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Traitement de la fièvre typhoïde [microforme]

Nous avons à Montréal une sérieuse épidémie de fièvre typhoïde, et, depuis longtemps, le service de santé n'avait enregistré un aussi grand nombre de cas-

T'en profiterai pour indiquer la méthode que j'emploie et que je recommande constamment depuis sept ans, dans le traitement de cette maladie, et qui consiste, en plus du traitement habituel, à appliquer, dès le début de la fièvre, un sac de glace sur le ventre du malade et à l'y maintenir jusqu'à ce que la température soit revenue à la normale depuis trois ou quatre jours.

Comme on le voit, le moyen employé n’a rien de nouveau en soi. Ilest, depuis des années, d’un usage courant dans le traitement de l’appendicite, de la salpyngite et de certaines complications de la fièvre typhoïde, comme l’hémorrhagie intestinale et la péritonite. =

Toute l'originalité de la méthode consiste à employer contre la maladie elle-même, et d’une façon systématique, un traitement que l’on réservait d’'ordinaire à certaines de ses complications.

Cette méthode a l'avantage d’être pratique, facile-

ment acceptée des malades, de ne reconnaître aucune contre-indication, et de ne contre-indiquer elle-même aucuñ des moyens ordinairement employés dans le traitemen? de la fièvre typhoîde, y compris les bains froids, qui, en certains cas, seront d'un grand secours. Notamment, quand le traitement par la glace n'aura pu être appliqué dès le début de la maladie,

Elle a le grand mérite de lutter directement contre l'infection locale, alors que la plupart des autres moyens de traitement combattent seulement les effets, produits à distance, par la toxine sécrétée dans l instestin, effets qui seront d'autant plus intenses que ja culture du bacille d’Eberth sera plus virulente, et que la quanfité de toxine répandue dans le sang sera plus grande.

Voyons, par exemple, ce que dit le professeur Robin (1) dans ses remarquables ‘leçons sur le traitement

de la fièvre typhoïde.

“L'étude des modifications subies par les échanges organiques, dit le professew Robin, m'a révélé quatre ordres de faits qui serviront à fixer les indications thérapeutiques de cette maladie :

“T°.—Le premier fait est l'augmentation de la désintégration organique.

“2°,—Le deuxièmefait consiste dans le retard évolutif des éléments organiques désintégrés.

“4°.—Le troisième fait est relatif à la rétention intra-organique des déchets incomplèteme -tilisés.

“4°.—Le quatrième ordre de faits vise les causes de la rétention intra-organique des résidus mal élaborés. Ces causes sont multiples

“A.—La première tient au peu de solubilité et à la surabondance de ces résidus.

“B.—La deuxième tient à la diminution dans la capacité éliminatoire des émonctoires.

7 (1) Bulletin gèn. de thérapeutique. No 8, 29fev. 08

“C.—La troisième est l'insuffisance du drainage des tissus et des résidus incomplètement évolués, dont ils sont saturés”

De l'existence de ces quatre ordres de faits, le professeur Robin tire trois grandes indications thérapeutique . fcadamentales de la fièvre thyphoïde.

Ce sont :

“1°.—Diminuer la désintégration et soutenir l'organisme dans la lutte ; =

“2°.— Aider à l'évolution des éléments organiques désintégrés, et stimuler l’activité du système nerveux, directeur des échanges ;

“3°.—Obvier à la rétention des résidus des éléments désintégrés.”

Comme on le voit, le professeur Robin ne tire aucune indication de l'infection, mais seulement de l’état typhoïde.

Voyons maintenant à l’aide de quels agents le professeur Robin pourra remplir ces indications.

