulu déguster « la drogue des charlatans. »
Et pourtant que de difficultés inouïes ne rencontre-t-on pati pour la pratiquer. (1)
Pour obvier à l'inconvénient de la saveur plu8 hn moios désagréable du cubèbe, plusieurs médecins de Paris, ainû qu'on Ta pu voir en lisant ce mémoire, font usage do saccharure à l'extrait hydroalcoolique éthéré de cubèbe, comme étant d'une administration plus facile. Nous n'y contredisons point, puisque les résultats ont été heureux; mais, pour notre compte, nous nous en tenons exclusivement h la poudre fraîche de cubèbe, pour les raisons que nous avons données plus haut.
Et maintenant, chers confrères, poursuivons sans relâche l'œuvre commencée. « Les fléaux marchent vite, a dit le professeur Lorain, ainsi doit niarcher la science qui les combat » .
Faisons surtout connaître les produits de Texpérimentation : la science, comme la justice, répudie les témoins qui restent muets.
Les hommes n'oublieront point les noms des ouvriers
(1) Les cautérisations à l'acide chlorhydrique sont particulièrement funestes, et nous pourrions citer l'exemple d'un de nos malheureux collègaes, qui a témoigné avant sa mort des tortures que lui infligeait cette médirjiiUnu L. Fischer et Bricheteau.
Traitement du croup, page 53.
Vde la première heure, car eux seuls, entre tous, auront ^é\é vraiment utiles. En faisant acte de jugement, ils auront
^£ait acte d'humanité.
Dans dix ans, nous osons l'affirmer, il n'y aura pas pins de mérite à parler de l'efficacité des balsamiques ^ contre la diphthérie, qu'il n'y en a aujourd'hui à vanter ^ le quinquina contre les fièvres intermittentes.
^- Il y a encore mille autres choses à trouver en . médecine. Le mot incurabilité n'est que l'expression de
notre insuffisance actuelle, et peut-être ce mot n'existe-t-il
pas dans le vocabulaire de la nature.
Un jour viendra sans doute où un grand nombre de maladies, regardées aujourd'hui comme incurables, trouveront anssi leurs spécifiques, a L'homme peut donc et doit tout tenter, ainsi que l'a dit Buffon ; il ne lui faut que du temps ponr tout savoir. »
Nous ne voulons pas terminer ce travail sans exprimer ici notre reconnaissance aux éminents confrères de la capitale, avec lesquels nous avons eu l'honneur d'être en rapport, de l'accneil bienveillant dont nous avons été l'objet de
leur part, comme aussi du loyal empressement qu'ils ont mis à recevoir nos communications, et à faire comiaître notre nouveau traitement de la diphthérie.par les balsamiques.
A cet égard, nous sonuneft surtout redevable envers M. le docteur Bergeron, médecin de l'hôpital Sainte-Eugénie et membre de l'Académie de Médecine, ainsi qu'à M. le docteur Constantin Paul, agrégé de la Faculté de Médecine de Paris, dont on a lu plus haut la remarquable observation.
Nous avons été vivement touché aussi de la réception si pleine de cordialité qui nous a été faite par la Société médicale de rOrne, et notamment par son honorable et savant président, M. le docteur Damoiseau. .Nous en conserverons éternellement le souvenir.
Quant à ceux de nos estimables et affectionnés confrères de la Mayenne, dont les noms figurent dans ce mémoire, et qui nous ont donné, en toutes circonstances, tant de témoignages de sympathie, qu'ils reçoivent l'expression de notre sincère gratitude.
Andouillé, (Mayenne), le 18 octobre 1874.
H. TRIDEAU.
OservatioDS de M. le docteur N. Lelièvre, de Séez (Orne). . . 97 Extrait de la Clinique de THÔtel-Dieu de PariSi par
A. Trousseau iOl
— des Bulletins et Mémoires de la Société médicale
des hôpitaux de Paris. (Observations de MM. les docteurs Bergeron et Archambault} 101
— des Bulletins et Mémoires de la Société de Thérapeu-
tique. (Observation de M. le docteur Constantin Paul) 104
— du Traité de thérapeutique et de matière médicale,
par A. Trousseau et H. Pidoux 110
— de la thèse pour le doctorat, par M. Jules Moreau
(de la Côte-d'Or). llO
— du Traitement de la diphthérie, par M. le docteur
Vaslin, d'Angers 1121
— des Bulletins et Mémoires de la Société médicale des
hôpitaux de Paris. (Observations de M. le docteur
Bergeron, membre de l'Académie de médecine
de Paris, médecin de l'hôpital Sainte-Eugénie. 114
Extrait du Courrier Médical. (Observations de MM. les
docteurs Caron et Josias^ de la Société de médecine
pratique de Paris ) 115
Rapport à M. le Préfet de la Mayenne, par M. le docteur Courcelle, médecin des épidémies de Tarrondissement
de Laval 117
Préparations pharmaceutiques au cubèbe, par M. Cuiller,
pharmacien à Laval 129
Du mode d'emploi du cubèbe dans l'angine couenneuse, par M. le docteur Courcelle. — Règles sur remploi du cubèbe
dans f angine pharyngée diphthéritique 131
Ob&ervations de M. le docteur Damoiseau, président de
l'Association des médecins du département de l'Orne. ^ 134
— de M. le docteur Caron, à la Société de médecine
pratique de Paris 137
— de M. le docteur Besançon, à la Société de
roédeciue pratique de Paris 139
De l'emploi du cubèbe dans la Diphthérie. (Observation de
M. le docteur Reignier, de Surgères) 140