PRÉFACE
Après mes doux ouvrages sur La syphilis parus, l'un en 1883 (Syphilis prim it ive et syph ilis secondaire). Tau I re eu 1889 (Syphilis tertiaire et syphilis héréditaire), j'en publie aujourd'hui un troisième sur son Traitement.
En médecine eL en chirurgie, la question du traitement occupe la première place. Toutes les autres, même celles qui lui paraissent le plus étrangères, sont, de près ou de loin, sous sa dépendance et convergent forcément vers elle, afin do l'éclairer, de la résoudre, de L'enrichir et de la perfectionner sans cesse.
Étudiez-la à travers les siècles pour n'importe quelle maladie, et vous verrez revivre avec une vigoureuse netteté de lignes et une puissante intensité de couleur la physionomie propre à chaque milieu pathologique. S'il arrive que, dans cet étrange et saisissant relief de toutes choses, vous soyez, tout d'abord choqué et déconcerté par les erreurs, les préjugés, les conceptions et les pratiques niaises, grotesques, superstitieuses, rassurez-vous. Au milieu de ce chaos, voici, en effet, quelques intuitions géniales, puis des idées \ r aiment scientifiques, \ h an les et fécondes, des découvertes définitives, cl enfin un trésor de vérités, maigre en commençant, mais qui s'accroît peu à peu de génération en génération, malgré les fâcheuses aventures et
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les mauvaises rencontres, et va se fortilianl de plus en |>lus contre toutes les surprises par l'observation clinique el l'expérimentation.
Dans cette évolution qui renaît et se déroule sous nos yeux, quand nous nous donnons la peine d'approfondir la question du traitement, ce n'esl pas La pathologie seule qui esl évoquée. Sans doute elle surgit la première et en pleine lumière au milieu du tableau qu'elle domine. Mais voyez autour d'elle quel nombreux cortège de toutes les sciences : l'histoire naturelle, la botanique, la chimie, la physique, l'hydrologie, n'accoùrentelles pas à son appel et à son secours ? Sans compter l'alchimie, l'astrologie, la magie, la cabale — Car l'homme pour soulager ses maux ne se contente pas des remèdes qu'il trouve dans le vaste sein de la nature. 11 quitte parfois le réel pour l'imaginaire, les sciences positives pour les occultes, et s'égare dans les mondes sans limites du rêve et de la chimère.
Pour la syphilis, on ne perdit pas terre trop souvent, si ce n'esl quelquefois cependant à propos de son origine. Mais l'imagination se donna libre carrière clans la recherche effrénée des moyens et des méthodes de son traitement.
J'ai essayé de décrire, en ce qu'elles ont présenté de plus curieux, les étranges fluctuations du mouvement thérapeutique Le plus extraordinaire peut-être qui se soit produit jusqu'à l'époque actuelle.
A La (in du xve siècle, La terrible épidémie syphilitique qui s'abattit presque subitement sur l'Europe suscita une prodigieuse (ièvre de recherches. Il \ eut de grands médecins parmi ceux qui se trouvèrent aux prises avec ce nouveau mal qui apparaissait ou du moins se révélait pour la première fois. Us mesurèrent la profondeur de son infection sous les modes si variés et si multiples de sa contagiosité, même en dehors du conflil sexuel etde la fécondation. Ils démêlèrent avec une ('tonnante perspicacité ce qu'il \ axait en Lui de spécifique, el parvinrent
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même à créer d'une façon à peu près complète toute sa pathologie.
Furent-ils aussi heureusement inspirés dans leurs tentatives pour le combattre et pour le guérir? Non. Et pourtant, malgré les incertitudes, les erreurs et les divagations qui compromirent le traitement delà syphilis, on parvint à établir solidement, dès Je milieu du seizième siècle, que le mercure était le seul el le vrai spécifique de cette maladie.
