‹ Traitement des brûlures: par les rayons infra-rougesChapitre 19 sur 25 · TECHNIQUE · texte numérisé non relu

TECHNIQUE

On emploiera une ou plusieurs sources de rayons, suivant que la brûlure sera peu ou très étendue. II faut essentiellement, en effet, que chaque zone reçoive la même quantité de rayons. Ainsi, un

malade brûlé en même temps à la tête et au niveau

des membres inférieurs, recevra des irradiations de deux sources différentes, ce qui permettra à ces deux régions de bénéficier à la fois de l’irradiation. La durée de la séance reste ainsi de une heure. Dans le cas contraire, si on utilisait une seule source, lirradiation serait plus longue et on augmenterait ainsi les chances d'incident, en particulier la fièvre des rayons.

La distance de la source à la brûlure sera telle que le degré de chaleur atteint au niveau de la peau soit de 46°-48°. Avec les appareils ordinaires, cette distance est d'environ 60 centimètres.

A l’époque actuelle, on ne peut dire que la nécessité d’un poste d’infra-rouges soit une entrave à ce traitement. En effet, de plus en plus, les serv:ces de chirurgie utiliseront, sans doute, les bons offices des infra-rouges contre la maladie post-opératoire, et donc, seront à même, dans toutes les circonstances, de pratiquer ce traitement.

Il faut donc, le plus tôt possible, faire une large irradiation et la commencer pendant que lon déterge les parties nécrosées. Ce nettoyage de la brûlure qui est un nettoyage purement mécanique doit être fait avec minutie. On ouvre les phlyctènes, on coupe les lambeaux épidermiques qui ont perdu toute adhérence avec les plans profonds. On déterge toutes les zones plus creuses, de façon à laisser une surface aussi nette que possible. On ne pratique donc

jamais contrairement aux techniques habituelles, et

à — 54 — notamment à celles exposées dans le rapport de Pierre Duval et Mourgues Molines au Congrès de Chirurgie de 1937, de désinfection locale à base d’antisepthique. On ne pratique uniquement qu’un nettoyage mécanique. Cette facon d’agir peut sembler anarchique et téméraire. Elle nous est imposée, pour ainsi dire, par la confiance que nous avons dans le pouvoir antiseptique des infra-rouges.

Ce procédé, d’ailleurs, présente un avantage considérable sur la méthode des pansements antiseptiques : ce nettoyage, en effet, est extrêmement douloureux et nécessite une anesthésie générale, d’où intoxication supplémentaire déterminée au niveau des surfaces brûlées par des microtraumatismes qui risquent de disséminer encore des toxines.

Au bout de vingt minutes, une demi-heure d’irradiation, le blessé, qui jusque-là souffrait atrocement, constate une disparition complète de ses douleurs et éprouve une sensation de bien-être qu'ont bien manifestée les adultes soumis à ce traitement. L’analgésie est donc telle qu’il est inutile de faire la moindre injection calmante, comme nous lavons déjà signalé, et que tous les malades ont passé une excellente nuit.

Après la séance qui a duré une heure, le blessé est transporté dans son lit, dans lequel ïl repose sans aucun pañsement, sur des alèzes stérilisées, entouré, s'il est nécessaire, de lampes chauffantes pour éviter

le refroidissement. Dès la première irradiation, le

to — à y

suintement est notablement diminué et après la deuxième ou troisième, les surfaces brülées sont recouvertes d’une croûte qui protège l’épidermisation au même titre que celle que l’on obtient par le tannage. À partir de ce moment, toute exudation est presque totalement supprimée. L’assèchement de la plaie se fait, en effet, rapidement, et d'autant plus rapidement que les séances sont plus rapprochées. Aussi, pratique-t-on suivant la technique du docteur Gautier, deux séances par jour de une heure chacune, ce qui permet, en outre, de maintenir le blessé dans une analgésie parfaite. Témoin le cas d’une de “nos malades qui, après une ,demi-heure d'irradiation redevenait calme, souriante, éprouvant une sensation de bien-être et disant, selon sa propre expression, que le feu s'était subitement éteint. D'ailleurs, cette malade n'eut pas un dimanche son irradiation habituelle, elle en éprouva une douleur importante qui fut calmée le lendemain par la reprise des

séances.

