‹ Traitement des Ulcères Variqueux RebellesChapitre 4 sur 25 · VE · texte numérisé non relu

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Les ulcères variqueux sont connus et traités — depuis

la plus haute antiquité. Mais ce n’est qu’à la fin du XVIII° siècle que leur ‘histoire devient véritablement inté- | ressante pour nous, car c’est alors seulement que leur diag-

ee nostic se précise. « pur histoire scientifique, dit M. Reclus one ne commencera qu'à la fin du xvi° siècle avec les tra-

__« vaux des chirurgiens anglais. Hunter, Benjamin Be x

Ce Underwood, Baynton en donnent une description déjà

pr fort précise. ARS imaginent des méthodés de traite-

A « ment qui ont eu un long succès. » Surtout, ce. qui nous

œ tresse particulièrement, c’est que dès lors, en France

* di ailleurs comme en Angleterre, on traite les ulcères vari- queux, de façon méthodique et surtout systématique.

__ Rien n’est curieux comme la lecture des ouvrages du xvir° siècle. Citons ce passage suggestif de Fabre (Traité des maladies vénériennes). « Quelquefois un ulcère ne ré- ‘4 « siste au grand remède que parce qu’il est entretenu par ue, « les vaisseaux de la partie qui sont devenus variqueux. ‘4

FE « TJ ai vu un homme qui portait depuis longtemps une tu- is

« meur sous le jarret qui comprimait jusqu’à un certain

point les principaux vaisseaux qui rapportent les li- « queurs de la jambe et du pied : en conséquence ces par- « ties étaient extrêmement engorgées et il s’était formé un

« ulcère un peu au-dessus de la malléole interne. Je passat

« le malade par les grands remèdes : la tumeur du jarret « fondit entièrement, mais l’ulcère ne se cicatrisa point. « Je ne fus pas longtemps sans découvrir la cause de ce « phénomène : la diminution de l’engorgement de la jambe « me laissa voir une infinité de veines variqueuses surtout « aux environs de l’uleère. Pour parvenir à le cicatriser, ……. et je fis porter au malade-un bas de peau de chien « qui serrait le bas de la jambe jusqu’à un certain point, « par le moyen d’un lacet. Par cette méthode, les veines « recouvrèrent peu à peu le ressort qu’elles avaient perdu «et l’ulcère fut cicatrisé. »

En même temps que le diagnostic se précise, le traitement des ulcères se systématise. Il nous faut, je crois, en chercher la raison dans les idées successives qui ont eu cours sur la pathogénie de l’ulcère variqueux. Avant l’époque dont nous parlons, on considérait généralement l’uleère comme le résultat d’un « vice du sang » et la conséquence directe de cette idée était l’abstention thérapeutique; souvent, pour ne pas dire toujours, on respectait cette lésion comme un exutoire utile dans la crainte de ces métastases qui étaient alors le cauchemar du médecin et qu’on a essayé d’ailleurs de faire revivre. (Besnier.) ; Pour nous rendre compte du changement des idées à cette époque, il faut lire le « Mémoire sur le traitement des ulcères variqueux » dans les œuvres chirurgicales de P. J. Desault par son élève Xavier Bichat :

FATIESCEEES

« Au milieu des divisions multipliées des auteurs, ils est difficile souvent de reconnaître les ulcères variqueux. Il faut les aller chercher dans les ulcères calleux et phagé-, déniques des uns, dans les ulcères chironiens et télé. phiens des autres, dans les ulcères malins et invétérés. den la plupart. D'où naissent ces manières si différentes d’envisager le même objet ? Sans doute des opinions diverses qu'ont eues les auteurs sur leur nature. Le plus grand nombre a regardé ces ulcères comme une affection symptomatique, indice d’un vice interne des humeurs. « …. IS se sont fondés principalement sur la difficulté de les guérir, difficulté telle qu’ils résistent presque constamment à tous nos moyens de traitement. On a cru que la nature s’ouvroit par eux un excrétoire, au moyen duquel elle se débarrasse des impuretés d’un sang, trop épais selon les uns, trop fluide selon les autres, acrimonieux suivant le plus grand nombre. Les varices communément répandues sur leur circonférence ont paru ellesmêmes être le dépôt d’une portion du sang, nuisible aux fonctions que Galien et d’autres ont appelé les fèces. ou la lie du sangetqui pour la santé doit être selon eux, évacué par la suppuration des ulcères autour desquels il se ramasse. De là l’opinion si généralement accréditée, que loin d’être un mal dans les vues de la nature, les ulcères variqueux sont au contraire une ressource qu’elle se ménage pour porter loin du centre de la vie, les subs- tances délétères qui pourroient agir sur lui. De là, le « précepte si universellement reçu de respecter ces espèces d’égoûts, dont la suppression ne peut manquer d’entrainer une foule d’inconvénients, tels que la toux, la pleu-

