LEPAGE, BROCA
A MES MAITRES de l'Hôpital Saint-Joseph MM. les D* MAYET, LE ROUX, MERIGOT DE TREIGNY, MONNIER, MESLAY
INTRO DUCTION
Dans un article du « Bulletin de Thérapeutique » de 1879, Trastour. pose cette question: & La Thérapeutique est-elle vraiment impuissante contre Le Rhum tèsime articulaire chronique? » Il cite les travaux de Charcot, de Besnier, qui laissent une impression décourageante. Trastour s'élève contre cette impression. et prouve, par des observations concluantes, que les rhumatisants, obligés de se mouvoir par nécessité, ont de grandes chances de quérir ou d'améliorer leur triste situation. & Remuer malgré la douleur, la guérison est à ce prix. » Telle est la maxime qui résume son intéressant travail. 5
Dépuis cette époque, la Physiothérapie a fait des progrès remarquables : on a mieux étudié l'application de l’exercice aux maladies chroniques.
Le D' Lagrange, dans des publications nombreuses, a montré qu'on pouvait doser le mouvement comme un médicament, Le localiser à volonté, en varier la forme, l’amplitude, le degré d'énergie, de façon à l’adapter à la résistance de chaque sujet. D'autre part, certaines
stations thermales se sont spécialisées pour le traite: ment du Rhumatisme chronique. À Dax, à St-Amand, on utilise les boues minérales à haute température; dans les villes d'eaux salines ou sulfureuses, on obtient d'excellents résultats par Fhydrothérapie chaude, associée au massage et à la mobilisation méthodique. On peut donc dire aujourd hui, en réponse à la question de Trastouwr « La thérapeutique du Rhumatisme «rticulaire chronique dispose. d'agents physiques puissants et nombreux que l’on peut associer pour le plus grand bien des malades. »
Parmi les stations thermales où l’on soigne avec succès le Rhumatisme articulaire chronique, nous pouvons mentionner un grand nombre de chlorurées sodiques: Bourbon-Lancy (45 à 58°), Bourbon-l’Archambault (25°), Bourbonne-les-Bains (55°), Balaruc (48°), Luxeuil (21° à 52°), etc. Les travaux du professeur A. Robin ont bien mis en lumière l’action des bains salés; ils produisent une révulsion. intense au niveau de la peau, et cette excitation cutanée, répercutée sur les centres nutritifs, active toutes les secrétions et produit sur tout l'organisme un effet à la fois stimulant et reconstituant. L'augmentation des oxydations et des échanges organiques est d'autant plus accentuée que l'eau est plus minéralisée.
Or, nous possédons sur nos côtés un immense réservoir deai chlorufée sodique, que l’on n'utilise pas assez: c’est l’eau de mer, lé type du genre d'après H ayem. Déjà Fonssagrives disait: @ L'eau de mer est un admirable médicament que lon dédaigne à cause de son
abondance. Si par impossible le bassin des mers se tarissait et qu'il ne restât çà et là que quelques griffons de cette eau, les malades y courraient comme ils vont aux sources les plus en renom, »
Voici la composition de l'eau de la Manche, d'après Schiceiteer :
Chlorure de Sodium ............... 27gr 25 Gur de Potassium. 5:27 0;\#)7o — de Magnésium .....,.. ROUE FORMES TO Sulfate de Magnésie ............... 2e D SSP SR NE 1, 00 Carbonate dé Chaux. .............. 0. 03 Bromure de Potassium............. 0, 02 Éd spin 221, 5e 0
35gr.900 par litre.
L'eau de mer contient de plus, des traces de fer, d'io- de, de manganèse, de borates, de silice, d'argent, de cuivre, etc...
Cette analyse nous montre que l'eau de mer se classe parmi les eaux chlorurées sodiques fortes, dont elle possède tous les éléments minéraux: elle contient 31 gr. de résidu salin dont 24 gr. de sel marin, tandis que Balarue, par exemple, wa que 9 gr. de résidu dont T gr de chlorure de sodium. Outre sa richesse en sels divers, elle renferme une énorme quantité de matières végétales et animales (algues, animalcules) en transformation constante. Nous ne pouvons que soup-
conner les forces électriques, rédioactives, etc, déga-
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gées par la dissociation de la matière sous l'influence de cette vie intense. Quoi qu'il en soit, nous possédons dans l’eau de mer-une eau minérale de premier ordre, susceptible de recevoir les mêmes applications que les eaux similaires.
Mais pour ce qui concerne le traitement du rhumatisme articulaire -chronique,-la composition ou la nature des eaux ne fait pas tout: il faut tenir compte dun autre élément très important : la thermalité.
De tout temps on « employé la chaleur pour soulager les rhumatisants. Hippocrate ét Galien en vantent les effets; les Arabes chauffaient cèes malades dans des fours de boulanger: Ambroise” Paré appliquait des briques chaudes sur les articulations douloureuses. Aujourd'hui, on utilise les bains de sable chaud, dair chaud, etc. A Saint-Amand, où les boues ne sont qu'à 26°, on est obligé d'élever artificiellement leur température. Bref, pour appliquer l’eau de mer à la cure du rhumatisme chronique, il faudra la chauffer, ce qui ne lui enlève nullement ses qualités et nous dote d'un agent thérapeutique très puissant.
Depuis treize ans, à l’Institut Marin de Roscoff (Finistère), on traite le rhumatisme articulaire chronique par l’'Hydrothérapie marine chaude, associée à divers agents physiques, tels que la chaleur sèche et Le mouvement; nous nous proposons, dans ce travail, d'exposer avec soin la méthode employée, ainsi que les résultats obtenus. Mais une question préalable se pose: Peut-on envoyer, sans danger, les rhumatisants se soigner au bord de la mer? On pourrait répondre a priori
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que l'expérience faite à Roscoff depuis longtemps, et sur un grand nombre. de malades, est concluante, D'autre part, il est facile de constater que les populations maritimes me fournissent pas plus de rhumatisants que les citadins, bien au contraire, Bien plus, on ren-. contre souvent des sujets chez qui le simple séjour au bord de la mer, uméliore des rhumatisines survenus dans les villes.
Cependant, l& question est complere et mérite un
examen plus approfondi.
Le climat marin, quoique présentant des caractéristiques générales (constance de lempérature, pression
barométrique élevée, etc.) varie beaucoup d'une région
. à l'autre et même d'une localité à l’autre, suivant l’é-
loignement de la mer, l'exposition, l'altitude, la direction des vents (modifiés par des abris naturels) la nature du sol, ete. Le rhumatisant est surtout sensible
à trois facteurs:
1° A l'humidité pénétrante, telle qu'on la rencontre près des prairies ou des rivières, où elle se traduit d'une manière tisible par une buée épaisse le soir el le
ali, 2° Aux variations brusques de température.
3° A certains rents, spécialement lés vents d'est dans nos pays, parce qu'ils sont violents et froids. Or, à Roscoff, surtout-pendant la saison d'été, l'humidité n'est pas considérable, car le sol est perméable et un rayon de soleil suffit à sécher la terre, La températu-
re est presque constante et très lempérée: les oscilla-