Mais, avant d'en venir là, et même depuis, que de vicissitudes singulières dans les diverses méthodes de son traitement ! Ceux qui les découvrirent, semblèrent leur avoir infusé foules les [tassions humaines, celle de vivre surtout, qui se traduisit par des luttes sans trêve ni merci, où la comédie surpassa le drame. Des légions de drogues d'une extravagance inimaginable firent assaut d'héroïsme pour sortir du néant, secouer le suaire poussiéreux des arcanes millénaires et conquérir le succès au grand soleil de la publicité. Emplâtres, onguents, poudres, pilules, gouttes, panacées solaires, lunaires, mercurielles, or de vie, bois de vérole, robs, électuaires, dépuratifs innombrables à tous les degrés de décoction, etc., se livrèrent des combats macabres avec une furia souvent désopilante. Dans ces violentes et burlesques mêlées, ce ne sont, que péripéties incessantes de victoires et de défaites, de grandeur et de décadence. Fanfares de triomphe, plaintes, gémissements, cris de rage, invectives, anathèmes, voilà ce qu'on entend au milieu du brouhaha continu de batailles où tout se mêle, s'enchevêtre en une inextricable confusion. Et puisée sont aussi les bruits assourdissants de la réclame cjrarlatanesque qui tint autour de la syphilis naissante ses assises ridicules ou nuisibles donl elle n'a point perdu la tradition.
Un gros volume ne suffirait pas pour résumer les milliers de livres qui onl été écrits sur te traitement de la syphilis, .le me suis borné à donner dans Y Introduction les grandes lignes el la physionomie des principales phases de son histoire, l'enl-
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rire Irouvera-l-on, comme moi, quelque intérêt à ce rapide voyagea travers an passé de quatre siècles.
A mesure qu'on se rapproche' de l'époque moderne, le traitement de la syphilis se dégage peu n peu de ce qui l'encombrait inutilement.
La médication mercurielle, après avoir vaincu toutes les méthodes qui prétendaient la supplanter, trouve un émule el un auxiliaire plutôt qu'un riva] dans l'iodure de potassium.
Ces deux grands spécifiques, surtout le mercure, n'ont jamais été soumis à une élude plus approfondie et plus scientifique qu'en ces dernières années. La biochimie a essayé de pénétrer plus avant qu'autrefois dans leur action, sans décoin rir ce qu'il y a en elle d'intime et de mystérieux. L'observation clinique el l'expérimentation ont apporté à tout ce qui les concerne une recrudescence d'activité, comme si on avait le pressentiment que la vieille thérapeutique est menacée dans son existence même, et qu'il est, prudent d'en exprimer par une haute pression les services qu'elle peut encore nous rendre avant sa mort.
Depuis les admirables découvertes de notre immortel Pasteur, le traitement de toutes les maladies subit une crise de rénovation profonde et radicale, tout à la fois préventive et curative, quia déjà donné pour la rage et pour la diphtérie des résultats extraordinaires. En sera-t-il ainsi pour la syphilis? N'est-elle pas une des maladies les plus infectieuses, bien qu'on ne connaissepas encore son microbe ?
De nombreuses tentatives de sérumthérapie syphilitique ont été faites récemment. On trouvera dans ce volume le résultai complet de ce qu'elles ont donné jusqu'à l'heure actuelle. La méthode esl si nouvelle qu'on ne peut point encore porter sur elle un jugement définitif. Elle est loin d'avoir dit son dernier mot. Il est à craindre que son avènement ne soit relardé par l'impossibilité où nous avons été jusqu'ici de découvrir le
microbe pathogène de la syphilis et d'inoculer cette maladie aux animaux. Mais, alors même qu'elle échouerai! pour le moment, il y a bien des raisons d'espérer que plus tard, avec les progrès qui se foui tous les jours dans celte voie, on arrivera à découvrir des moyens infaillibles non seulement de guérir la >\ |ihilis, mais de la prévenir par la vaccination.
