OBSERVATION XXXVIII
La petite M... âgée de 4 ans, est envoyée, le 14 Janvier 1931, par le DT DREvET, pour symptômes de dénutrition très marqués, toux sèche, fréquente, depuis plusieurs mois, sueurs nocturnes abondantes, nombreux accès fébriles.
À l’examen, submatité de l’hémithorax droit, avec souffle inspiratoire très rude et exagération des vibrations.
Cuti-réaction à la tuberculine positive.
Radiographie : grosse tache parahilaire droite. Lésions étendues, bilatérales, donnant l'aspect «en mie de pain ».
Soumise au traitement par le L T. Revue le 28 avril 1931, après dix-huit piqûres. La petite malade a engraissé, ne tousse plus, n’a plus de sueurs ni de fièvre. L'état général et local se sont améliorés. Même aspect que précédemment à la radiographie.
Le séro-médicament dans la tuberculose pulmonaire de l’adulte
Les résultats du traitement séro-médicamenteux dans la tuberculose pulmonaire de l’adulte dépendent du stade évolutif des lésions d’abord, de la persévérance dans le traitement, ensuite.
Les formes les plus favorables à l’action du composé L T sont les formes récentes. À celles-ci répondent :
Les tuberculoses pulmonaires aiguës massives, à forme pneumonique ;
Les tuberculoses pulmonaires fibro-caséeuses et fibreuses au début, avec ou sans pleurésie sérofibrineuse.
Dans tous ces cas, les sujets ayant perdu depuis peu de temps leur équilibre allergique, on pourra souvent escompter des guérisons cliniques.
Aux stades plus avancés, si le séro-médicament est administré d’une façon soutenue et prolongée, on pourra obtenir des améliorations notables, les bacilles disparaissant souvent de l’expectoration.
Toutefois, certains malades, considérés comme de véritables porteurs de germes, continuent, quoique grandement améliorés, à émettre des bacilles très dangereux pour l’entourage, quoique devenus inoffensifs pour leur hôte.
AO
Les observations qui suivent sont celles de malades cliniquement guéris ou suffisamment améliorés pour reprendre une vie normale.
Les trois dernières (N°®% CV, CVI et CVII), sont celles de malades très gravement atteints, chez lesquels, s’il n’a pas empêché une évolution fatale, le composé L T a assuré une survie Inespérée.
Il est inutile de revenir sur ce point que certains malades, traités dans les plus mauvaises conditions à cause de l’étendue et de la profondeur de leurs lésions, ont succombé malgré le séro-médicament. Il n’est pas nécessaire de reproduire leurs observations.
OBSERVATION XXXIX Mme X.., 24 ans, entre le 31 octobre 1927, à l’hôpital
Broussais.
Elle a de la tièvre, 39, d’origine grippale, semble-t-il, tousse, crache, a maigri de deux kilogs en un mois. La malade présente des sueurs nocturnes, de l’anorexie. Son examen la montre fatiguée, se plaignant d’un point de côté à la base gauche.
L’hémithorax gauche donne les signes cliniques d’une pleurésie avec épanchement. La ponction exploratrice ramène un liquide citrin, très fibrineux.
Evolut'on fébrile de la pleurésie pendant un mois, puis chute de la température.
Au début de décembre, réascension de la température : point de côté au poumon droit, suivi d’une pleurésie à liquide
= Ga —
citrin (deuxième pleurésie) et d’un mauvais état général. Asthénie, entérite, selles fréquentes. Liquide pleural ne contient pas de baille de Koch et ne tuberculise pas le cobaye. Chute de la température en janvier 1928 ; mais persistance d’une certaine quantité de liquide dans les deux plèvres. |
Le 5 février 1928, brusquement, la température monte à 3907. Il existe une grosse angine rouge, puis apparaît un érythème scarlatineux. D’une malade de passage dans notre service, nôtre pleurétique a pris la scarlatine : elle est transférée à l'hôpital Claude-Bernard.
Pour des accidents d’œdème de la glotte, pendant son séjour dans le service du PT TESsieR, elle est trachéotomisée, le 13 février 1928.
Le 20 mars, elle rentre de nouveau dans mon service avec une canule trachéale, un très mauvais état général et de la dyspnée.
Toux sèche, fréquente, température élevée.
A l’auscultation, persistance des signes des anciennes pleurésies.
Une ponction exploratrice pratiquée à droite ramène du liquide citrin.
A gauche, la ponction ramène du liquide purulent, dans lequel l’examen bactériologique décèle la présence de streptocoque, à l’exclusion de tout autre microbe. Pleurésie purulente streptococcique ; le 28 mars 1928, je pratique dans mon service la pleurotomie à la base du poumon gauche, sans résection costale, drainage, injection d’oléo-goménol. Persistance du drainage pendant deux mois. Assèchement progressif de la cavité purulente. L’épanchement pleural droit se résorbe lentement.
Bientôt, nouvel incident sous la forme d’une otite suppurée bilatérale, avec réascension de la température. Ouverture spontanée des tympans, guérison des otites.
En mai 1928, la malade recommence à tousser, la fièvre
s’installe : l’expectoration examinée montre la présence de
bacilles de Koch dans les crachats. En même temps, on entend au sommet du poumon droit des râles sous-crépitants.
La radioscopie décèle à ce niveau une ombre apicale.
Le 12 juin 1928, nous instituons le traitement de cette tuberculose, par des injections de L T'sous-cutanées. Du 13 juin au 31 juillet, la malade reçoit quinze piqûres.
La température élevée retombe progressivement à la normale, la malade engraisse, reprend six kilogs, l’expectoration ne contient plus de bacilles de Koch.
Le 22 septembre, la malade quitte le service pour retourner en Bretagne.
Elle est guérie de ses deux pleurésies séro-fibrineuses, de sa trachéotomie, de sa scarlatine, de sa pleurésie purulente à streptocoques, de ses deux otites, de sa tuberculose pulmonaire, après un séjour de prè, d’un an à l’hôpital.
Cette résistance organique vraiment extraordinaire se passe de commentaires. Eu
Revue au début de 1931, cette malade en très bon état est venue nous demander le moyen d’atténuer la cicatrice de sa trachéotomie, adhérente et inesthétique.
Extrait du Journal de Médecine de Paris du 24 Janvier 1929