‹ Traitement des États Prétuberculeux et Tuberculeux Pulmonaires: Par un Composé Séro-MédicamenteuxChapitre 4 sur 101 · A MES MAITRES DE CONFÉRENCES · texte numérisé non relu

A MES MAITRES DE CONFÉRENCES

M. Le Docreur ]J, MORLAAS Chef de Clinigne de la Faculté

M. ze Docteur M. MAXIMIN Assistant de gastro-enterelogie de l'Hôpital St- Antoine

qui m'honorèrent de leur amitié.

Préliminaires

Suivant les conceptions pathogéniques actuellement admises par la plupart des phtisiologues, deux facteurs conditionneraient la tuberculose l'infection et la résistance organique.

S'il veut être efficace, le traitement de la tuberculose pulmonaire doit donc lutter d’une part contre le bacille de Koch, d’autre part contre les défaillances 2e l'organisme.

Le séro-médicament du DT Durour, (dénommé composé L T) par les anticoprs de son sérum spéeifique et l’iode de son composé chimique réalise dans une certaine mesure ces deux conditions.

Cependant, le composé L T n’a pas la prétention de se substituer à certaines autres méthodes thérapeutiques préventives ou curatives.

En vertu de l’adage « mieux vaut prévenir que guérir », on ne saurait trop louer les mérites du BC. G.

Le B.C. G:, vaccin préventif, re à l organisme des bacilles vivants, ayant perdu leur virulence et n’ayant conservé que leurs propriétés antigéniques. Dans son principe et dans ses applications,

IS

le B. C. G. est donc tout à fait différent du séromédicament. c

On sait également la grande valeur des méthodes de collapsothérapie, l'importance aussi de la diététique, du repos, de la cure d’air et des diverses médications.

Isolé ou associé aux autres moyens thérapeutiques, le séro-médicament, sans être bactéricide, «permet, comme le dit notre Maître, le D' Durour, de soutenir une lutte souvent des plus âpres et d'obtenir soit la guérison, soit une amélioration compatible avec une existence normale, soit encore la prolongation d’un état considéré comme 1rrémédiablement compromis. |

Quand nous parlons de guérison, c’est, bien entendu, de guérison clinique qu’il s’agit. état de santé permettant une vie très satisfaisante, qui laisse au malade la foi dans sa guérison et au médecin l’obligation d’une surveillance avertie. »

Si nous écrivons guérison clinique, c’est pour être conforme à la vérité bactériologique, car il est bien évident que même les tuberculeux les plus guéris, conservent toujours dans leurs parenchymes des bacilles de Koch non virulents, mais pouvant le redevenir.

Nous étudierons dans ce travail le principe, la composition, la préparation du composé L T, son mode d'utilisation, les incidents auxquels il peut donner lieu et enfin ses indications et les résultats obtenus.

Nous ne donnerons pas de statistiques, « la vérité, a dit Disraëli, pouvant être altérée de deux manières : par le mensonge et par la statistique ».

Dans une maladie comme la tuberculose, où les cas observés peuvent s’échelonner le long d’une gamme de gravité, allant des plus favorables aux désespérés, 1l est facile par un choix judicieux de faire dire ce qu’on veut à une statistique thérapeutique.

Principe, composition; préparation du séro-médicament

Principe. — La conception du séro-médicament repose sur la propriété que possède l’organisme de s’immuniser contre un antigène déterminé, en élaborant des anticorps.

La sérothérapie a pour but de faire bénéficier l’organisme malade des anticorps élaborés par l’organisme d'animaux antérieurement immunisés.

En l'espèce, l’antigène utilisé est la tuberculine, Panimal choisi étant le lapin.

Le sérum de lapin tuberculinisé donnant des réactions aux malades, on mélange ce sérum à l’iodobenzo-méthyl-formine, composé chimique qui jouit du double avantage d’enlever à l’élément sérique la plus grande partie de sa toxicité et d’agir favorablement sur l’organisme.

Composition. — Le séro-médicament est le mélange d’une partie de sérum de lapin, qui a reçu de fortes doses de tuberculine pour deux parties d’iodobenzo-méthyl-formine.