Après Y Introduction vient le corps de l'ouvrage que j'ai divisé en trois livres :
Le premier livre est consacré à la thérapeutique générale de la syphilis. Ce sujet est tellement vaste, quand on veut l'étudier sous toutes ses faces, que, malgré mes efforts pour le serrer d'aussi près que possible, j'ai été obligé de lui consacrer beaucoup de pages. J'espère que ses grandes divisions et ses subdivisions en chapitres, avec les sommaires et les titres courants, permettront de se retrouver aisément dans cette partie qui est fort complexe et très touffue.
Voici, du reste, en quelques mois, les principaux titres du programme :
Considérations générales sur les effets thérapeutiques du mercure et de l'iodure de potassium; sur leur action curative et préventive : sur l'expectation, l'abstentionnisme, le pronostic. Ce sont là des préliminaires. J'ai eu soin d'en mettre au commencement de toutes les grandes divisions.
Traitement mercuriel : — Considérations générales. — Mélhode dermique : frictions, m ercurielles, fumigations, bains, emplâtres. — Méthode hypodermique ou par injections mercurielles : injections solubles et insolubles. Méthode par ingestion ou stomacale.
Hydrargyrisation. — Biochimie du mercure dans l'organisme. — Ses effets toxiques ou hydrargyrisme des diverses parties de l'organisme. — Formulaire des principalès préparations mercurielles.
Traitemenl ioduré el iodisme.
\n WtÉFÀCE,
Traitement auxiliaire de la syphilis : médications non spécifiques; hygiène; balnéation thermo-minérale* Sérumthérapie.
Stratégie thérapeutique dans le traitemenl de la syphilis.
Le second livre a pour objet le Irailemenl des diverses manifestations syphilitiques. Après avoir étudié le Irailemenl spécifique dans son ensemble et ses agents, en tant qu'il s'adresse à. la maladie générale ou diathèse, il m'a semblé très important, pour la pratique courante, d'en poursuivre les indications et les applications précises, détaillées, minutieuses, dans toutes les déterminations de la syphilis.
Ici trois grandes divisions s'imposaient, parce qu'elle- correspondent aux trois grandes divisions chronologiques consacrées par l'usage, et qui sont la syphilis primitive, la syphilis secondaire et la syphilis tertiaire.
Le traitement de la Syphilis primitive offre un intérêt de premier ordre et soulève des questions tout à la fois théoriques et pratiques. Il est, en outre, fort actuel à cause de l'excision abortive du chancre syphilitique qui a été si disculée dans ces derniers temps.
Après les considérations générales et les préliminaires vient le traitement aborfif de la syphilis divisé en deux sections : traitement abortif par la destruction du chancre infectant; traitement abortif par la médication spécifique interne dès l'existence certaine du chancre.
Puis je m'occupe du traitement local du chancre syphilitique suivant ses variétés, ses formes, ses complications, sa topographie, etc.; du traitement des autres éléments du syndrome primitif avec tous les détails qu'exige la fréquence de noire intervention dès les premiers jours de la maladie.
La deuxième division du second livre comprend le Irailemenl de la Syphilis secondaire : syphilides cutanées, syphilides muqueuses el autres manifestations de celle période. Tout
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aussi imporlanle que la première, elle est cependant moins1 étendue. Là, en effet, on ne trouve ])oint de question théorique. L'infection est un l'ait accompli. 11 n'y a plus qu'à en suivre les divers accidents afin de les prévenir et de les l'aire disparaître le plus prômptement possible, parce que, outre leurs inconvénients et leurs dangers pour le malade lui-môme, ils sont presque tous extrêmement redoutables à cause de leur insidieuse contagiosité.
