DURÉE ET FORCE DU FROTTAGE MERCURIEL
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frottage. Il est vrai qu'ils vous disent : « Nous pouvons contrôler la force que déploie un trotteur expérimenté, pondant une séance do vingt minutes, en tenant compte de l'étendue du membre à frictionner. » Eh bien, quoique cesprofonds calculssoient très rassurants, il ne faut pas accorder, dans l'emploi de la méthode, une part trop grande à l'action mécanique.
Il y a des malades chez lesquels l'absorption cutanée se fait presque aussi facilement, lorsque le composé mercuriel est simplement appliqué sur la peau, que quand il y est enfoncé à la force du poignet. Le professeur Panas, qui a grandement contribué à réhabiliter en France ce mode de traitement, surtout dans les graves opbtalmopatbies syphilitiques, recommande de ne se frictionner que quatre à cinq minutes au plus1.
A Aix-la-Chapelle, on entoure, on assaisonne les frictions d'une quantité d'adjuvants et de moyens accessoires dont on a certainement exagéré l'importance au point de vue spécifique. On nous dit que les bains chauds de cette station assouplissent la peau, facilitent la pénétration du mercure, qui est absorbé et entraîné par
d. Cette durée est trop courte dans la plupart des cas. Du reste, il est fort difficile de dire d'avance quelles doivent être, pour obtenir un résultat efficace, l'étendue de la surlace cutanée soumise à la friction et la force qu'on y doit déployer. Bien n'est plus variable. Chez quelques sujets, la plus simple onction avec 2 ou 3 grammes d'onguent produit l'hydrargyrisme, sans laisser au mercure le temps de développer son action curative. Chez d'autres, les frictions les plus vigoureuses restent inertes, comme si elles étaient faites sur une surface inanimée. J'ai vu cette inertie dans un grand nombre de syphiloses cérébro-spinales. En pareille occurrence, on se demande si le mercure pénètre réellement dans l'organisme. Nous n'avons d'autre moyen de nous en assurer que l'analyse des urines et des selles.
Au point de vue pratique, nous devons rechercher, tout d'abord, si quelque? défectuosités matérielles dans l'application du procédé ne sont pas la cause de son impuissance. Nous y remédions quelquefois en augmentant l'action de la friction et sa durée, en la faisant avec plus de vigueur, en laissant la préparation mercurielle plus longtemps sur la peau, etc., etc.
C'est une technique fort compliquée et qui donne beaucoup de tribulations aux patients et aux médecins. Four que cette corvée ne soit pas en pure perte, il est indispensable que les frictions soient bien exécutées. Le malade n'en est pas longtemps capable. II y va d'une main trop molle et trop Minorée. Celle d'un trotteur expérimenté vaut mieux, en pareil cas, cl, avec elle, on voit quelquefois la situation se modifier rapidement de la manière la plus avanlageuse.
On recommande de frotter à siccilù, c'est-à-dire jusqu'au moment où la surface frictionnée ne laisse plus glisser aisément les doigts, mais leur offre une certaine résistance, comme s'il n'y restait plus qu'une très mince couche de corps gras. Pour en venir là, il faut au moins dix minutes à un quart d'heure, pour 4 grammes d'onguent. Ces deux chiffres donnent la dose et la durée moyenne d'une friction ordinaire. Le frottoir constitué par un gros disque de verre plat et poli ne vaut pas la main. A nu, la main frictionne peut-être "mieux que quand on la protège par un gant de peau ou de caoutchouc; mais cette dernière précaution est bonne lorsque la main qui opère n'est pas celle du malade, mais une main étrangère.
PRATIQUE DES FRICTIONS DANS LUS TIIKHMKS Sl'UTHhTX.
les capillaires <lilat.es; que le séjour des salles chauffées par le calorique naturel des sources protège les baigneurs contre les refroidissements si redoutés, parce que leurs parois et l'air qu'on y respire conservent une température immuable.
Enfin l'usage interne de ces eaux sulfureuses, ajouté à leur cure balnéaire, sous forme de bains et de douches, constituerait un moyen d'augmenter les échanges nutritifs, à la fois si puissant et si aisé, que l'on pourrait se considérer, pour ainsi dire, comme à l'abri de toute accumulation mercurielle. Grâce à ces raisons si simples, ajoute-t-on, la confiance dans ces thermes n'a fait que grandir, et c'est de toutes les parties du monde qu'affluent à Aixla-Chapelle les syphilitiques, qui viennent y chercher la guérison.
II. Tous nos thermes sulfureux de France et ceux des autres pays possèdent des propriétés aussi efficaces que les thermes d'Aixla-Chapelle. Luchon, Cauterets, Aix en Savoie, Challes, etc., leur sont égaux sinon supérieurs dans le traitement de la syphilis. Ils se prêteraient tout aussi bien à la pratique des frictions, car il n'y a rien dans les eaux d'Aix qui soit particulièrement spécifique, et qui modifie, au point de vue qualitatif, les propriétés du mercure introduit par une voie quelconque dans l'organisme.