ire | =

résie, l’hémoptisie, le flux hémorroïdal, la dyssenterie,

“la douleur de reins, la folie, l’apoplexie, ete., Suivant que la matière morbifique, empêchée dansson évacuation

se porte sur le poumon, les intestins, lé cerveau, elcr

« Mais, dit notre auteur, on ne remarque point à la suite

de la guérison de ces ulcères ces métastases que les auteurs ont tant redoutées. La pratique de l’Hôtel-Dieu pendant le temps que Desault y a exercé la chirurgie, n’en à jamais offert. D'ailleurs, on sait aujourd’hui que les varices sont un vice purement local. Or, elles seules entretiennent les ulcères dont nous parlons; en enlevant

les unes, on détruit les autres. » Et il ajoute : «Il paraît,

au contraire, qu'absolument indépendante de toute espèce de vice interne, la maladie ne tient qu’à un relâchement local dans la partie, à une perte de ressort dans son système veineux et lymphatique. Le traitement actuel de ces Sortes d’ulcères prouve cette assertion. En effet, on

voit tous les moyens propres à augmenter ce ressort dimi- .

nué, favoriser la cicatrisation de l’ulcère et la compression, le plus puissant de ces moyens, déterminer presque toujours cette cicatrisation. »

Il termine enfin par une observation (recueillie par Bouil-

laud) d’une femme de 60 ans, traitée à l’Hôtel-Dieu de

Paris, en 1790, pour une contusion assez légère à la cuisse.

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« Cette femme avait, en même temps, à la jambe gauche, deux ulcères variqueux très considérables, dont elle croyait inutile qu’on s’occupât, attendu que des chirurgiens célèbres, après lui avoir donné pendant longtemps des soins infructueux lui avaient annoncé que cette maladie était incurable. » La malade guérit de ces ulcères

É: Es au-dessus des malléoles, l’interne de six pouces de long sur trois lignes de profondeur, l’externe plus profond encore et de huit pouces de circonférence, les bords de l’un Het de l’autre étaient durs et calleux.) Elle sortit -guérie après — “une récidive au bout de quatre mois et la conclusion de : MS = Nesauit est que « La compression seule, aidée de la propreté | | spa RE « et d’un pansement méthodique, parvient constamment,

E gr « et souvent en peu de jours » à guérir l’ulcère variqueux. Dès lors, et pendant presque tout le xix° siècle, on vit à F SA peu près sur ces idées, touchant la pathogénie et la théra- 4 "IE: peutique de l’ulcère variqueux. C’est une lésion locale due ; aux varices, lésion qu’il faut soigner et dont le traitement à peut se résumer en ces termes : repos, propreté, comprese sion.

4 Est-il utile d’ ajouter que Sat toute cette longue à ve k L période, mille variantes furent proposées à ce traitement 5 type; variantes soit dans le mode de compression : simple ÿ3 compression par une bande ou par un bas lacé par dessus

le pansement ; par le pansement de Baynton (diachylon), la plaque de zinc; variantes aussi dans l’application de topiee ques et, plus tard, avec l’évolution des nouvelles doctrines, des topiques antiseptiques; on retrouvera l’énumération de ces modalités diverses du traitement dans notre bibliographie. Enfin, les moyens chirurgicaux (dès longtemps employés d’ailleurs, l'historique en est fait déjà par Desault et Bichat), continuent à s’exercer, notamment lorsqu’avec l’avènement de l’asepsie les opérations deviennent plus TA courantes et parce qu’il semble naturel pour guérir une Jésion due à des varices, d’agir chirurgicalement sur les vaisseaux variqueux. Nous reviendrons sur ces procédés

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dans la seconde partie de cette étude historique (chap. Il). Nous possédons des renseignements très précieux sur ce

‘qu'était, il y a vingt ans, la thérapeutique de l’ulcère vari-

queux. C’est une revue du Docteur Marcel Baudoin dans la

Semaine Médicale du 23 décembre 1891, sur « Le traitement

des ulcères de jambe dans les hôpitaux de Paris. »

- Nous y voyons notamment que le Professeur Verneuil

emploie les pulvérisations phéniquées à 2 p. 100 et les ban-

delettes suivant le procédé ancien, quand l’ulcère a bon FE aspect. Sinon, la liqueur de Labarraque étendue, la glycé- L 5118 rine, des solutions faibles de sels de fer, jamais d’opéra-

tions sanglantes.