La troisième division du second livre a pour objet le traitement de. la Syphilis tertiaire. Elle débute par des considérations générales sur le tertiarisme. À mesure qu'on s'avance vers les manifestations les plus profondes et les plus tardives de la syphilis, le traitement se simplifie. La question pathologique, au contraire, se complique et s'obscurcit souvent. Les indications deviennent moins évidentes, moins précises. Elles se confondent avec celles d'états pathologiques à peu près similaires. Aussi est-il très important de les isoler par une analyse clinique qu'on ne peut faire qu'avec une connaissance complète des symptômes, des signes, du processus et de toutes les circonstances propres à constituer leur stigmate spécifique, c'est-à-dire à caractériser leur individualité morbide. Afin de faciliter cette tâche à ceux qui débutent, j'ai eu soin de faire, pour les principales déterminations, un résumé pathologique qui servira de guide et empêchera de s'aventurer dans l'administration inconsidérée du mercure et de l'iodure.
Voici les principaux sujets de cette troisième division : Syphiloses cutanées, syphilides malignes précoces, gommes
hypodermiques, syphilose dermo-hypodermique des organes
génito-urinaires.
Sxpliilis du système locomoteur.
Viennent ensuite les déterminations internes dont l'ensemble constitue la Syphilis viscérale. En tête se place de droit la syphilis du système nerveux, parce qu'elle est la plus commune
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de beaucoup et la plus importante : syphilis du cerveau, de la moelle, des nerfs, des organes des sens, principalemeni celle des \<'n\.
En second lieu, el toujours par ordre de fréquence et de gravité, la syphilis de l'appareil respiratoire : syphilose pharyngo-nasale, laryngienne, trachéo-broncho-pulmonaire.
Enfin la syphilis du tube digestif: glossopathies, hépatalgies; — celle de l'appareil génito-urinaire : sarcocèles, uéphropathies; — celles du système circulatoire : cœur, artères, veines, lympathiques.
La syphilis et le diabète, terminent le deuxième livre.
Le troisième livre, beaucoup moins étendu que les deux premiers, complète et clôt ce volume. Il se divise en deux parties qui gagnent à être rapprochées et se touchent par bien des points : le traitement et la prophylaxie de la syphilis héréditaire; la prophylaxie de la syphilis.
Dans la première, après quelques considérations générales sur les processus pathogéniques et éliologiques de Phérédosyphilis, sa chronologie, ses principaux symptômes, etc.. j "ai minutieusement étudié toutes les questions qui se rattachent au mariage des syphilitiques; au traitement des grossesse^ syphilitiques et de l'hérédo-syphilis pendant ces grossesses: au traitement indirect et direct des hérédo-syphililiques après leur naissance ; à leur allaitement.
Dans la deuxième partie, j'ai débuté par des considérations générales sur la prophylaxie de la syphilis. Puis j'en ai étudié les diverses catégories.
La prophylaxie entre nourrissons cl nourrices \ ient naturellement en premier lieu et comme transition entre les deux parties de ce troisième livre, .le lui ai donné de longs développements parce qu'elle esl fort compliquée ci d'une grande importance.
<>n peu! en dire presque autanl de la syphilis vaccinale qui lui fait suite.
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J'ai décrit ensuite les moyens prophylactiques les plus propres à se préserver de la contagion syphilitique qui s'effectue par les instruments de chirurgie, les objets de toilette, les ustensiles déménage, etc., et le nombre infini des circonstances qui, en dehors des rapports sexuels, peuvent, sans qu'on s'en doute, favoriser et produire la contamination.
Afin d'en montrer les dangers d'une façon plus saisissante et de donner en même temps la possibilité de se tenir en garde contre eux, j'ai pensé que rien n'était supérieur comme enseignement à l'exposition des faits de contagion dus au hasard. J'ai choisi les plus étranges, les plus imprévus. Ils rendent la prophylaxie générale animée, vivante, lumineuse. Ils expliquent les surprises et dissipent quelquefois les obscurités de la contamination syphilitique.
Sur la prophylaxie sociale j'ai été beaucoup plus bref, et j'ai presque toujours laissé la parole à d'autres dans le résumé historique et critique que j'en ai fait.
