‹ Traitement de la tuberculose infantile par le ThiocolChapitre 21 sur 22 · Troisième Partie · texte numérisé non relu

Troisième Partie

Mode d'action du thiocol

La question du mode d'action du thiocol ne peut pas” être discutée sans toucher le mode d'action de la créosote en général. La plupart des auteurs attribuent à la créosote une action indirecte, qui consiste dans le réveil de l’appétit, d’où amélioration de la nutrition qui, à son tour, est la cause de la plus grande résistance du tissu pulmonaire.

Schnirer s'élève contre l'hypothèse, d’après laquelle la créosote n’agirait que comme stomachique. S'il en était ainsi, dit-il, il faudrait que les autres remèdes stomachiques, qui sont beaucoup plus agréables à prendre et qui n’ont pas tant d’inconvénients que la créosote, avec son odeur pénétrante, son goût affreux et sa causticité, exercent sur la tuberculose une action au moins égale.

Or, il n’en est rien. Au contraire, presque tous les auteurs déclarent que l’action des amers sur l'appétit

des phtisiques est problématique. Si la créosote ne fait que réveiller l'appétit et améliorer la nutrition, à quoi bon poursuivre ce but d’une facon indirecte, au lieu d'agir directement par la suralimentation ? Mais tous les essais faits dans ce sens ont échoué et la méthode de la suralimentation par la sonde (gavage) préconisée par Debove, est aujourd’hui à peu près abandonnée (traité de méd. par Charcot, Bouchard, t. IV, p. 799). Si la créosote n’agit que par son action stomachique, comment expliquer alors les effets obtenus par Gimbert, Guiter et surtout par Burlureaux avec les injections sous-cutantes de créosote, et les résultats obtenus par Révillet, Chabaud et Guiter par l'administration rectale de la créosote? Enfin, 1l ne faut pas oublier que la créosote, dans beaucoup de cas, loin d'améliorer la nutrition, exerce une action funeste sur l'appétit, ce qui ne plaide pas en faveur de son action stomachique chez les phtisiques.

La perte de l’appétit et la dyspepsie des phtisiques doivent être regardées, selon Schnirer, comme un des symptômes du processus tuberculeux, symptôme qui est probablement dû à un empoisonnement par les toxines du bacille de la tuberculose. S'il en est ainsi, il paraît plus logique d'admettre que, dans les cas où l'appétit et la nutrition sont améliorés sous l'influence d’un traitement quelconque (cure d’air, créosote, etc.), ce résultat favorable est la conséquence et non la

cause de l’amélioration du processus tuberculeux, et

que l'appétit n’est relevé que dans les cas où le traitement institué a déterminé un arrêt du processus qui donne lieu aux symptômes dyspeptiques.

D'après Peter et Ferrand,l’élimination de la créosote par les poumons amène au niveau des tissus qu’elle traverse un état inflammatoire simple, quise substitue au catarrhe spécifique et finit par le faire disparaitre.

Guiter admet que la créosote agit bien plus comme un irritant favorisant la sclérose curatrice que comme un antimicrobien.

ernet pense que la créosote a surtout pour effet de rendre les parties saines du poumon réfractaires au développement du ba:ille tuberculeux.

M. Savoire (Académie de médecine, séance du 5 juillet 1898) a trouvé que la créosote n’a aucune action sur le bacille de la tuberculose, qui continue à se développer et conserve sa virulence dans les milieux ou dans les bouillons de culture contenant des proportions élevées de créosote. La toxicité des extraits de cultures et des matières tuberculeuses, préalablement soumises à l’action de la créosote et privées de microbes, est considérablement atténuée, ce qu'il faut attribuer à une action chimique de la créosote sur les toxines du bazille de la tuberculose.

L'action favorable exercée par la créosote dans le traitement de la tuberculose pulmonaire est due, selon M. Savoire :

a, À une action bactéricide exercée par la créosote

OR

sur les espèces microbiennes associées au bacille de Koch (streptocoques, pneumo-bacilles, etc.) ;

b. À une action stimulante sur la nutrition, d’où augmentation de la phagocytose à l'égard du bacille de Koch en particulier ;

c. À une action chimique des phénols constitutifs de la créosote sur les toxines du bacille de Koch, d'où neutralisation de leur pouvoir toxique.

