‹ Traitement de la maladie de Basedow: Par le sang et le sérum d'animaux éthyroïdesChapitre 11 sur 13 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

En faisant le résumé et la statistique desobservations précédentes, nous constatons, combien sont satisfaisants les résultats obtenus. En effet, sur vingt et un cas traités, huit de nos malades ont été guéris d’un façon que l’on peut considérer comme complète, si on compare le résultat à celui des autres méthodes ; d'autre part, nous avons obtenu un mieux sensible chez cinq malades ; une disparition très notable, complète des symptômes chez trois autres ; et enfin une très grande amélioration chez les trois derniers. Les auteurs ne sont pas d’accord sur les symptômes améliorés, les uns considèrent que le sérum agit sur la tachycardie et l’exophtalmie, les autres que la nutrition est heureusement modifiée. Deux fois seulement notre traitementest resté inefficace. On a observé cependant sinon une diminution ou une disparition de tel ou tel symptôme de la maladie de Basedow, au moins un relèvement de l’état général et une reprise de poids. Le

sérum d'animaux éthyroïdés semble avoir une grande

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influence sur les échanges organiques ; est-ce comme régulateur du système nerveux ? On l'ignore ; cependant, on constate le fait. Peut-être les succès partiels ou les insuccès sont-ils dus à un mode défectueux d'administration du sérum. Ce traitement encore nouveau n’est point soumis à des règles fixes, et chaque médecin traitant emploie la médication suivant son expérience personnelle.

Avant de reprendre les avantages que présente le traitement par le sérum, il nous semble intéressant de passer rapidement en revue les différentes médications employées autrefois. Quelques thérapeutes conseillaient les toniques ; d’autres les sédatifs nerveux, tels que la valériane, la belladone, le bromure; d’autres encore les médicaments cardiaques tels que la digitale et la caféine. Chibret et Babinsky préconisaient le salicylate de soude à la dose de 5 grammes par jour ; Lanceraux et Paulesco vantent le sulfate de quinine ; d’autres, enfin voyant leurs efforts peu couronnés de succès, mettaient leurs sujets au repos absolu comme dans la cure classique de la neurasthénie : ils les isolaient mème de leur entourage évitant ainsi touteexcitation. Le séjour dans un pays montagneux peut être un adjuvant très précieux de la sérothérapie, mais seul, il est tout à fait insuffisant. Nous lisons, en effet, dans plusieurs articles publiés en Allemagne que les médecins envoient Jeurs malades dans une station climatérique pour continuer leur traitement.

Arrivons maintenant à l’étude des procédés qui q

PU DEL s’attaquent directement au processus pathologique : ceux-ci sont au nombre de quatre. L'intervention chirurgicale sur la glande elle-même ; l'exposition aux rayons Rœntgen, l'emploi de produits venant d'animaux éthyroïdés, l’opothérapie par le thymus et autres glandes.

Que le traitement chirurgical de la maladie de Basedow donne de bons résultats, nous ne pouvons le nier ; de nombreuses observations en font foi. Si l'opération réussit (on enlève une quantité suffisante de corps thyroïde et cela en plusieurs séances) tout l’ensemble des symptômes peut disparaître, même l’exophtalmie qui, souvent, est tenace. Quant aux méthodes opératoires, à savoir s’il vaut mieux la strumectomie ou la ligature des gros vaisseaux, l’anesthésie locale ou générale, cela n’entre point dans le sujet de notre thèse. Pour nous, médecins, il est surtout important de savoir qu'après les opérations, dans trois quarts des cas d’après Kocher, on a des complications post-opératoires. Tendance à l’excitabilité se terminant par le coma, congestion de la face, palpitations, irrégularité du pouls, sueurs profuses, vomissements, douleurs de dents et d'oreilles, dyspnée, cyanose, congestion du foie, ictère et fièvre. Ces complications se trouvent dans la majorité des cas. Il ne faut pas oublier en voyant les résultats chirurgicaux qu'une grande partie de ces malades seraient peut-être arrivés à la guérison, ou à l’amélioration sans intervention chirurgicale. Considérons la statis-

tique de mortalité des opérés. Nous trouvons, par

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exemple, sur 319 cas opérés par Rehn 43 morts. Par conséquent, une mortalité de 13,5 0/0. Parmi les observations réunies par Mikulez, Krônlein, Kocher, Kœnig, en tout 129 cas, on trouve une mortalité de 7 0/0. Cette mortalité est donc assez considérable pour que cette opération ne puisse être classée parmi les opérations bénignes. Le fait est à considérer quand il s’agit d’une maladie qui, dans l’immense majorité des cas, ne compromet pas l’existence des sujets qui en sont atteints. Beaucoup de malades effrayés à juste titre, du reste par une opération qui met leur vie en danger, aimerons bien mieux suivre pendant de longs mois, s’il le faut, le traitement sérothérapique. é

Depuis la découverte des rayons Rœntgen, nombre d’auteurs ont eu recours à la radiothérapie dans le but d'agir sur le goûter et, par suite, sur le syndrome quil’accompagne.Onemployait ces rayons de différentes façons, et on leur associait un traitement général. Le D° Brugsch dans la Therapie deu gegenwart de janvier 1906 prétend que ce traitement n’a été suivi d'aucun résultat sérieux : « J'ai pour ma part, dit-il, la conviction que ce traitement agit surtout par suite de la suggestion au moyen de laquelle ces malades sont très influencés. Cette influence que le médecin a sur le moral de ses malades est très importante.les observations des Klemperer en font foi, et l’on doit regarder ces résultats comme venant de la plus ou moins grande

habileté du médecin. >»On a voulu faire aussi du trai-

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tement parle sérum de moutonséthyroïdés unesorte de suggestion : à cela nous répondrons que s’il y avait suggestion les malades soumis à cette influence guériraient subitement (le fait se produit dans certains cas, par exemple, dans la coxalgie hystérique). Or, il : n’enest rien. Lessujets traités par lesérum voient leurs symptômes disparaître peu à peu l’un après l’autre sans que, pour la plupart, ils aient quitté leurs occupations ou pris du repos. Le traitement radiothérapique n’est, du reste, pas toujours pratique ; bien peu de médecins encore ont en leur possession l’instrumentation nécessaire ; et, de plus, on fait courir à des sujets le risque des brulûres, très rares, il est vrai, entre les mains d'opérateurs expérimentés,mais cependant ces accidents se produisent encore quelquefois et sont très difficiles à combattre.