Au sujet des mesures répressives qui sont encore employées, j'ai pris très vivement parti pour la femme qui seule en est aujourd'hui la victime. Je ne me flatte point d'avoir raison. Mais tout ce qu'on pourrait m'objecter ne m'empêchera pas de trouver : 1° Que la responsabilité dans le mal vénérien est égale pour l'homme et pour la femme; 2° que les mesures coercitives, si tant est qu'on les juge encore indispensables, doivent être appliquées aussi bien à l'homme qu'à la femme, parce que la femme n'est pas plus coupable que l'homme.
J'ai soutenu cette thèse avec la plus grande indépendance d'argumentation et de parole, en me tenant dans la région des principes de droits, de devoirs, de liberté individuelle, d'égalité et de solidarité, dont il me paraît souverainement injuste d'exclure la femme, comme si elle était d'une essence morale inférieure à la, nôtre. Peut-être ai-je mis dans ce sujel si fastidieusement ressassé, une pointe de fantaisie, de paradoxe et d'hyperbole. Je ne m'en défends pas. N'était-ce pas
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permis pour combattre un \ îeux préjugé ou ce qui me parai! LeJ ! .Mrs lecteurs oui trop d'esprit et de Largeur d'idées pour me le reprocher. Ils ae m'en voudront pas non | > J 1 1 s . j'en suis sur, d'avoir un peu maltraité notre sexe. El puis ee qui passe pour erreur la veille n'est-il pas souvent vérité le lendemain? On trouvait toul nature] autrefois d'exiler, el d'incarcérer les hommes qui contractaient la syphilis. Ne serait-ce pas monstrueux aujourd'hui ?
Bientôt, si mitigées que soient de nos jours les mesures coercitîves contre la femme, tout Je monde s'accordera à les trouver, comme beaucoup de penseurs, de médecins et de sociologues le font depuis quelque temps, injustes, odieuses et tyranniques.
En écrivant ce volume, je nie suis amusé parfois aux extravagances, aux inepties, aux inventions puériles ou stupides de uos devanciers. Quels progrès sur eux ! Eh bien, malgré nos efforts pour apporter dans le traitement de la syphilis tout ce que nous avons acquis de sagesse, de prudence, d'expérience pratique, de science biochimique et pathologique, peut-être ferons-nous rire nos successeurs à notre tour. La science marche vite. Elle nous pousse en avant avec une force à laquelle rien ne résiste, et entraîne la plupart de nos œuvres médicales éphémères aux gouffres profonds de l'indifférence et de l'oubli.
Mais qu'importe après tout? Si insignifiante, si perdue que soif chacune d'elles dans Je gigantesque monument scientifique, elle n'en contribue pas moins à le construire. Au surplus, ne nous devons-nous pas à nous-mêmes d'écrire ei d'enseigner ce que nous avons appris quand nous \ avons consciencieusement mis tous nos efforts?
Ne nous décourageons donc jamais, e| jusqu'au dernier souffle : Laborcmus.
C'est par ce Sîorsum corda du travail qu'un des maîtres les
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plus illustres de la médecine française, le professeur J. Rollet, termina son allocution aux membres de la Société de Dermatologie et de Syphiliographie, réunis à Lyon, en août 1894.
« Je me permettrai, dit-il, Messieurs, dans ce vieil Hôpital, dans cet ancien palais des Césars, de vous rappeler la devise de Marc-Aurèle : Laboremus. »
Noble péroraison d'une grandeur et d'une simplici té antiques, qui réunissait si heureusement, dans une double évocation, le glorieux passé de la célèbre cité gallo-romaine et l'ombre auguste d'un des types les plus accomplis de l'humanité. La mort y ajouta la consécration solennelle qu'elle donne aux dernières paroles. Rollet succomba le jour même où il devait les prononcer.