Ce n'est que récemment que l’action antituberculeuse directe d’un dérivé de la créosote (gaïacol) a été prouvée d’une façon expérimentale. Cette preuve fut fourni pour le thiocol par M. R. HeukesHoven (16). Ce médecin a entrepris dans l'institut bactériologique de Berne, sous la direction du professeur Tavel, une série de recherches très intéressantes, qui sont d’une grande importance pour notre question.

M. Hehkeshoven a étudié d’abord l’action du thiocol et du carbonate de gaïacol in vitro sur les microorganismes et a trouvé, que ces deux substances n’exercent in vitro aucune action bactéricide. Par contre, les expériences sur les animaux ont eu des résultats très favorables.

Dans une première série il a administré le thiocol pendant 1 jours à la dose de 0,50 centigrammes par jour ; au bout de ce temps il inocule des bacilles de la tuberculose dans l'œil de ces animaux, sans les traiter ensuite. Ces expériences ont montré que le

thiocol, au moins à petites doses, n’entrave nullement

le développement local du bacille de Koch dans le foyer morbide. Ce qui est remarquable, c’est l’augmentation du poids des animaux pendant l’administration du thiocol.

Dans une seconde série d'expériences, on administra le thiocol 15 jours avant l’inoculation oculaire et on continue le traitement après l’inoculation. Les animaux augmentent de poids malgré l'infection tuberculeuse. L’autopsie des animaux faite presque 3 mois après l'infection, montre chez l’un des lapins une guérison complète de l'infection, car on ne trouve ni à l’aide du microscope ni par l’inoculation aux animaux aucune trace de bacilles au lieu d'infection ou dans tout autre endroit du corps.

Chez un second lapin l’on trouve quelques rares bacilles dans l'œil infecté, mais le reste du corps est exempt de bacilles. Les animaux traités par le carbonate ne gaïacol sont devenus tuberculeux.

Dans une 3° série d'expériences le traitement a commencé le jour même de l’inoculation. Les animaux traités par le thiocol à la dose de 0,50 centigrammes par jour, ont augmenté de poids malgré l'infection. L'un des lapins n'avait même dans l'œil plus de bacilles, l’autre avait des bacilles dans l'œil inoculé, mais le reste du corps était resté intact. |

Par contre, chez les animaux de contrôle et chez les animaux traités par le carbonate de gaïacol, l'infec-

tion tuberculeuse a fait les progrès ordinaires.

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Dans une quatrième série d'expériences le traitement ne fut commencé que 4 semaines après l'inoculation intra-oculaire. Les animaux traités par le thiocol ont augmenté de poids, et à l’autopsie on netrouva des bacilles que dans l'œil inoculé, mais jamais dans les autres organes. Les animaux de contrôle et ceux traités par d’autres préparations gaïacolés sont morts de tuberculose. |

Il s'ensuit de ces expériences, que le thiocol empéche la généralisation de la tuberculose, et que les ba-

cilles périssent dans le foyer d’inoculation.

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Conclusions

1° La créosote doit occuper la première place dans le traitement médicamenteux de la tuberculose infantile.

2° Parmi les dérivés de la créosote et du gaïacol, le thiocol mérite la préférence et sera le médicament de choix.

3° Les résultats des expériences sur les animaux permettent d'admettre que le thiocol exerce une action anti-tuberculeuse dans l'organisme animal et non seulement un effet favorable sur la nutrition générale et sur certains symptômes de la tuberculose.

4° Les données expérimentales, de mêmeque l’expérience clinique nous autorisent à essayer le thiocol non seulement dans la tuberculose pulmonaire, mais aussi dans quelques autres formes de tuberculose, telles que pleurésie et péritonite tuberculeuses.

5° Ces essais sont d'autant plus justifiés que le

thiocol est un médicament qui, à cause de sa solubilité dans l’eau, de l’absence d’odeur et de saveur est bien pris par les enfants, et parce qu'il est d’une innocuité

parfaite.

Vu: Le Président de la Thèse, POUCGHET:

Vu: Le Doyen, BROUARDEL:

Vuet permis d'imprimer:

Le Vice-Recteur de l’Académie de Paris;

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