‹ Traitement des maladies scrofuleuses et cancéreuses par les méthodes iatraleptiquesChapitre 90 sur 91 · RÉFLEXIONS EX SOUVENIRS · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS EX SOUVENIRS

L’homme est-il né pour tracer invariablement la même ornière et pour marcher toujours dans le même sentier. Je le crois, pour moi ma destinée a été de rêver et de rêver toujours. Gastrité dès la seconde année de mes études, toute application sérieuse me devint impossible, je fus contraint d’obéir à mes instincts et de n’être plus qu’un simple rêveur. Mes rêves cependant ne furent pas stériles puisque c’est en rêvant que je conçus le plan des traitements de la scrofule et du cancer.

Implanté quelques années plus tard sur le sommet des montagnes de l’Ardèche , je fus privé de tout contact avec le monde savant, je n’eus pas même la ressource des journaux et des livres ; harassé constamment par mes courses, las et soulfreteux, je ne pouvais donner aucun temps à la lecture; mais je souffrais, delà une alimentation constante pour mes rêves.

je souffrais et tous mes efforts ne pouvaient me faire surmonter mon apathie et l’état de somnolence dans lequel j’étais souvent plongé. Mon corps amaigri et mon faciès altéré dénotaient sans doute des souffrances profondes, car bien souvent de bons

paysans , compatissant à mes maux , m'exprimaient leur étonnement de ce que je ne me guérissais pas ; ils me parlaient ainsi sans m’adresser des allusions fâcheuses, car tous croyaient à ma parole. J’ai souffert, oui j’ai souffert cruellement et longtemps sans avoir jamais voulu réclamer les conseils d’aucun de mes confrères; j’avais foi dans mes conceptions, et le binôme de Newton était toujours présent à ma pensée ; il était toujours là pour me donner des inspirations autant dans mon intérêt que dans celui de mes dociles clients.

Conduit par mes souffrances à Aix et à Saint- Laurent, j’y rêvai sur le mode des eaux minérales , je voulais imiter la nature sans m’assujettir à une sorte de servage. Saturé de mes inspirations sur la matière médicale, j’ai fini par créer un formulaire à ma guise; malheureusement je n’ai pas tout écrit. Depuis longtemps j’avais un œil plongé dans le fond d’un creuset et l’autre dirigé sur mon malade; je rêvais ensuite, et au milieu de toutes mes rêvasseries j’ai fini par me créer un canevas nosologique et arrêter invariablement mes plans de thérapeutique. Les deux tableaux que j’ai tracés pour mon usage sont toujours en face de moi et je m’égare si je les perds de vue un seul instant. L’opuscule que je livre aujourd’hui à la publicité soulève un coin dn rideau qui les voile ; puisse cette première communication recevoir un accueil bienveillant du public médical. Les lignes et les contours de cette première ébauche paraîtront peut-être fantastiques au plus grand nombre de mes confrères, mais je ne pouvais écrire autrement. A Dieu ne plaise que je veuille défendre, au point de vue scientifique,

SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES.

aucune de mes intuitions médicales; j’appréhende les discussions scolastiques et je n’aspire pas au titre d’homme disert; mais je désire que l’on reconnaisse qu’au point de vue pratique je n’ai pas été déçu par une sorte de mirage.

La publication de mon formulaire devra être reçue comme une consécration des faits que j’affirme; toutes mes combinaisons, maniées, remaniées tour à tour sous une foule d’aspects, donneront naissance à une nouvelle pharmacopée. La matière médicale à mon point de vue ne délaissera aucune des vérités thérapeutiques actuelles, mais on les classera, on les coordonnera par rapport à celles dont j’aurais à indiquer la filiation et la chaîne ; toutes les données pharmacologiques se placeront donc chacune à leur rang, et la médecine , j’aime à le croire , atteindra le niveau des autres sciences naturelles. Puisse la nouvelle ère que j’entrevois faire converger vers elle tous nos confrères dissidents.

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