Digne de ces souvenirs grandioses son nom est maintenant inscrit pour toujours dans les fastes de la ville de Lyon ; il rappelle la vertu, l'élévation de pensée, l'autorité morale, la persévérance des stoïciens et du plus fameux de tous, de Marc-Aurèle; il est un honneur impérissable pour le vieux palais des Césars qui est aujourd'hui l'Hôpital de l'Antiquaille.
La mort de Rollet m'affecta douloureusement. Avant de le connaître, j'avais pour lui une profonde sympathie. Elle m'avait été inspirée, dès le début de mes études médicales, par la lecture de ses ouvrages. J'y trouvai un si puissant attrait que l'impression qu'ils m'ont laissée ne s'est jamais effacée. Aussi était-ce en toute sincéri té que je lui écrivis, quelques heures avant qu'il nous fut enlevé, qu'il avait toujours été mon véritable maître.
Chose étonnante et qui prouve bien la valeur, la portée et la solidité de son œuvre : Le temps n'a point eu de prise sur elle. Aucun des livres qui la composent n'a vieilli. Aucun surtout n'est tombé dans une de ces décadences irrémédiables qu'entraînent fatalement les erreurs, les défauts, les négligences, les maladresses de conception ou de forme. C'est qu'il n'y a en eux rien d'équivoque ni de hasardeux. Tout y est imprégné de raison, de logique, d'une érudition impeccable, d'une observais
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tion si exacte et si rigoureuse qu'aucun fait u'esi venu la démentir. Le style sobre, vigoureux, sévère, concis, semoule exactement sur la pensée, sans jamais s'abandonner à ce plaisanteries, à ces sous-entendus grivois, à cette sorte de bel esprit, vulgaire et grossier quoiqu'il eût la prétention d'être lin, et à ces concetti facétieux d'un goût déplorable qui firent tache trop souvent dans le langage de la vénéréologie, même chez les plus renommés.
C'est à l'Hôpital de l'Antiquaille et en fort peu d'années que Rollet accomplit l'œuvre qui le met à un des premiers rangs parmi les créateurs de la syphiliographie moderne.
Il contribua plus que personne à établir définitivement la pluralité des maladies vénériennes et à faire cesser une confusion qui avait été si préjudiciable pour le traitement. Mais un de ses principaux titres scientifiques est d'avoir donné la démonstration complète de la contagiosité des accidents syphilitiques secondaires, et d'en avoir déduit, avec la justesse et la logique que son intelligence droite et lumineuse apportait en toutes choses, les conséquences prophylactiques d'un ordre supérieur. Grâce à lui, l'obscurité qui régnait sur les échanges contagieux entre les nourrices et les nourrissons fut dissipée. D'innombrables contaminations qui s'effectuaient innocemment sur la foi des plus dangereuses doctrines furent prévenues. Et il en fut ainsi pour la vaccination syphilitique, pour la syphilis des verriers, etc.
Ce qu'on aécrit depuis sur toutes ces questions si capitales en hygiène et en prophylaxie procède directement des travaux de Rollet. 11 nous rendit la tâche facile, car il alla jusqu'au boni de ses découvertes avec une merveilleuse puissance de logique et de perspicacité^
Contrairement à ce qu'on faisait alors, il n'abusa jamais de l'expérimentation; c'est par l'observation seule et les vues intuitives qu'elle lui suggérait et que fécondait sa claire el robuste intelligence qu'il obtint les résultats que nous admirons.
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Devant lui. le chancre de la bouche, le nouveau sphinx, comme il l'appelait, fut forcé de révéler l'énigme qu'on s'épuisait à deviner. 11 en fut ainsi du chancre mixte qui déroutait les théoriciens et avait tenu jusqu'alors en échec leurs dogmes exclusifs. A Rollet seul revient le mérite d'avoir découvert la nature de cette troublante lésion et prouvé les effets singuliers de sa double origine et de sa double transmission virulentes.