Prenons, par exemple, l'ordonnance type qu'il prescrit dans un cas ordinaire de fièvre typhoïde. Nous verrons qu'elle ne diffère pas essentiellement de celles formulées par les maîtres les plus réputés. (1)

“1°.—Bien aérer la chambre. Ne pas surcharger le lit de couvertures. Faire changer, de temps à autre, la position du malade ;

“2°.—-Brosser les dents chaque jour et nettoyer la bouche, la langue, le pourtour de la bouche, de l’æil et des narines ;

“3°.—Boissons abondantes, un litre et demi de lait frais, écrémé, un demi-litre de bouillon du pot au feu. dégraissé. Compléter les 3 ou quatre litres avec des limonades fraîches, du vieux vin rouge ou du chain-

(2) Bulletin gén. de thérapeutique No 10, 15 Mar: 1903

pagne largement coupé d'eau, drsinfusions chaudes, du café me de l'eau minérale : vals, d'Alet ou de Pougues (St-Léger);

"4’.--Matin et soir un grand lavement de trois guaté de litre, introduit sans pression, avec de l'eau bouillie, ramenée à la température de la chambre et additionnée d'une grande cuillerée de liqueur de Labarraque ;

“$°,—Matin et soir un cachet de 25 cgr. de bichlohydrate de quinine (non pour abaisser la a pt mais pour réduire la désintégration & mure Après chaque cachet, quelques goïgées de limonade ou d: bouillon ;

“6’.--Dans les 24 heures, donner, par cuillerées à soupe, à intervalles aussi réguliers que possible, la potion suivante :

pus 2 ne uina __ + 0 + + + gr. So àagr au dist enthe poivrée

Han distillée Cannelle $ * * * * : ne 2 Sirop d'écorces d'oranges amères, . . . . . À Denon De DE. à; + à à + + « . 2gr.

7°.——" Surveiller de très près les fonctions intestinales. Si la diarrhée fait défaut, ou s'il n’y a qu’une selle par jour, donner, le lendemain matin, la purgation suivante :

2 25 gr.

Suif, de — cristallisé dans l’eau oxygénée. 5 : 10 gr. Ban de VIe + : : : : + + + + + + + + 00.gr.

Cette purgation sera préparée à la maison, au moment de s’en servir. Aussitôt après, on donnera une petite tasse de bouillon aux herbes chaud.

8°.—Ausculter la poitrine deux fois par jour. Quand on perçoit des râles de stase, faire aussitôt appliquer 20 ventouses sèches, dont 10 sur le dos et 10 sur le devant de la poitrine

“ Q°.— Ausculter régulièrement le cœur. S'il s’ac-

célère, ou encore avand le inalade tend à la cyanose, administrer 10 centigrammes de sulfate de Spartéine dans la jouurnée, en 10 doses de 1 centigramme, “ 40°, Pare ce + à systématiquement la médicition ro 2

Voilà bien, ou je me trompe fort, le traitement universellement accepté, à l'heure actuelle, dans la fièvre typhoïde ; sinon dans tous ses détails, du moins dans son ensemble. Or écoutuns le prof. Robin : (1) “ Nous avons vu, dit-il, comment, dans la fièvre typhoïde réalisée, les indications du traitement relèvent, non du bacille spécifique, ni: de la connaissance des lésions anatomiques, mais bien d'éléments d'ordre bio-chimique engcu lrés à la fois par l'agression bacillaire et par la défense organique.”

On peut donc dire, avec raison, que le traitement de la fièvre typhoïde n'est pas aujourd'h'i dirigé contre l'infection, mais contre les effets de l'infection, contre l'état typhoide.

Il est vrai que les antiseptiques, et particulièrement les naphtols, autrefois très employés, sont encore prescrits par certains médecins, mais ils sont généralement regardés comme plus nuisibl2s qu'utiles, à cause du surcroît de travail que leur éliminatinn impose aux reins déjà surchargés.

Le sulfate de soude réalise une bL. e antisepsie de l'intestin, mais son action es: surtou, mécanique, et son antisepsie toute momentaré*.

Il est très utile =n chassa: * 11: dehors les toxines contenues dans les sécrétions iutsstinales, mais il est sans effet sur la cultue du bacil!e d’Eberth.

par les bains

(2) Bulletin gén. de thérapeutique No 12, 30 mars 1908

mo …— RE

Les grands lavements agissent dans le même sens, en nettoyant ce foyer d'infections secondaires qu'est le gros intestin. (1)

La glace, elle, agit dirertement sur l'infection, sur la culture du bacille d’Eberth, qu’elleentrave. Son mode d'action est très simple. Elle abaisse la température abdominale au-dessous du degré le plus favorable à la culture du bacille. C’est pourquoi elle est plus efficace chez les personnes maigres.