Préparation. — Le séro-médicament a été préparé par le DT Durour, dans son laboratoire de l'hôpital Broussais, avec la collaboration de Mme Dionet, suivant une technique rigoureusement éta-

blie.

On fait tous les quatre jours, sous la peau du lapin, une injection de tuberculine brute, de l’Institut Pasteur, à des doses progressivement croissantes de : 1 cm pour la première, 1 cm$ 1/2 pour la deuxième, 2 em® pour la troisième et la quatrième 2 em 1/2 pour la cmquième et 3 cm pour la sixième.

Quatre jours après la sixième injection, on saigne le lapin à la carotide et on recueille le sang dans un récipient stérile.

Le lendemain, on décante le sérum, on le chauffe pendant une heure à 60° et on le mélange ensuite avec l’iodo-benzo-méthyl-formine, dans les proportions d’une partie de sérum pour deux d’iodobenzo-méthykformine.

Mode d'administration

Le séro-médicament peut être injecté par voie intra-musculaire ou par voie intra-veineuse.

La première est la plus communément utilisée, l'injection intra-veineuse devant être réservée aux cas où l’on veut intensifier le traitement.

Chez le nourrisson, les doses sont de 1 emÿ à la première injection, 2 cmÿ à la deuxième, 3 cm8 à partir de la troixième.

Chez l’enfant, les doses sont de 1 cm8 1/2 à ja première injection, 2 em 1/4 à la deuxième, 3 cm° à partir de la troisième.

Chez l’adulte, on fait dès la première injection 3 cm intra-fessiers de séro-médicament, que l’on peut, suivant une méthode préconisée par le Docteur Durour, mélanger au préalable à une quantité égale de sang pris dans la veine du malade. On associe ainsi la chimiosérothérapie à l’autohémothérapie.

Les injections sont pratiquées au nombre de deux par semaine, d’une façon continue, ou par séries de vingt. Selon l'efficacité et l’opportunité du

traitement, on laisse, en principe, un ou deux mois d'intervalle entre deux séries consécutives.

Par mesure de précaution, on peut n’injecter qu’une demi-ampoule à la première piqûre de la nouvelle série. ne ,

Il faut savoir que la persévérance dans la cure séro-médicamenteuse est toujours une des conditions essentielles de son succès.

Incidents

Plus de vingt mille injections de séro-médicament ont été faites jusqu’à ce jour : admirablement supportées par les nourrissons et les enfants, chez les adultes, dans la grande majorité des cas, elles n’ont donné lieu à aucun incident.

Quand ils sont survenus, ces incidents ont été de deux sortes

Tantôt locaux, caractérisés par l’apparition, à l'endroit de la piqûre, d’un placard rouge, œdémateux, douloureux, rétrocédant avec l'application de compresses humides chaudes ; tantôt généraux, caractérisés par une légère poussée thermique, le soir de l’injection, ou par la survenue, immédiatement après la piqûre, d’une ébauche de crise nitritoïde, disparaissant spontanément ou rapidement Jugulée par l'injection sous-cutanée de un demi-milligramme à un milligramme d’adrénaline.

Le plus souvent, ces troubles ne se sont pas reproduits aux injections suivantes.

Pour éviter les récidives, il est conseillé de faire une demi-ampoule d’adrénaline préventive ou de pratiquer l’injection du séro-médicament en deux fois, à trois quarts d'heure d'intervalle.

Nous donnerons, pour illustrer ces faits, trois

exemples particulièrement curieux de sensibilisation séro-médicamenteuse :

Dans un premier cas, communiqué par notre Maître, aux IIe Journées médicales de Paris, le {1 juin 1929, il s'agissait d’une malade allant très bien à la suite d’une série de soixante-quatre piqûres, toutes bien supportées. Le matin de la soixantecinquième piqûre et avant celle-ci, la fille dela malade, pour épuiser un fond de bouteille, lui fait prendre un verre de chartreuse, ce qui ne lui arrivait jamais. Immédiatement après la piqûre, crise nitritoïde.