Et n'étaient-ce pas aussi d'autres énigmes que ces maladies aux noms bizarres, endémiques ou épidémiques, depuis des siècles, sur différents points du globe? Rollet en fit une étude complète du plus haut intérêt. Il les analysa, les décrivit, les commenta avec une érudition si pénétrante, un tact de clinicien si fin et si juste, qu'il ne laissa aucun doute sur leur origine syphilitique.
Quelle variété de recherches, de points de vue, d'aperçus ingénieux, à côté de ces grands travaux ! Que d'articles remarquables dans les journaux, dans le grand Dictionnaire encyclopédique de médecine et ailleurs, non seulement sur les maladies vénériennes mais aussi sur un grand nombre d'autres sujets 1 !
1. J'ai parlé (p. 37) du Traité des maladies vénériennes de Rollet. C'est son œuvre -capitale; elle résume une grande partie de ses belles recherches. Voici quelques-uns de ses autres ouvrages les plus importants :
Mémoire sur le sarcocèle fongueux syphilitique (1858); — Étude sur le rhumatisme blennorrhagique (1858); — Éludes cliniques sur le chancre, produit de la contagion de la syphilis secondaire (1859); — De la pluralité des maladies vénériennes (1860); — Étude sur la transmission de la syphilis entre nourrissons et nourrices (1861); — Recherches sur un certain nombre de maladies de la peau réputées rares ou exotiques qu'il faut rattacher à la syphilis, pian, etc. (1861); — Des agents contagieux des maladies de la peau (1857); — Prophylaxie internationale des maladies vénériennes (1867); — La maladie de Job (1867); — La blessure d' Alexandre le Grand (1877); — Des applications clic feu à V hygiène dans les temps préhistoriques (1879); — Des anciens foyers de syphilis cl de V origine américaine de l'épidémie du XV siècle (1882); —Des éruptions arsenicales (1883); —Influence de la filtration sur les eaux potables (Genève, 1883); —Hygiène industrielle (Lyon, 1888); — Articles du Dictionnaire de Dechambre : Blennorrhagic, chancre, syphilis, bubon, maladies syphilitiques de l'anus, de la mamelle, gommes, etc., etc.
N<; 1" 24 novembre 1824, mort le 2 août 1 804 , Roi Ici étail aussi grand par le
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Ses nombreux mémoires sur la prophylaxie, sur les épidémies, sur les grandes questions d'hygiène sociale et industrielle le désignèrent pour la chaire d'hygiène, lorsque La Faculté de Lyon fut fondée. 11 l'a brillamment occupée pendant les dixsept dernières années de sa vie.
J'avais une si haute estime pour Kollet que je fus profondément touché de l'amitié dont il voulut bien m'honorer, lorsque la communauté de nos travaux me mit en rapport avec lui. Mon affection, ma reconnaissance pour lui égalaient le respecl et l'admiration qu'il m'inspirait. En commençant ce volume, une année avant sa mort, j'écrivais sur lui une note qu'il ne devait pas lire. Et aujourd'hui que puis-je faire après l'avoir honoré autant que je l'ai pu durant sa vie ? Mettre son nom vénéré sur la première page de ce livre, et par ces dernières lignes rendre un hommage suprême à l'homme, au maître, à l'ami, au grand syphiliographe qui est une des gloires les plus pures de la médecine française et de l'École de Lyon.
cœur que par l'intelligence. Que d'amis, que d'élèves pourraient l'attester! Et quelle affection, quel dévouement pour sa famille! Aussi fut-il irrémédiablement frappé par la mort de sa fille, bien qu'il eût depuis longtemps la certitude et la joie de se survivre en deux savants médecins dignes de lui, son fils, M. Etienne Rollet, professeur agrégé de la faculté de Lyon,etson gendre, l'éminent professeur Lacassagne. Ils continuent l'un et l'autre la glorieuse tradition paternelle dans cette grande École médicale de Lyon, qui a produit tant de médecins célèbres.