J'ai vu beaucoup de malades qui s'y étaient fait traiter intensivement, quoique leur syphilis fût légère, présenter plus tard des récidives, comme les simples mortels que nous traitons, dans nos hôpitaux, avec des pilules de protoiodure ou de sublimé. J'en ai même vu qui en revenaient avec des accidents graves que cette balnéation si vantée n'avait pas pu prévenir, malgré ses fameuses frictions qu'on y croit être d'ordre supérieur.
Qu'on ne se méprenne pas toutefois sur ce que je dis là. Loin de moi la pensée de critiquer injustement les cures d'Aix-la-Chapelle. Je veux laisser entendre simplement qu'on en a beaucoup exagéré la valeur et la portée. Il y a là, du reste, de savants praticiens qui ont bien mérité de la science.
Pour des raisons qu'il est difficile d'expliquer, la balnéation (1rs thermes sulfureux contribue puissamment à l'efficacité des frictions. Elle favorise, d'une façon surprenante, la tolérance de l'économie pour tous les modes de l'hydrargyrothérapie. Est-ce par suite de quelques combinaisons chimico-yilales encore inconnues? Est-ce par leur tonicité, leur stimulation sur tous nos organes qu'elles agissent ainsi? Nous n'en savons rien. Toujous est-il que, dans les
DANGERS DE L'ANCIENNE HYDRARGYROTHÉRAPIE l'AR FRICTIONS.
Jhermès sulfureux, et, en particulier, clans nos belles stations d'Aixen Savoie, de Caulerets, de Luchon, d'Uriage, de Challes, etc., on peut hardiment tripler, quadrupler, quintupler la dose moyenne de 4 grammes d'onguent napolitain par jour, sans qu'il se produise pendant plusieurs semaines rien de fâcheux du côté de la bouche ou du tube digestif.
III. Le refroidissement après les frictions est loin d'être aussi dangereux qu'on l'a prétendu. Les malades n'ont pas besoin d'être chauffés, surchauffés, claquemurés dans l'air étouffant d'une étuve1.
1. Dans la vieille pratique de l'hydrargyrothérapie par .frictions dont quelques-uns des errements surannés sont encore conservés en Allemagne, la crainte de l'air froid, du vent, de l'humidité était poussée jusqu'au ridicule. S'il n'y avait eu que cela, passe encore. Un ridicule de plus ou de moins ce n'était pas grand'chose, tant ils abondaient; mais cette crainte devenait malfaisante, ce qui est beaucoup plus grave. Afin d'éviter les elléts funestes qu'on supposait, gratuitement, résulter, pour les malheureux frictionnés, des plus légères intempéries atmosphériques, on les enfermait dans une cbambre dont on n'ouvrait jamais la fenêtre et dont on ne les laissait pas sortir un instant, pendant toute la durée de la cure. Us y cuisaient dans leur jus, car on chauffait la chambre jusqu'à une température d'éluve. Haguenot n'en avait-il pas vu donL la tète était devenue d'une grosseur prodigieuse, pour s'être seulement présentés à une fenêtre dans un temps froid? Astruc conseillait de consulter les girouettes pour voir de quel côté venait le vent. Et n'affirmait-il pas que certains malades, pour s'être octroyé la liberté de sortir et d'aller prendre l'air, avaient payé chèrement une pareille imprudence et s'étaient mis parla à deux doigts de la mort?
Ne trouvez-vous pas qu'il y a un certain plaisir à énuinérer les extravagances, les puérilités, les inepties, les aberrations, les trouvailles burlesques de nos devanciers? Nous nous disons à nous-mêmes : quels progrès nous avons faits! Et cependant peut-être que dans un ou deux siècles et même moins, tout ce que nous enseignons aujourd'hui sur le traitement de la syphilis, en y apportant le plus de raison, de sagesse, d'expérience pratique, de science physiopathologique qu'il nous est possible de le faire, paraîtra à nos successeurs aussi vain, aussi singulier que ce qui nous prête à rire chez nos devanciers. Il suffirait d'une découverte radicalement antimicrobienne pour réduire à rien tous nos efforts. Mais, vraiment, la vieille hydrargyrothérapie par frictions est une mine inépuisable de cocasseries et de saugrenuités inimaginablespour nos cerveaux plus rassis. La simple liste des correctifs qu'on incorporait à l'onguent mercuriel suffira comme écbantillon. Pour neutraliser, corriger, diminuer la malignité du mercure, on lui associa les substances les plus étranges : corail, nard, graisse d'oie, de canard, de blaireau, d'ours et même d'homme; de la moelle de cerf ou de bouc, de l'huile de vers de terre pulvérisés, sans compter le castoréum, le camphre, la myrrhe, l'huile de laurier et genévrier, le mastic, etc. N'éteignait-on pas aussi le mercure dans de la salive d'homme; elle était préférable s'il était à jeun.
