‹ Traitement des brûlures: par les rayons infra-rougesChapitre 7 sur 25 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

1° La question des brûlures et de leur traitement redouble d'intérêt devant les circonstances actuelles. Il est vraisemblable, en effet, qu’elles occuperont une place importante parmi les nombreux traumatismes auxquels exposera la guerre moderne, C’est ce qu’a bien compris le Service de Santé de l'Armée qui envisage actuellement le traitement des grands brûlés à l'échelon HOE;. Or le traitement des brûlures par les, infra-rouges constitue, comme nous le montrerons, un progrès remarquable, dont pourraient bénéficier les brûlés de guerre. Nous verrons, en effet que la guérison obtenue est rapide et de qualité. Malheureusement, en temps.de guerre, le nombre des blessés, les circonstances matérielles, peuvent s’opposer à la vulgarisation de cette méthode. Néanmoins il serait désirable que les très grands brûlés puissent bénéficier d’une thérapeutique qui nous a donné des succès jusqu'alors inconnus de tous les autres modes

de traitement.

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En tout cas, en pratique civile, l’actinothérapie par les infra-rouges constitue la méthode idéale et facilement réalisable de traitement des brûlures.

20 Il va sans dire que ce traitement s’adresse à ce qu’on entend habituellement par le terme de brûlures. C'est-à-dire :

brûlures étendues, brûlures récentes, vues dans les trois à dix premiers jours de l’évolution. Enfin brûlures cutanées. À ce propos, nous rappelons la classification ancienne de Dupuytren en six degrés, actuellement abandonnée pour la classification plus rapide de Boyer, qui distingue :

Brûlure du 1” degré avec érythème ; ee Rte phlyctènes ; = Por nécrose.

Nous estimons, en concordance avec les idées de Rudler, que cette classification doive subir elle-même une petite modification.

Nos observations nous engagent en effet à subdiviser le 2 degré en deux catégories :

— une première où la phlyctène est réellement le seul élément;

-— une seconde où à cette phlyctène s’associe une lésion plus profonde et masquée des téguments sousjacents.

Dans cette première catégorie, que rien, cliniquement, ne permet de différencier de la seconde, l’évolution se fait dans les délais habituels d’une brûlure

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de second degré. Dans la deuxième, au contraire, cette évolution est plus longue et se rapproche par la durée de l’évolution d’une brûlure du % degré.

Ainsi donc ce degré, qu’on peut appeler degré mixte, est caractérisé par une phlyctène, seule lésion visible, et par des lésions plus profondes non visibles macroscopiquement, mais seulement microscopiquement. On reconnaît cliniquement ce degré à ce fait que les brûlures sont plus longues à guérir et présentent souvent des cicatrices rétractiles.

C’est donc à la fois sur des données microscopiques, anatomo-pathologiques et cliniques qu’on se base pour étayer cette forme spéciale de brûlure.

Et pour l’appréciation plus juste des résultats du traitement, nous proposons la classification suivante:

1 degré : avec érythème ; 2% — — phlyctène.

Degré mixte.

DE — nécrose.

3° Il est enfin un troisième et dernier point sur lequel nous voulons insister avant d’entrer de plainpied dans cette étude. Tout notre travail est essentiellement basé sur des observations purement cliniques. Il ne nous a malheureusement pas été possible de pratiquer des examens de laboratoire qui auraient nécessité un personnel entraîné. Cette lacune se trouve fort heureusement comblée par les expériences du professeur Lambret et son étude de

l’action des infra-rouges sur le syndrome humoral des, brûlés, publiées dans la Revue de Chirurgie de septembre 1938. ,

Nous en dirons en temps utile les principales conclusions, conclusions expérimentales plus que

cliniques.

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Passer en revue tous les modes de traitements qui ont pu être utilisés constitue un sujet immense que nous ne pouvons épuiser ici. Il nous semble cependant utile d’énumérer les principales propositions, ne serait-ce que pour établir un élément de comparaison avec le traitement par les infra-rouges.

Il est classique de répéter maintenant que la thérapeutique des brûlures est double : générale et locale. Nous ne retracerons bien entendu ici que les différentes étapes du traitement local.

1° On a utilisé tout d’abord les corps gras. Leur action adoucissante sur les brûlures est incontestable, mais ils présentent des inconvénients : on est obligé de renouveler les pansements (douleur renouvelée pour les brûlés) ; et surtout ils n’empêchent pas la « résorption toxique » qui naît au niveau même des brûlures, plus particulièrement d’ailleurs au niveau

des brûlures du second degré avec vésication, qu’au

3 — 12 — niveau des brûlures de troisième degré. La nécrose, en effet, tue d'emblée les tissus, alors que dans les lésions avec vésications et dans les lésions qui ressortissent au degré que nous avons appelé degré intermédiaire, tous les produits toxiques peuvent être absorbés par voie sanguine ou lymphatique.

