‹ Traitement des tumeurs malignesChapitre 4 sur 10 · PRINCIPES THÉORIQUES DE LA MÉTHODE · texte numérisé non relu

PRINCIPES THÉORIQUES DE LA MÉTHODE

(( Toute thérapeutique doit être clinique en ses moyens d'informations ; pathogénique en ses inspirations ; physiologique en ses moyens d'actions ; opportuniste en ses décisions ». (Landouzy.)

L'usage des sels de quinine est-il une méthode purement empirique ? Ou bien a-t-il sa raison d'être dans une conception pathogénique du cancer dont il découle logiquement ? En un mot les notions connues du cancer nous permettent-elles de lui assigner une cause, un facteur certain ? la quinine peut-elle être considérée comme l'antagoniste spécifique de cet agent ?

Cette question pourrait nous entraîner à développer les théories nombreuses qui ont voulu expliquer le cancer. Nous citerons seulement la théorie nerveuse émise par Schrœder Von Der Kolk, la théorie irritative de Wirchow^, la théorie des germes embryonnaires de Cohnheim, pour ne retenir que les doctrines parasitaires. Ces dernières ont le plus passionné les esprits.

On a voulu démontrer la nature parasitaire des néoplasmes à Taide de trois ordres d'arguments :

1** La contagion, soit indirecte (petites épidémies de cancer observées dans certaines maisons ou le long des cours d'eau), soit directe (23 observations, recueillies par M. Gueillot, de cancer de la verge survenu chez le mari consécutivement à un cancer de Tutérus chez la femme du malade).

2"* Les inoculations expérimentales sont ^gaiement un . fait scientifiquement prouvé. Mais le transport des greffes animales ou végétales n'est nullement un argument en faveur de la nature parasitaire des tumeurs malignes. « Une greffe de cette nature, lorsqu'elle réussît, prouve que les cellules greffées ont trouvé des conditions biologiques nécessaires à leur existence, mais rien de plus » (Delbet).

3*^ La constatation des parasites pourrait seule entraîner la conviction.

Or, les parasites rencontrés dans une tumeur sont de deux ordres, les uns parasites microbiens, les autres parasites animaux.

Dès 1872, Nepveu avait découvert des microbes vulgaires dans certains néoplasmes.

A sa suite San Felice et Roncali, Rappin, Scheurlen, Sanarelli, Domingos Freire découvrirent de nouveaux microbes qu'ils isolèrent, cultivèrent, voulurent faire spécifiques du cancer, jusqu'au jour où fut démontré ce fait par Pfeifîer et Baumgarten que les microbes de

Scheurlen et des autres auteurs n'étaient que des saprophytes vulgaires, quelques-uns des nombreux microbes de la pomme de terre. Ainsi se fit le silence autour de la théorie microbienne du cancer.

Une deuxième théorie se fit jour, celle du parasitisme animal, la théorie psorospermique défendue par Metchnikoff et Soudakéwitsch, qui considèrent les coccidies comme agent pathogène spécifique du cancer. Pfeiffer le premier signala la présence des sporozoaires dans les néoplasmes. Darrier, Malassez et Albarran firent des recherches dans ce sens. Quoique battue en brèche par un grand nombre d'auteurs, par Borrel entre autres, qui nie l'existence des coccidies dans les néoplasmes, cette hypothèse pour expliquer la genèse des tumeurs malignes est admise par un grand nombre. C'est à elle que se rallie M. Jaboulay qui a été amené par cette théorie à la conception du traitement du cancer par un agent spécifique qui serait la quinine.

Pour Jaboulay, le cancer apparaît comme une maladie infectieuse qui envahit peu a peu l'organisme. Il doit donc être de nature parasitaire. L'agent n'est pas un microbe puisqu'on n'a jamais pu le cultiver sur les milieux soHdes ou liquides et que les microbîcides qui donnent des succès dans les maladies microbiennes ont toujours échoué dans le cancer. Le parasite est donc pour cet auteur un parasite animal.

Sa morphologie, il est vrai, est encore insuffisante? ses modes de reproduction obscurs ; quant à l'échec de

ses cultures, il ne prouve rien puisqu'il est des amibes vulgaires bien connues qu'on n'a jamais pu cultiver artificiellement. Mais, « que Ton compare simplement, demande M. Jaboulay, certaines figures représentant le parasite du cancer, d'après Plimmer, avec celles qui montrent certaines transformations de l'hématozoaire de Laveran et l'on sera frappé de l'analogie morphologique qui existe entre elles. »

Ce parasite, d'ailleurs, présente de grandes analogies avec celui de la malaria ; ce dernier aime le sang et s'y arrête, le parasite du cancer traverse le sang pour s'installer dans les tissus et les organes.

On a remarqué en outre que les pays à cancers offrent certaines particularités géologiques comme les pays à malaria. La statistique relève des cas de tumeurs malignes en plus grand nombre dans les contrées traversées par des cours d'eau qui débordent, entraînant et déposant des débris de toutes sortes. Ce sont des terrains d'alluvion, les terrains au contraire vierges de cette maladie ont un sol carbonifère. Et, constatation intéressante, dans les pays où la malaria sévit avec violence et où les habitants prennent de la quinine, le cancer est rare, plus que partout ailleurs. Ces deux maladies reconnaissant une mêmB cause, un agent pathogénique analogue, doivent donc être, pour M. Jaboulay, justiciables d'un même traitement, le traitement par la quinine.

Malheureusement cette théorie, quoique séduisante, s'appuie sur des preuves trop incertaines. Les coccidies

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