INTRODUCTION. — HISTORIQUE
La thérapeutique du cancer est le problème qui a de tout temps préoccupé les cliniciens. Il n'est certes pas de question sur laquelle nous demeurions moins éclairés. Si les progrès de la chirurgie, joints à ceux de nos connaissances cliniques, permettent quelquefois l'exérèse totale du mal et Téloignement des récidives, il n'en reste pas moins réel que celles-ci sont toujours fatales, si lointaines qu elles soient, et jusqu'à maintenant le traitement et la guérison du cancer reste un rêve irréalisé. La diversité des remèdes employés en prouve précisément l'inefficacité.
Ne prenant en considération que les traitements inspirés d'une conception pathologique du cancer, nous pouvons citer les tentatives de ces dernières années, de Fabre-Domergue qui propose un traitement par l'électricité dans le but de rétablir « l'orientation cellulaire ».
Mosetigvon Moorholï obtient quelques résultats avec l'acide lactique. Stilling espère, avec la pyoctanine (pan-
sèment à 1/300 et 1/500), tuer les cellules du néoplasme en les colorant, mais ce médicament n'exerce en réalité qu'une action analgésique et désinfectante.
Reclus se sert du chlorate de potasse et obtient plusieurs guérisons, mais seulement dans la forme supertîcielle des épithéliomes pavimenteux cutanés.
Notons également les injections de toxines streptococciques faites par Marmoreck : L'idée thérapeutique a pour base le fait clinique suivant constaté quelquefois : la régression d'une tumeur maligne sous l'influence du développement sur le même individu d'une infection streptococcique quelconque.
Richet et Héricourt ont tenté par la sérothérapie la guérison des tumeurs malignes. Mais hâtons -nous de dire que, des deux guérisons publiées, l'une a trait à un cancer d'estomac dont le diagnostic était incertain. Il s'agissait dans l'autre d'un fîbro-sarcome récidivé de la paroi thoracique, la douleur a disparu et l'état général s'est très sensiblement amélioré.
Plus récemment, Wlaêfï, privat-docent del' Académie de Saint-Pétersbourg, se basant sur les expériences d'Otto-Busse, Curtis, San-Felice, Roncah, Plimmer, etc. qui trouvent des levures dans les tumeurs malignes, convaincu que le blastomycète blanc, rose ou rouge est la vraie cause de leur production, fait en ce sens un nouvel essai de sérothérapie. Son sérum particulier est obtenu en inoculant des oiseaux avec des blastomycètes pathogènes, cellules de levures, isolées des tumeurs
cancéreuses de Thomme. Cette nouvelle méthode n'est pas sans donner quelques heureux résultats.
Enfin, M. Jaboulay a attiré l'attention en 1900 sur un nouveau mode de traitement par les sels de quinine. C'est de cette méthode que nous nous occuperons spécialement dans cette étude.
Après avoir exposé les modes d'applications de cette nouvelle thérapeutique, nous verrons sur quelle base pathogénique elle s'appuie pour être théoriquement justifiée. L'exposé des faits cliniques qui sont en faveur du procédé, nous amènera à étudier par quel mécanismeagitla quinine, et dans quelle mesure nous sommes endroit d'espérer, par l'emploi de cette substance, d'heureux effets dans le traitement des tumeurs malignes.