Li Le Professeur Duplay, les pulvérisations phéniquées, la Le liqueur de Labarraque, sur les ulcères atoniques, la cui- 1 rasse de diachylon sur les ulcères bourgeonnants, les greffes | à dermo-épidermiques de Reverdin ou les grandes greffes de s | Thiersch sur les ulcères étendus. | M. Reclus, les lotions antiseptiques bi-quotidiennes de liqueur de Van Swieten à 50 ou 55° combinées avec la compression par la bande élastique et l’élévation du membre, le thermo-cautère, s’il y a lieu (ulcères exubérants ou calleux), les greffes italiennes chez les malades de moins de 50 ans. Il ajoute d’ailleurs ce renseignement précieusement exact : « Les malades d’hôpital d’ailleurs, font la plupart « du temps tout ce qu’ils peuvent pour ne pas guérir. = Nous ne citons que ces exemples typiques, la Revue entière est, nous le répétons, fort précieuse, pour qui s’intéresse à la question du traitement des ulcères variqueux. Ajoutons l’emploi de tous les traitements chirurgicaux

circumvallation de Dolbeau (Schwartz, L. Labbé, Berger), |

er

© opération de Trendelenburg, SARA multiples des sa- phènes internes et externes et extirpation des grosses tumeurs variqueuses (Schwartz), jusqu’à l’amputation,

ultima ratio, très rare, surtout s’il y a des lésions osseuses

- (pratique de Schwartz) que nous trouvons déjà indiquée par Nélaton dans les mêmes conditions et que nous avons

entendu à nouveau préconiser dans un de ses COUTS par.

notre maître aimé, M. Pierre Duval, en considération notamment de la raison donnée plus haut par M. Reclus. Signalons encore, nous y reviendrons, que M. Léon Le

Fort, dans les ulcères tendant à la cicatrisation, l’active

parfois par la chaleur rayonnante d’un réchaud à main, mais, dit-il, exceptionnellement, car généralement le diachylon suffit. |

Enfin à la même époque, notre maître M. Quénu emploie

les pansements boriqués à demeure, puis après détersion,

les compresses imbibées de sulfate de cuivre à 1 p. 100. (Le sulfate de cuivre avait déjà été indiqué par Lasègue en . ri 7 ’

bains de pieds). Renouvellement tous les trois jours. Par

dessus une bande de caoutchouc, moyen de compression — beaucoup plus efficace que les moyens ordinaires. Si le malade souffre on emploie le sulfate de cuivre à 1 p. 200 et au besoin on ne l’applique qu’une partie de la journée. M. Quénu est guidé dans cette thérapeutique par la néces-

= | sité de répondre à une triple indication : 1° antisepsie, pour = éviter les altérations causées par l’infection locale ;

2° Compression régionale pour combattre l’œdème et la stase veineuse ;

3° Excitation des éléments cellulaires devenus atones par

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Sécutives aux varices des gros troncs nerveux. À Or ceci est très intéressant : les deux premières indica- ‘ions, nous les avons vues, en effet, formulées en germe au moins dans le mémoire de Desault ; mais la troisième est une indication nouvelle, née des travaux de M. Quénu. L’ulcère variqueux est une lésion trophique ; suivant la phrase classique de Broca : « D’artères à veines, de veines à nerfs, et, a-t-on ajouté, de nerfs à à peau, il y a échange réciproque de mauvais procédés. » Dès lors on va s ’efforcer d’agir sur la trophicité et certains des moyens chirurgicaux indiqués ne semblent pas en somme avoir d’autre action.

D'autre part, sous l’inspiration de ces idées, M. Quénu

recherche un médicament trophique (Thèse de Blanc, 1887- 1888. Du traitement des ulcères variqueux par le sulfate de cuivre). S’inspirant des procédés des botanistes pour les

cultures végétales, il recherche un corps de composition

appropriée, contenant par exemple du soufre et s’arrête au sulfate de cuivre qui donne effectivement des résultats excellents.

Dès lors, sous l’impulsion de ces idées, on s’appliquera de plus en plus à découvrir une.thérapeutique agissant sur les «éléments cellulaires devenus atones » et c’est toute une série de nouveaux traitements par les agents physiques : Le massage (Erdinger), l'air chaud plus récemment (Dau-

bas, Sigwalt, G. Marquis, Leporcq), la chaleur ayant déjà

été employée, nous l’avons vu, par M. Reclus sous forme de lotions antiseptiques à 50, 55°, par M. Le Fort (chaleur rayonnante). Les procédés chirurgicaux s’inspirent de cette idée, le dernier venu notamment : raccourcissement du

suite des troubles d'irrigation et des lésions nerveuses con-

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