CHAPITRE III
Hydrargyrie nerveuse. Ses formes, ses symptômes, ses degrés. Erreurs d'interprétation qui lui ont fait attribuer certains troubles nerveux produits par les déterminations de la syphilis sur le cerveau.
Il est extrêmement rare que les centres nerveux soient atteints par le mercure lorsqu'on se borne aux doses thérapeutiques. Les troubles de l'innervation qui lui sont dus manquent même complètement, ou n'occupent qu'une place insignifiante dans l"hydrargyrisme aigu. Le praticien n'a donc pas à s'en préoccuper; aussi nous bornerons-nous à les signaler.
C'est dans l'hydrargyrisme chronique, dans celui qui est professionnel, chez les ouvriers employés aux mines de mercure (celles d'Almaden entre autres), à l'étamage des glaces, à la fabrication des chapeaux, etc., qu'on observe le plus fréquemment l'hydrargyrie nerveuse. Son symplôme le plus commun et le plus typique est le tremblement. Il commence habituellement parles membres supérieurs et s'étend graduellement à tous les muscles, y compris ceux de la langue. Son analogie avecle tremblement de la sclérose en plaques est très grande. 11 se rapproche aussi, par bien des points, de celu| des alcooliques.
D'autres troubles de l'innervation l'accompagnent : paralysies et atrophies musculaires, ancstliésies, mouvements convulsifs épilepl.iformes, etc. — Ces derniers phénomènes ont fait accuser le mercure de produire l'épilepsie. 11 est certain qu'on observe dans
HYDRARGYRIE NERVEUSE ET NÉVROSYPHILOSE. 231
l'hydrarg-yrisme chronique et profond des vertiges, des obnubilations, des nausées, des vomissements, des lipothymies, des parésies soudaines ou des convulsions ; en un mot, un groupe symptomatique qu'on a pris pour de l'apoplexie ou de l'épilepsie. Ajoutez à ce syndrome toxique l'insomnie, lafaiblesse de la mémoire, la torpeur de l'intelligence, une sorte de délire intermittent et hypocondriaque, l'inactivité, signalée par Kùssmaul, même clans les hydrargyrismes peu prononcés, une singulière exaltation de la sensibilité psychique, etc., etc.
Eh bien, n'est-ce pas là aussi ce qu'on observe dans un grand nombre d'encéph al opathies syphilitiques ? Qu'en est-il résulté? C'est qu'on n'a pas manqué d'en rendre le traitement mercuriel responsable. Aujourd'hui que la pathologie syphilitique des centres nerveux est beaucoup mieux connue qu'autrefois, on a innocenté le mercure de ces accusations spécieuses, et on a rendu à la syphilis ce qui lui revient légitimement, c'est-à-dire à peu près tous les troubles cérébro-médullaires qui se développent à toutes les phases de son processus., surtout aux premières. Qu'on n'exagère pas toutefois cette proposition. Il est possible que quelques phénomènes nerveux, tels que l'insomnie, la susceptibilité sensilivo-psychique, des collapsus ou des excitations musculaires momentanées, soient produits par le traitement mercuriel intensif chez des sujets exceptionnellement prédisposés. Mais de là à formuler contre lui l'accusation générale, de développer des méningo-encéphalites, d'aboutir à la folie, il y a loin, et ses plus acharnés détracteurs gardent maintenant le silence sur ce point comme sur d'autres de ses prétendus méfaits dans la cure de la syphilis.