On a tendance actuellement à abandonner de plus en plus les corps gras. Depuis longtemps d’ailleurs, on a fait plus et, pour prévenir linfection, on a

pratiqué :

2° Le traitement chirurgical aseptique des brüûlures : anesthésie, ouverture des phlyctènes et large pansement aseptique sous lequel on laissait évoluer la brûlure. Ce traitement mettait à l’abri la brûlure et évitait l’apport microbien mais il n’agissait pas contre la douleur et n’évitait pas la résorption toxique.

Depuis les quinze dernières années, il y a eu comme un renouveau d'intérêt pour les brûlures, suscité surtout par les travaux des chercheurs américains. La thérapeutique locale s’est alors appliquée à « fixer » en quelque sorte la brûlure. D’où :

3° Méthode de la dessiccation : elle stabilise les lésions et cherche à éviter la résorption plus ou moins massive des produits toxiques et la désintégra-

tion des albumines nées au sein du foyer brülé.

Deux techniques :

a) Dessiccation à l’air libre : cette technique, la plus ancienne, est extrêmement simple et donne de bons résultats. Elle présente de gros avantages :

Elle supprime les pansements,

Elle évite jusqu’à un certain point les résorptions toxiques. ; À

Elle permet des cicatrices relativement souples. Mais cette technique est plus ou moins facile à appliquer suivant le siège même des brülures.

b) Le tannage : ce procédé, le plus récent, a été utilisé pour la première fois en 1924 par E.-C. Davidson, aux Etats-Unis. La « méthode de Davidson » consiste à imbiber la région brûlée avec des compresses trempées dans une solution d’acide tanique à 5 %. Cette solution sèche très rapidement puis laisse une couche noire, mais souple, une croûte en .quelque sorte insensible qui protège complètement la brülure.

C’est une méthode qui présente des avantages incontestables :

Elle supprime les pansements et, donc, la douleur.

Elle évite l’infection le plus souvent.

Elle évite les résorptions toxiques.

Le tannage n’est entré dans la pratique en France que depuis peu. Mais on peut dire vraiment qu'il a « révolutionné le traitement des brûlures ».

c) Des variantes de la méthode de Davidson ont été proposées en grand nombre. C’est ainsi qu’au lieu d’imbiber, on peut pulvériser la région à l’acide

tanique.

L’acide tanique a lui-même été remplacé par des

produits variés:

… — Nitrate d'argent mélangé ou non à lacidé

tanique.

© — Antiseptiques colorants :

Violet de gentiane à 1 %; Mercurochrome à PATATE Vert brillant à den e

Enfin, plus récemment, la question du traitement des brûlures a été reprise au Congrès Français de Chirurgie de 1937 par le professeur Pierre Duval, avec la collaboration de Jean-Claude Rudler- et Edouard Mourgues-Molines.

On voit donc, par ce rapide et incomplet rappel historique, que le nombre des méthodes actuellement en usage est considérable et montre par là même que la thérapeutique type des brûlures étendues reste encore à fixer. Et malgré l'immense progrès réalisé par le tannage, la question reste à l’ordre du jour. Aussi, dès juin 1938, le docteur Gautier, chirurgien de Phôpital d'Angers, publia deux premières observations (Gazette Médicale du Centre) de brûlés traités

et guéris uniquement par les infra-rouges. Voici les

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raisons qui l’amenèrent à pratiquer cette thérapeutique qui, par la suite, comme nous le verrons, devait se montrer si encourageante : ;

« L'ensemble des symptômes généraux présentés par les grands brûlés offre uñe analogie saisissante avec les troubles aui suivent les interventions un peu importantes et que Leriche a groupés sous le terme si évocateur de « maladie post-opératoire ». C’est à cause de cette ressemblance que, dès l’an dernier, J'ai commencé à traiter les brûlés par les rayons infra-rouges.

En effet, depuis 1936, suivant la technique de Paschoud (Lausanne), j’opère sous une irradiation continue d’infra-rouges combinée à une irradiation terminale d’ultra-violets. Cette méthode m’a donné de tels résultats, a modifié si profondément les suites opératoires, a procuré aux malades une analgésie si remarquable, que je n’ai pas hésité à l'appliquer chez les brûlés. L'emploi de ces rayons me permit de guérir sans douleur, sans pansement et plus rapidement que par le tannage, les malades que j'ai pu ainsi traiter. »

Notons que dans la première observation, le docteur Gautier employa infra-rouges et ultra-violets ensemble. Mais à partir de la deuxième, seuls, les

infra-rouges furent utilisés.

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