Et de combien de tisanes n'abreuvait-on pas les frictionnés! Que de digestifs, de minoratifs, de dissolvants, à'éradicatif s on leur infligeait coiitce les humeurs peccantes. Et les lavements! L'illustre Hoerhaave en prescrivait un de quatre en quatre heures. Gomment ces pauvres diables n'auraient-ils pas été cacheclisés par cet infernal traitement ! Et n'était-ce pas une ironie féroce ou plulôtunc ineffable stupidité que de leur dire sérieusement : « Ne vous découragez pas, évitez la dépression des pensées tristes, divertissez-vous par des conversations
HYGIÈNE DANS LE TRAITEMENT l'Ait LES FRICTIONS.
La sudation forcée n'est pas plus indispensable que le traitement préparatoire par la diète, les purgalions, les saignées.
Sans astreindre les frictionnés aux ennuis, à la tyrannie de précautions surannées, et, tout en leur permettant de vaquer à leurs occupations habituelles, il est bon néanmoins de leur recommander une hygiène qui les préserve des brusques changements de température, d'un régime surexcitant, des excès de toutes sortes, et les mette à l'abri des nombreuses conditions qui pourraient troubler un équilibre de santé dont le traitement syphilitique a besoin, quels que soient son procédé et son mode d'application.
La régularité des selles prévient ou corrige l'irritation mercuriellc des intestins. On fera bien de nettoyer quelquefois par des purgatifs
gaies ou par de la musique ; mais, surtout, ayez grand soin de mettre un frein à vos passions. »
Quant, à la saleté dans laquelle on laissait systématiquement le malade, elle est à peine croyable. Pendant tout le temps de la salivation, recommandait Boerliaave, le malade ne devra pas changer de vêtements ni prendre des draps blancs. 11 fallait que les linges sales rendissent à la peau ce qu'ils lui empruntaient de mercure, afin qu'il n'y eût rien de perdu. — Les murs des salles d'hôpital où l'on frictionnait devenaient noirs de crasse mercurielle. Telles étaient les salles au noir du Val-de-Gràce, qu'a décrites Devergie. Tout y était noir, les murs, les chemises des malades, leurs draps, leurs capotes, leurs couvertures. L'atmosphère infectée était saturée d'émanations mercurielles. Bain, seulement tous les huit jours, avec de l'eau d'Arcueil qui ne dissolvait pas le résidu des frictions et laissait les patients aussi noirs que tout ce qui les entourait. Tant de noir pour blanchir les syphilitiques ! Et. cela encore dans les premières années du dix-neuvième siècle !
On a fait une remarque assez curieuse (Wings) : c'est que les frotteurs de profession, ceux d'Aix-la-Chapelle, par exemple, qui sont si exposés à l'intoxication mercurielle, en restent généralement indemnes, malgré leurs occupations ininterrompues; tandis que les malades logés dans les chambres exiguës, mal aérées, sontfréquemment atteints de stomatite mercurielle. Elle survient même quelquefois chez les personnes de leur entourage. Ce fait tient à l'absorption des vapeurs mercurielles qui se volatilisent sur les surfaces frictionnés. De là le conseil d'aérer les appartements et de vivre un peu au grand air, au lieu de se confiner dans des endroits bien clos.
Je m'occuperai plus tard, quand j'étudierai le processus chimico-physiologique de mercure, de ses divers modes intimes de pénétration dans l'organisme et des modifications qu'il y subit. Qu'il me suffise d"en dire ici quelques mots, au sujet des frictions. Il y a longtemps qu'on s'occupe de rechercher avec précision, quelles sont les voies de résorplion de l'onguent hvdrargvrique qui est, de tous les topiques de ce genre, le plus ordinairement employé dans les frictions. Il résulte des travaux très consciencieux de M. Fùrbringer et de M. Wings, entrepris et. exécutés séparément, sur la résorption du mercure contenu dans l'onguent gris : 1" qu'il s'emmagasine dans les follicules pileux et les glandes sébacées, s'y combine avec les sécrétions de la peau et donne lieu à une substance solnble qui est absorbée, et qui, une fois dans le sanjr, y subit un degré d'oxydation suffisant pour lui donner toute son activité (Fiirbringer); 2° qu'une partie se vaporise et traverse sous forme de vapeurs les téguments cutanés, etc. (Wings); 3" qu'une partie des vapeurs, vingt fois plus considérable que celle absorbéo par la peau, se répand, dans l'air ambiant et est absorbée par la muqueuse pulmonaire (Wings), et n'en agit alors qu'avec plus d'énergie (Wings).