Dans un deuxième cas (Obs. LVT), il s'agissait d’une malade de 45 ans, chez laquelle le composé L T avait été poursuivi sans interruption et sans incident jusqu’à la soixantième injection : la malade était très améliorée et avait engraissé de huit kilogs. Immédiatement après la soixante et unième piqûre, intra-musculaire comme toutes les autres, Mme C. éprouve une sensation d’étouffement, suivie de rougeur et d’æœdème de la face, sans fièvre ni vomissement. Une injection d’adrénaline fait cesser l’ineident. On suspend le traitement pendant neuf semaines ; avant de le reprendre, on a soin de faire une piqûre d’adrénaline, un quart d’heure avant l'injection de séro-médicament, que l’on pratique en deux fois, à trois quarts d’heure d'intervalle : Aucun incident ne se produit. | |

Les deux injections suivantes sont effectuées de

la même manière. La soixante-quatrième piqûre est faite en deux fois, sans adrénaline préalable. Les trois suivantes en une seule fois. Aucun incident n’est observé.

Après cent treize injections, la malade a engraissé de dix-huit kilogs en treize mois et va bien.

Dans un troisième cas (Obs. LXXX VIT) il s’agissait d’une malade de 23 ans, qui avait eu, à l’âge de 12 ans, à la suite d’une typhoïde, un gros abcès de la fesse droite. Après la première injection de séromédicament, légère douleur et tuméfaction de la fesse. Au bout de trois ou quatre piqüres, grande fatigue générale, vertiges. Ces phénomènes se reproduisent et s’exagèrent après chaque injection. Après seize piqûres, la malade n’est pas améliorée, on suspend le composé L T..

On le reprend un mois après : les vertiges se reproduisent, mais moins intenses. À la trente et unième piqûre, vive douleur dans la fesse dès l’injection pratiquée du côté droit, tuméfaction importante empêchant la malade de se lever. Les vertiges ne se reproduisent pas. La piqûre suivante est faite dans la fesse gauche : aucun phénomène douloureux ne se produit. La suivante est faite dans la fesse droite, les phénomènes douloureux se reproduisent et s’accompagnent de bouffées de chaleur, de rougeur, d’œdème de la face, de placards erythémateux sur

les membres, de picottements laryngés, de dyspnée. On fait aussitôt une injection d’adrénaline : tous ces troubles disparaissent et 1l ne persiste que des frissons et du tremblement. Dans la journée, fièvre à 38 et vomissements.

Huit jours après, on fait la piqûre dans la fesse gauche : rien ne se produit. La suivante est faite dans la fesse droite, les phénomènes sériques se reproduisent, mais moins marqués et cèdent à l’injection d’adrénaline.

Les cinq piqüres suivantes sont faites à gauche, elles déterminent quelques douleurs articulaires,sans autre accident sérique.

Dans ce cas, la susceptibilité à la piqûre se réveillait lorsqu’on faisait l’injection dans la fesse où avait existé antérieurement un abcès.

Après quarante-huit injections de composé L T, la malade va bien et reprend son travail.

Disons pour finir que le séro-médicament n’a jamais occasionné d’hémoptysie, ni d'accident mortel : Primum non nocere.

Quant aux petits incidents nitritoïdes, ils sont peu fréquents, et déroutent toute pathogénie, tant ils sont irréguliers dans leurs manifestations, fantasques dans leur apparition et déconcertants par leur absence chez un individu semblant susceptible de réagir anormalement.

Expérimentation (1)

Le composé L T a été injecté à des cobayes, dans les conditions suivantes :

Un cobaye de 360 grammes reçoit dix-sept injections du séro-médicament, puis sous la peau également un milligramme de bacilles de Koch hypervirulents, obligeamment fournis en culture par l’Institut Pasteur.

Il continue dans la suite à recevoir dix-neuf nouvelles injections du médicament.

Il meurt de tuberculose généralisée, deux mois et demi après l’inoculation des bacilles de Koch.

Un cobaye témoin de 480 grammes, inoculé avec la même dose de provenance semblable, succombe au bout de un mois.

Le cobaye traité par le composé L T a eu une survie de quarante Jours, ce qui est plus du double de la durée du témoin.

Un deuxième cobaye traité par le composé et inoculé avec des bacilles virulents a une survie de deux mois sur deux témoins.

(1) Voir à ce sujet : la Thèse de Hurez, Paris, 1927.

