II. Exemples de chancres des doigts et de la main
Ils sont infiniment plus communs chez l'homme que chez la femme (42 chez l'homme et 7 chez la femme). Ils surviennent à la suite d'une contamination médicale, vénérienne ou par morsure. On ne saurait trop insister sur la contamination médicale par les doigts. C'est une des plus fréquentes. Les médecins, les chirurgiens, les accoucheurs, les sages-femmes, les étudiants en médecine, les dentistes en ont fourni de nombreux exemples, dans les circonstances Mes plus variées et les plus authentiques.
La contamination vénérienne digitale dérivant d'attouchements érotiques, siège le plus souvent sur le doigt médius pour des raisons faciles à deviner.
*Chancre induré du petit doigt de la main droite consécutif à une morsure qui avait arraché l'ongle (l)r Soloviev).
*Chancre induré du petil doigt de la main droite consécutif à un coup
F U Ko U UN CE DU U CONTAGION SYPH1MTIQUB l'A» LES DOIGTS.
de poing sur La bouche d'un individu qui avait dans cette région des ulcérations syphilitiques (D'' Vood).
♦Chancre induré digital contracté par une surveillante en triant du linge sale et de vieux chiffons (Polaillon .
*Chancre sur la piqûre d'un doigt avec une épingle chez une jeune femme qui pansait chaque jour un chancre induré pénien de son amant (Taylor).
*Chancre au dos de la main consécutif à l'égratignure qu'une femme en colère, qui l'avait faite à son amant, embrassa longuement toute saignante pour exprimer son repentir. Celte femme avait des plaques muqueuses aux lèvres (A. Pournier .
Piqûres, coupures, érosions, gerçures, crevasses, éruptions, eczémas, brûlures, etc., tout ce qui excorie l'enduit épidermique, sont des portes d'entrée au virus syphilitique. Il y a des cas où cette porte d'entrée ne peut pas être découverte.
Les préceptes prophylactiques qui découlent de ces faits sont, poulies médecins, les accoucheurs, les sages-femmes, etc., de songer toujours à la possibilité de ces surprises contagieuses, d'examiner minutieusement leurs doigts et leurs mains pour voir s'il n'y a aucune lésion pouvant devenir une porte d'entrée pour le virus, de les protéger avec le plus grand soin s'il en existe, et de recourir à toutes les ablutions antiseptiques immédiatement après la contamination, si on suppose qu'elle a eu lieu en tel ou tel point. Mais l'absorption est si rapide que les mesures prophylactiques après le contact sont presque toujours inutiles. J'ai vu de nombreux exemples de leur impuissance. Un de mes malades n'avait eu qu'un coït très rapide, presque instantané avec une femme qu'il avait fait laver préalablement; il s'était fait de très nombreuses ablutions sur les organes génilaux immédiatement après le coït : il n'en contracta pas moins un chancre infectant.
*J'ai observé tout récemment un chancre cutané typique qui s'était développé sur le premier espace intermétacarpien de la main gauche, à la suite d'une brûlure faite par l'éclat d'une allumette suédoise. Ganglions épitrochléen et axillaires très indurés, roséole, etc. C'était un homme qui n'avait de rapports qu'avec une seule femme parfaitement saine, ainsi que je l'ai constaté. Il n'avait aucune lésion aux parties génitales. Sa profession ne le mettait pas en contact avec des syphilitiques.
*Un accoucheur, qui avait sur les mains une éruption syphilitique secondaire, infecta plusieurs des femmes qu'il assista dans leurs couches.
*Le doigt d'une accoucheuse fut le point de départ et la principale cause de l'épidémie syphilitique connue sous le nom de Mal de Sainte- Euphémie. On trouve dans les annales de la science deux ordres de faits très nettement accusés : accoucheuses ou accoucheurs infectés dans l'exercice de leur profession, et accoucheuses ou accoucheurs propageant la maladie après l'avoir contractée aux doigts dans la pratique du toucher. Le toucher vaginal est donc une cause fréquente de contagion syphilitique.
III. Voici, pour terminer, quelques exemples de chancres infec-
CAS CURIISUX Dli CONTAGION SUR DIVERSES PARTIES DU CORPS.
Lants développés dans des circonstances singulières sur diverses parties du corps. Cette liste serait interminable si on voulait la rendre complète.
* Inocula lia » de la syphilis par le tatouage. — Trois soldats du district de Porstmouth se firent tatouer par un ancien soldat qui portait fréquemment les aiguilles à sa bouche et délayait avec sa salive les couleurs qu'il appliquait à f aide de ses doigts sur les piqûres. Il était syphilitique depuis un an et avait la bouche remplie de plaques muqueuses. Les trois soldats furent infectés et d'autres aussi (D1- Barker).
*Un malade à qui j'avais pratiqué la circoncision parce qu'il avait des chancres infectants sur le limbe, sortit de mon service pendant la période des premiers accidents consécutifs, et revint habiter avec sa femme. Quoiqu'il n'eût eu avec elle aucun rapport sexuel, cette dernière n'en contracta pas moins un chancre infectant qui occupait une posiLion singulière : il siégeait en effet à la partie inférieure de la région lombaire.
*Chancre syphilitique de l'aisselle, suivi de roséole. Le malade se souvenait tout au plus d'avoir été chatouillé clans cette région (Fournier).
*Un vieillard, qui avait chez lui deux vérolés porteurs d'ulcères au fondement, contracta une maladie par l'usage des mômes latrines (Fallope).
*Un jeune homme fut atteint d'un chancre syphilitique sur la face antérieure de la cuisse, parce qu'il avait fait asseoir sur ses genoux une danseuse de vertu suspecte.
:::Plusieurs religieuses d'un couvent, àSorrente, contractèrent la syphilis en embrassant un enfant qui était nourri par une femme gâtée (Musitanus).
*Fracantiano dit avoir vu une jeune fille de 7 ans qui avait gagné la syphilis en portant une robe de peau dont s'était servie une femme vérolée.
*Clerc montra à ses élèves un vieillard de plus de 70 ans, porteur d'un chancre infectant du gland, qui provenait du frottement de l'organe contre un pantalon d'origine suspecte dont il usait depuis deux mois.
*Boudet a observé un fait analogue chez un militaire qui, n'ayant pas vu de femmes depuis fort longtemps, avait contracté un chancre du scrotum sans pouvoir l'attribuer à d'autre cause que le contact d'un pantalon qu'il avait acheté d'occasion.
Tne petite fille de 6 ans contracta la syphilis en se bloLtissanl auprès de son père pour se garantir du froid (Violet).
i .Minme chancre rjmllal curieux, mais assurément non vénérien, je rapporterai le suivant: chez un nourrisson âgé de 14 mois, M. le D1' Schiff a constaté l'existence d'un chancre syphilitique du méat urinaire dont le mode de contamination est resté inconnu. Les parents de cet enfanl étaient sains.
*La syphilis primitive du sein ôsl si connue qu'il est inutile d'en donner
PROPHYLAXIE SYl'HlI.lTUjUK SOCIALK.
des exemples. Elle esl 1res rare chez l'homme ; j'ai vu cependant deux cas de chancres mammaires masculins.
♦Parmi les chancres du sein, si fréquents chez la femme, je me bornerai à en citer un au mamelon qui prit îles proportions si graves qu'on crut d'abord qu'il s'agissait d'un épithéliorna, d'autant plus que les ganglions de l'aisselle étaient très engorgés. On s'apprêtait même à l'opérer quand l'erreur fut reconnue [Élude sur la s;///lii/is du sein, par le L>r Claude. Th., Paris, 1886).
SECTION V