Les méthodes que nous venons de voir sont, à proprement parler, des méthodes anatomiques ; il nous reste à considérer celles qui sont basées sur des principes physiologiques. Pisanté (Thèse de Paris, 1904) énonce ces différents procédés dont la conception thérapeutique est en rapport avec la conception pathogénique ; en effet, les différents auteurs préconisant, soit l’extrait de corps thyroïde, soit le lait d'animaux éthyroïdés, soit le sang, soit le sérum, ne font que reprendre la théorie émise pour la première fois par Ballet et Enriquez en 1894. Ces divers modes d'administration ne. produisent point des résultats analogues. Burgarth de la clinique de Leyden essaye chez les Basedowiens, l'iodothyrine et des tablettes

‘ — 46 — de corps thyroïde. IL n'obtient que des mécomptes. Otto Lanz de Berne, préconise le lait de chèvres éthyroïdées à la dose de 1/2 litre par jour, il obtient des améliorations mais moins satisfaisantes que par l’ingestion de sérum. Au bout de quelque temps les chèvres éthyroïdées ne fournissaient plus de lait ; or, ce lait doit être pris frais, il est donc très difficile à un malade de se le procurer à cet état. Pour | parer à cet inconvénient Burgarth et Blumenthall traitent le lait par l'alcool et le transforment en une poudre facilement connue sous le nom « Rodagen »; mais cette substance est absobée très difficilement par les malades à cause de son odeur, et Rydel, sur douze cas traités, trouve-t-il à peine une amélioration chez un de ses malades.

Après le lait vint le sang d'animaux éthyroïdés ; par'son administration, On est arrivé à soigner avec succès les basedowiens.

Le sérum nous paraît cependant devoir lui être préféré ; il est plus actif sous un petit volume, il est moins répugnant, pour le malade, enfin l'utilité du sang total nous paraît discutable en raison des idées physiologiques qui ont cours sur l’origine des sérums.

L'espèce animale qui fournit le sérum ne nous pa- raît pas indifférente ; nos résultats positifs ont toujours été obtenus avec le sérum de mouton. Il est recueilli chez des animaux adultes, à qui l’on pratique la thyroïdectomie totale à l’âge de deux ans au moins, de cinq ansau plus ; les glandes parathyroi-

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des externes si elles existent sont laissées en place. La première saignée est pratiquée à la jugulaire de trois à quatre semaines après l'opération, le sérum est filtré à la bougie de Berkefeld, sa stérillité est éprouvée.

Il ne semble point que l'addition des substances

antiseptiques telles que l’acide phénique nuise à son a DER q P q | #1

activité. Mœbius emploie du sérum qui est préparé de façon à contenir 0,5 0/0 d'acide phénique. Les doses employées ont été très variables, de trois à ,cent gouttes par jour. Petel empioyait 10 centimètres cubes de sérum en deux jours. Lomer a donné au début trois fois par jour 0 cm° 5 de sérum dans du Sirop de framboises. Tous les jours il a élevé la dose de 0 cm° 5 jusquà 12 centimètres cubes pro die.

Aronbeim prescrit du sérum dans du vin de Tokay a

raison de :

Sérum dé mouton éthyroïdé. NT D À em° VinrderLokar one 20 cm’ Bande ne Eur + QB pe »1120 "cm"

Une cuillerée à thé.trois fois par jour.

Pour Alexandre et pour Crouzon les doses doivent être massives à raison de 100 gouttes par jour. Mœbius avait commencé à en faire des injections sous-cutanées de 1 gramme chacune; mais il fut obligé d’y renoncer bientôt par suite d’accidents locaux. Le traitement est continué sans interruption au début pendant trois semaines à un mois. On peut

alors le suspendre pendant une semaine et le conti-

nuer pendant quinze jours du mois. Son action peut se faire sentir assez rapidement, comme aussi le résultat peut être tardif et se manifester d’une façon progressive. La durée de ce traitement est impossible à fixer, elle nous semble varier entre six mois et un an y compris les périodes de suspension. On peut, si Les sujets sont heureusement influencés,augmenter de plus en plus les intervalles de repos ; alors que les malades sont complètement rétablis, il est indiqué de leur prescrire une cure ou deux de sérum de quinze jours pendant l’année qui suit la guérison. L'action du sérum est difficile à expliquer. La théorie, qui consiste à considérer la neutralisation de la sécrétion thyroïdienne à mesure de la production de cette dernière paraît un peu simpliste, d'autant plus que son activité par la voie digestive semble mal corroborer cette explication. Il est vrai que récemment on a proposé de faire ingérer le sérum antidyphtéritique et que les résultats obtenus seraient satisfaisants. Les actions sont trop complexes pour que l’on puisse en donner une explication satisfaisante. Dans quelques observations on signale la possibilité de l’apparition de troubles rappelant le myx-

œdème, ce qui prouverait l’activité de la médication.

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