TECHNIQUE DU PROFESSEUR VILLARD
Nous ne saurions mieux faire que de reproduire les termes dont s’est servi le Professeur VILLARD à une séance de la Société des Sciences Médicales de Montpellier, et qui sont rapportés dans le numéro des comptes rendus de juin 1932 (1) : |
« Ce qu’il faut obtenir, dit le professeur VILLARD, pour parer aux accidents de l’opération de la cataracte secondaire, dont Île plus redoutable est le prolapsus du corps vitré, c’est une protection immédiate et efficace de la plaie scléro-cornéenne, susceptible de s'opposer instantanément à la continuation de Pissue du corps vitré, et de prévenir l'infection, dont on connaît les conséquences désastreuses pour l’avenir du globe oculaire.
» Pour arriver à de tels résultats, si désirables, la
(1) VizzaRD (M.). — Traitement des cataractes secondaires par Pextraction associée systématiquement au recouvrement conjonctival, Soc. des Sc. Méd. et Biol. de Montpellier et du Languedoc Méditerranéen, Séance du 24 juin 1932, tome vrrr, page 496.
suture cornéenne, à laquelle on pense au premier abord, est absolument insuffisante car, si elle est susceptible de les atténuer, elle ne peut pas supprimer, d’une façon constante et absolue, les risques dont je viens de parler.
> Maïs, heureusement, il est un autre mode d’obturation des plaies pénétrantes de l'œil, qui permet de réunir tous les avantages que. l’on recherche dans les cas de ce genre : je veux parler du recouvrement conjonctival.
> Le recouvrement conjonctival est un mode de traitement des plaies pénétrantés du globe oculaire, absolument remarquable, qui permet très souvent la conservation de l’organe, même très grièvement lésé, et parfois même la récupération d’une bonne partie ou de la totalité de la vision, dans des cas où l’œil, sans cette intervention, aurait été certainement perdu. Il consiste en une dissection étendue de la conjonctive bulbaire dans la région de la plaie, et à la constitution, grâce à cette dissection, d’un véritable tablier protecteur de muqueuse conjonctivale qui, convenablement attiré et maintenu par des sutures, obture la plaie admirablement et définitivement.
» Ce sont les résultats merveilleux obtenus par le recouvrement conjonctival dans le traitement des plaies pénétrantes de l’œil, qui m’ont donné l’idée de recourir à cette manœuvre, si simple et si efficace, pour protéger la plaie cornéenne que l’on est obligé de pratiquer pour extraire une cataracte secondaire, plaie à travers laquelle, comme je l’ai dit, le vitré se prolabe, trop souvent en grande abondance.
> La technique est des plus simples :
> Après dilatation atropinique de la pupille et anesthésie cocaïnique par instillation et par injec-
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tion sous-conjonctivale, on sectionne la conjoncetive bulbaire au ras du limbe scléro-cornéen, dans la partie supérieure, correspondant à la région où, dans un instant, la cornée sera ponctionnée, et dépassant même cette région, à droite et à gauche. Ensuite, à petits coups de ciseaux, on dissèque profondément la conjonctive bulbaire' en arrière et sur les bords, sur une profondeur suffisante pour que le tablier conjonctival ainsi créé puisse être porté très facilement en avant et puisse recouvrir la majeure partie et même, ce qui vaut mieux, la totalité de la cornée.
» Quand la dissection est jugée suffisante, on place deux fils verticaux, l’un à droite et l’autre à gauche de la future plaie cornéenne.
» Ceci terminé, après une bonne hémostase, on passe au temps essentiel de l'opération, ayant pour but l’extraction de la cataracte secondaire.
> Avec la pique, on ponctionne la cornée au ras du limbe, sûr une étendue de six ou sept millimetres environ ; puis, on introduit dans la chambre
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antérieure la pince de Panas, dont la branche postérieure, très pointue, perfore la cataracte secondaire à sa partie supérieure. Cette pince est poussée, en bas, jusqu'aux environs du bord pupillaire, et, «ensuite, serrée fortement, ce qui permet de saisir, entre ses deux mors, toute la cataracte secondaire.
» Quand on s’est rendu compte que la prise est complète et solide, on n’a qu’à retirer doucement la pince pour entraîner, hors de l’œil, la capsule opacifiée, qui est extraite, en totalité, dans la plupart des cas, ou simplement en partie, dans les cas, assez rares, où elle se déchire à la suite d’une prise défectueuse. Dès que la capsule est extraite, surtout quand cette extraction est totale, on voit la pupille devenir immédiatement d’un beau noir de jais, mais, en méme temps, et presque toujours peut-on dire, on voit le vitré se prolaber dans la plaie, à travers laquelle il coule en plus ou moins grande abondance.
> Alors, sans hâte inutile, mais sans perdre de temps toutefois, on serre les deux fils verticaux que Pon avait placés avant la ponction du globe. Consécutivement à cette suture, le tablier de muqueuse conjonctivale que l’on avait largement disséqué dans le premier temps de l’opération, est attiré en avant et en bas et il recouvre la cornée, en réalisant une obturation et une protection idéales de la plaie oculaire, dont les deux lèvres sont, en outre, fortement appliquées l’une contre l'autre, par cette compression élastique.
» Les suites opératoires sont dénuées de tout incident fàcheux, exception faite de la douleur, qui est assez vive dans les premières heures, mais qui peut être facilement atténuée par l’utilisation de calmants
généraux.
PROD
» Au bout de cinq à six jours, les sutures cèdent d’elles-mêmes ou elles sont enlevées si elles n’ont pas cédé. Le tablier conjonctival qui recouvrait toute la cornée, se rétracte progressivement, en découvrant la pupille et, finalement, il ne persiste qu’un petit bourrelet muqueux au niveau de la partie supérieure du limbe, bourrelet qui, d’ailleurs, s’affaisse et disparaît rapidement. »
Rien ne saurait mieux illustrer cette description si claire du Professeur VILLARD, que l'exposé des observations des malades opérés par lui-même dans son service, suivant cette technique. Nous avons suivi ces malades aussi longtemps aue les circonstances nous l’ont permis, mais le fait que certains d’entr’eux sont partis trop.tôt, nous a obligé à mesurer leur acuité visuelle avant qu’ils n’aient obtenu leur maximum de récupération.