VOIES D'INTRODUCTION ET DOSES
On trouve dans le commerce des flacons dosés à 1 gr. de sulfate ou de chlorhydrate de streptomycine; ces sels sont solubles dans l’eau distillée ou le sérum physiologique.
La voie intraveineuse entraine parfois une sclérose veineuse et n’est employée qu'à titre exceptionnel.
Les injections sous-cutanées sont douloureuses et génératrices d’escarres.
Ce sont les injections intra-musculaires qui sont Île plus couramment employées et à des concentrations de 50 à 200 mg. par cm° de sérum physiologique.
Elles sont pratiquées toutes les 4 à 6 heures.
La dose varie de 1 à 8 gr. par jour suivant l’âge, le poids du malade, la sensibilité de l'agent infectant, le siège anatomique de la lésion. Il faut tenir compte de la sensibilité du germe infectant.
Nous savons qu'une dose quotidienne de 3 gr.
donne un taux moyen de 20 microgrammes dans Île sang; cette concentration est suffisante pour exercer une action bactéricide sur bien des germes banaux.
En ce qui concerne le bacille de Koch, nous avons vu qu'il faut un taux de 5o microgr. par em° pour obtenir un effet bactéricide en milieu de culture. Si l’on ajoute du sang ou du sérum, la sensibilité du germe diminue dans de fortes proportions; en présence de sang total il faut in vitro quatre à huit fois plus d'unités d’antibiotique (KEEFER).
La toxicité de la streptomycine interdit d'atteindre chez l’homme des concentrations aussi importantes. Dans bien des cas, il faut donc se contenter de doses à effet bactériostatique, longtemps prolongées, qui apporteront une aide efficace aux défenses naturelles de l'organisme.
ose
La durée du traitement s'étend de quelques jours à quelques mois dans la cure de tuberculose,
La voie intra-rachidienne réclame l'injection toutes les 24 à 48 heures de 20 à 100 mg. dilués dans 5 à 10 cm de sérum physiologique.
La voie buccale, utilisée seulement dans les infec- Hons intestinales exige 2 à 3 gr. par jour.
Les aérosols sont réservés au traitement des infectons du pharyngo-larynx, des bronches et des poumons. Par cette voie, la streptomycine ne peut être mise en évidence dans le sang et les urines qu’à l’état de traces.
Les concentrations de solutions à utiliser en insüllations bronchiques ou en aérosols sont, en général, de 50 mg. par cm° de sérum physiologique et la dose maximum journalière est de 500 mg.
En applications locales, on recommande des solutions de 250 à 500 microgrammes par cm”.
Toxiciré.
La streptomycine est un médicament moins inoffensif que la pénicilline.
Chez l’homme, on peut noter des incidents de traitement d'autant plus fréquents que la dose quotidienne est plus forte et le traitement plus prolongé.
Au-dessus de la dose quotidienne de 4 gr., KEEFER a observé des incidents dans 60 % des cas.
Ces incidents de type et de mécanisme divers peuvent être répartis en quatre groupes :
1. — Les accidents locaux. — Ce sont des plaques d'induration- douloureuse, rouges et chaudes, au lieu d'injection. Ils sont diminués par l’adjonction d'un peu de novocaïne.
>. — Les accidents généraux. — Parmi ceux-ci, les accidents du type histaminique, qui sont dus souvent aux impuretés du produit et cèdent aux anti-histaminiques de synthèse.
Les éruptions cutanées sont très fréquentes et sur-
viennent du 7° au 14° jour du traitement; elles sont de types morphologiques très divers.
On a observé de la fièvre, des vomissements, un amaigrissement, des troubles psychiques, de la somnolence, des phénomènes de choc, des troubles digestifs et des arthralgies; l’incontinence des urines a été observée chez des “enfants. On voit rarement des accidents hémorragiques qui s’effacent au bout de 1 à 10 Jours.
DEBRÉ n’a jamais observé d'accidents sang guins el n’a noté aucune anomalie, soit de la série rouge, soit de la série blanche.
Une hyperazotémie modérée a été fréquemment observéé qui ne peut être expliquée uniquement par une néphrite. :
D'autres accidents sont plus particulièrement liés à la voie intra-rachidienne : raideur rachidienne, rachialgies, crises convulsives.
Ajoutons que plusieurs cas de dermatoses par sensibilisation à la streptomycine ont été notés chez des infirmières préposées aux injections du médicament.
3. — Les accidents réno-hépatiques. — Ils sont exceptionnels.
h. — Les accidents nerveux. — Ils frappent surtout
la 8° paire cranienne : vertiges, bourdonnements, surdité. On a signalé encore de la diplopie, des paresthésies de la face.
Les vertiges sont précoces ou tardifs, au cours de la quatrième semaine de traitement. Ils s'accompagnent souvent de nausées, bourdonnements et coïncident avec une hypoexcitabilité des fonctions vertibulaires. En général, les vertiges s’atténuent peu après l'arrêt du traitement, grâce à la mise en œuvre d'un mécanisme compensateur. Signalons, en passant, les belles expériences de Causse sur la souris blanche (Congrès OR PPATIS 1018) 00 -
L’atteinte auditive est, en général d'emblée bilatérale et l'intervalle de temps entre l'apparition de l’hypoacousie el la surdité complète est court, de 2 à 13 jours. Si le traitement est arrêté immédiatement, une cerlaine récupération de l'audition peut s’effec-
CRD Res
tuer; elle est rarement complète. I] persiste souvent une assez bonne acuité pour les sons aigus.
Ajoutons que c’est surtout au cours des traitements es prolongés comme celui de la tuberculose qu'on
signalé ces accidents. DEBRÉ et d’autres auteurs pensent qu'il faut les attribuer à la streptomycine plutôt qu'aux lésions méningées tuberculeuses.
Dans l’ensemble, les accidents de la streptomycinothérapie restent bénins et ne constituent pas une contre-indication à son emploi.