Après les premières séances donc, les surfaces brülées sont encore recouvertes d’un suintement qui se traduit par l’imprégnetion plus ou moins abondante des alèzes ; mais ce suirtement est relativement peu marqué et à la troisième irradiation, la première croûte ou plutôt un enduit vernissé est formé. Il en résulte que lexudation plasmatique est très réduite,

ce qui atténue d'autant l’état de choc.

LME nes

Dans les parties qui ne subissent aucun traumatisme, la croûte est mince, revêtant presque l’aspect d’un vernis; par contre, au niveau des régions qui subissent quelques irradiations, comme le dos, par exemple, la croûte est plus épaisse. Ce fut le cas de notre malade de l'observation IL, arrivé en pleine période d'infection et dont les yremières croûtes étaient épaisses, soulevées par du pus. Nous savons comment la persévérance du traitement va mettre un terme à nos craintes et à notre septicisme trop bâtif. Etant donné lépaisse nappe purulente que représentait la brûlure dans les premiers jours d’actinothérapie on pouvait désespérer et douter de l'action des rayons. Il faut, à ce stade, persévérer et avoir confiance dans les rayons sans se laisser aller

à sa mauvaise impression première.

Done la cicatrisation se fait, malgré cela, parfaitement et sans retard appréciable. Vers le sixième jour, en effet, elle est définitive. Si la croûte tombe d'elle-même, elle laisse apparaître une peau rosée, souple, élastique, non adhérente, non rétractile. Et cette qualité particulière de la cicatrice a été pour nous un second sujet d’étonnement, après celui relaté ci-dessus, tellement la cicatrisation de la brülure de notre petit malade s’approchait de ia perfection. Si les croûtes ne tombent pas d’elles-mêmes, on peut, vers le sixième et septième jour, appliquer

un pansement humide pour aider à leur chute. Si

la cicatrisation n’est pas complètement achevée, quelques séances suffiront à la compléter.

Telle était la méthode suivie au début de la création de ce traitement pas les infra-rouges.

Actuellement, on y a apporté quelques petites modifications qui améliorent encore le résultat. En effet, dès le troisième jour, on fait, avant la séance d'irradiation, une application de compresses imbibées d’eau boriquée, et on renouvelle ces applications tous les deux jours. Chaque pansement est appliqué pendant quelques heures avant l’irradiation. Il fait tomber les croûtes sans douleurs, sans traumatismes. La croûte ainsi enlevée à chaque pansement est brunâtre, parfois même cache des zones purulentes. Quand tout est décapé soigneusement, le derme apparaît rosé, légèrement sec. Et c’est sur cette surface que s'applique l'irradiation. Les croûtes deviennent de moins en moins épaisses, en certains endroits soulevées à leur périphérie, annonçcant ainsi par cette tendance à la chute spontanée, une cicatrisation rapide. Et d’ailleurs, apparaissent, soit à la périphérie, soit au centre des ilôts épidermiques de plus en plus nombreux. Bientôt, ils remplacent en totalité les croûtes devenues de plus en plus minces et la cicatrisation est lisse, homogène,

non rétractile.

Telle est la technique mise au point concernant le traitement des brûlures du deuxième degré.

Les brûlures du troisième degré seront traitées également par les infra-rouges, qui prépareront les tissus avant la chute des escharres, réalisant ainsi une action analogue à celle de l’irradiation sur {es croûtes. Certes, cette action sera moins rapide et moins profonde. Entre temps, on pratiquera également des pansements humides, une fois pas jour. Et ainsi, vers le sixième jour, on assiste à la chute des escarres, laissant apparaître un tissu rosé bien vivant et ne demandant qu’à se cicatriser. Evolution plus longue, certes, mais pas de prolifération exubérante qui aboutit à l’absence de cicatrice et nécessite des interventions chirurgicales, des tgreffes, par

exemple.

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