Le séro-médicament et la cuti-réaction à la tuberculine

La petite Jacqueline M., âgée de huit ans, consulte pour la toux, des sueurs nocturnes, de l’amaigrissement.

Elle a des ganglions cervicaux, une respiration un peu soufflante et, à la radiographie, des hiles un peu chargés.

La cuti-réaction à la tuberculine est négative.

Après huit injections de séro-médicament, la cuti-réaction est restée négative.

Il semble, d’après cette observation, que le composé L T ne rendrait pas la cuti-réaction positive.

D’autre part, le traitement n’apporte pas de modifications à la cuti-réaction.

Le séro-médicament et ses résultats à la radiographie

Si à la suite du traitement par le composé LT, on assiste dans nombre d’états tuberculeux à l’éclaircissement quelquefois absolu du champ pulmonaire, il n’en est toujours pas de même dans les états lésionnels plus avancés.

Dans ces derniers, en effet, on peut constater fréquemment une diminution plus ou moins marquée des zones opaques du poumon ; c’est plus rarement qu’on assiste à leur nettoiement complet, surtout lorsque prédominent les lésions de sclérose, de tramite.

Il faut savoir, d’ailleurs, que les différences de pénétration des rayons X peuvent être une source d'erreurs pour la comparaison des clichés.

Des rayons très pénétrants peuvent donner des clichés radiographiques d’apparence plus normale, alors qu’une nouvelle épreuve viendrait modifier cette première impression.

De plus, la sclérose, la cicatrisation, l’abondance des résidus ferriques consécutifs aux poussées con-

gestives chargent les clichés radiographiques d’ombres indélébiles.

De tels clichés ne peuvent être opposés à l’appréciation du clinicien;, qui trouve dans l’absence de fièvre, l'augmentation du poids, la suppression des crachats et la disparition des bacilles dans l’expectoration, des preuves nombreuses et concordantes de la réussite de la médication.

Indications

Hormis les cas de méningites tuberculeuses, de granulies, de tuberculoses pulmonaires cavitaires avancées et profondément infectées secondairement, où le séro-médicament est bien supporté, même en injections intra-rachidiennes, mais cependant inopérant, le séro-médicament est indiqué dans tous les états de prétuberculose et de tuberculose pulmonaire de l’enfant et de l’adulte.

Toutefois, 1l est important de savoir, et c’est une notion sur laquelle insiste le D' Durour, que l'efficacité du composé L T est fonction du potentiel cellulaire de l’organisme et que les améliorations ou les guérisons seront d’autant plus rapides et plus durables que le « potentiel vital » sera plus grand.

Nous étudierons successivement le traitement séro-médicamenteux chez les prétuberculeux, les enfants et les adultes, isolé et associé à d’autres moyens thérapeutiques. |

Le séro-médicament dans les états prétuberculeux

Sans entrer dans des considérations étiologiques ou pathogéniques, nous désignerons sous le nom de prétuberculose l’ensemble des cas où aucun signe de certitude ne permet d’affirmer la nature tuberculeuse de l’état maladif. En effet, ni les signes stéthoscopiques, m1 les signes radiographiques, ni les signes fonctionnels, m les signes généraux ne sont capables de révéler l’origine bacillaire d’une lésion.

Seule, la constatation du bacille de Koch demeure l’élément irréfutable du diagnostic étiologique.

Cliniquement, les états prétuberculeux sont bien connus : il s’agit de malades enfants ou adolescents fatigués, anémiques, amaigris, fébricitants au moindre effort, présentant une symptomatologie fonctionnelle et physique plus ou moins marquée, et chez lesquels des examens répétés de crachats, d’exsudats ou de selles n’ont pu déceler la présence du bacille.

Souvent même ces malades ne toussent pas, c'est l’état général qui est mauvais.

Sous linfluence du composé L T, très rapidement, l'appétit renaît, le poids augmente d’une façon souvent étonnante, les forces reviennent, la

fièvre disparaît, en même temps que les troubles pulmonaires, quand ils existent, s’amendent.

Comme en témoignent les observations suivantes, les états prétuberculeux réalisent une des grandes indications du séro-médicament.

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