AVANT-PROPOS
Pendant notre dernier séjour en Cochinchine (1884- 1885), nous eûmes l’occasion d'observer à l'hôpital de Saigon, dans le service de chirurgie, un magnifique cas de conservation. Il s'agissait d’un enfant dont nous pu- . blions l'observation (voir Observation VIIT), qui renversé par un porteur Decauville, avait présenté une fracture comminutive de la cuisse gauche, compliquée de désordres très-étendus des parties molles, et de communication du foyer de la fracture avec l’air extérieur.
Transporté à l'hôpital militaire, il y fut soigné en premier lieu dans le service .du docteur Hanh, médecin de première classe, remplacé dans la suite par le docteur Maurel, aujourd'hui médecin principal.
C'est ce dernier qui, lorsqu'il jugea le moment nécessaire d'intervenir, compléta la guérison du malade dont on avait conservé le membre, par une résection des fragments osseux non consolidés, et par une double suture osseuse qui réunissant les deux surfaces avivées, amena la fusion complète des deux portions de la diaphyse.
En faisant de cette observation le fond de notre thèse inaugurale, nous n’avons pas eu l’intention de discuter ici la conduite des chirurgiens traitants.
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En effet, la chirurgie comme la médecine est avant tout l’art de guérir, et au point de vue des malades qui doit toujours passer avant toute autre considération, il est permis de dire que la fin justifie les moyens, et que, pour un cas donné, tout traitement comme tout médicament est bon pourvu qu’il guérisse.
D'autre part, la compétence des chirurgiens qui ont traité le malade, tant le savoir et l’habileté opératoire du docteur Maurel qui a su si bien choisir le moment et la nature de l'intervention, que la prudente réserve, la conduite véritablement chirurgicale du docteur Hanh qui a su conserver le membre malade et permettre une intervention ultérieure à laquelle il était décidé du reste, si les circonstances le lui eussent permis ; toutes ces raisons jointes à notre inexpérience, nous imposaient une prudente réserve.
Nous avons cru pourtant qu’il nous était parfaitement loisible, et même qu'il serait intéressant d'examiner attentivement quels ont été les motifs qui ont servi de guide à ces confrères, et cela d’après l'étude et l’examen des différents modes de traitement usités par les chirurgiens qui ont eu à soigner des fractures de cuisse compliquées de plaies.
Nous examinerons donc successivement les questions suivantes :
1° de l’amputation primitive,
2 de la résection primitive,
. 3° de la conservation,
4 des opérations secondaires (amputation, résection, |
suture osseuse).
: A os
Ici encore, nous nous garderons bien de tirer des conclusions en faveur de telle ou telle méthode.
La question est des plus compliquées, vu l’importance du membre, et la gravité des opérations qui y sont pratiquées. C’est bien ici que trouve son application ce mot de Desault disant, en parlant de l'intervention ou de l’abstention dans les fractures compliquées « que l’expérience seule et le génie avaient le droit de résoudre le problème ».
Mais comme le fait remarquer Spilman citant les paroles de Desault, souvent le chirurgien sera appelé avant d’avoir acquis l’expérience que le maître réclame de lui, et ajouterons-nous, le malade est loin d’avoir le loisir d'attendre qu’elle lui vienne. Il est donc nécessaire que le médecin ait pour lui quelques indications qui lui permettent, suivant les cas et les sujets d'adopter rapidement une ligne de conduite. |
Ces indications lui seront d’un utile secours pour lui permettre d'atteindre le plus souvent son but qui est la conservation de la vie et du membre de son blessé, et aussi pour l'empêcher, par une trop grande réserve ou une action intempestive, d'accélérer et de précipiter un dénoûment fatal. |
Qu'il nous soit permis avant d'aborder notre sujet, d'adresser un témoignage tout particulier de notre gratitude à M. le docteur Maurel pour ses excellents avis, et d'exprimer notre reconnaissance à nos maîtres, à nos collègues plus anciens que nous dans la carrière, qui, par leurs lecons et leurs conseils, nous ont facilité l’étude si difficile, et parfois si ingrate à ses débuts, de l’art de
guérir.
Legrand. F)