Et l’on conçoit, a priori, qu’elle sera d'autant plus efficace qu’elle aura été employée plus tôt.

D'abord parce qu’il est plus facile de combattre une infection au début, susceptible d'acquérir en se développant une plus grande virulence.

Ensuite parce qu’il vaut mieux agir avant que les lésions des plaques de Peyer ne soient trop avancées.

Enfin, parce que l’action de la glace est toute locale et que les bacilles d'Eberth, primitivement localisés dans l'intestin, sont susceptibles de se répandre plus tard dans tout l’organisme, et d'échapper ainsi à l'influence du traitement.

L’expérienee confirme entièrement cette conception, et pour juger de la valeur thérapeutique de la glace dans le traitement de la fièvre typhoïde, il faut appliquer la méthode dès les premiers jours de la maladie.

Rien n’est alors plus surprenant que l’aspect du fiévreux qui repose tranquille dans son lit, s'occupe de ce qui se passe autour de lui ou dort d’un sommeil pai-

(1) Des solutions faibles de lusoforme, 15 à 60 gts dans un litre d’eau, sont très bien tolérées et jouissent de propriétés fortement antiseptiques et désodorisantes, Kn peu de jours, les selles perdent leur odeur caractéristique.

sible. On a chaque fois l’impression de se trouver err présence d’un cas d’une extrême bénignité.

Il est difficile de dire si la glace abrège la durée de la maladie. Maisil semble qu’elle prévienne presque sûrement la péritonite et l’hémorrhagie intestinale, (règle générale, c'est à peine s’il y a du ballonnement du ventre, et la diarrhée est si peu fréquente, qu'il faut recourir au sulfate de soude), et qu’elle réduise sensiblement la mortalité, du moins si je m’en rapporte à mon expérience. En effet, je n’ai pas observé une seule fois ces complications, et, sur les 26 malades que j'ai traités, seul ou avec des confrères, une seule est morte, chez laquelle, précisément, il fut impossible d’instituer le traitement en temps voulu. Mais il est vrai que les statistiques, surtout si elles portent sur un nombre de cas aussi restreint, n’ont pas une grande valeur.

Si la glace est appliquée à une période tatdive, les résultats ne sont plus comparables, car tout en restant très efficace contre l'infection intestinale elle est sans action sur l'état typhoïde, qu’il taudra combattre par les moyens indiqués plus haut. Et, si la température est très élevée, si les urines sont rares, et surtout si l’état du malade ne paraît pas s'améliorer après quelques jours de traitement, les baïns froids seront indiqués.

Rien de plus facile que Fapplication méthodique de la glace au cours de la fièvre typhiode.

On recouvre le ventre avec une flanelle mouillée, et légèrement exprimée, sur laquelle on étale le sac de glace, aussi léger que possible. On recouvre avec une flanelle sèche, qu’on borde sous la flanelle humide, afin

de bien localiser, et de bien concentrer le froid sur le ventre. Une simple bande en flanellette permet au malade de se retourner à volonté dans son lit.

Il faut veiller avec soin à ce qu’il y ait constamment de la glace sur le ventre. Rien n’est plus défavorable que les changements de température résultant de la négligence à remplacer la glace en temps voulu. Règle générale, même quand la température est élevée il suffit de changer le sac toutes les deux heures. 11 vaut mieux avoir deux sacs, afin qu’il y en ait toujours un sur le ventre.

J'ai dit, en commençant, que la glace était facilement acceptée des malades. Certains, cependant, en ont une vive appréhension et lui imputent volon-

tiers les troubles, les malaises de toutes sortes, qu'ils viennent à remarquer après son application.

Il faut les convaincre. Avec un peu de patience, cela est généralement facile, beaucoup plus facile que pour les bains froids.

33 Rodin ah de el à def eo

Des presses de L'IMPRIMERIE INDUSTRIELLE 197, rue Notre-Dame Est, MONTRÉAL

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