FIN DE LA TABLE ANALYTIQUE
Le lymphatisme n’est pas, à proprement parler, une maladie. Bien plus, on pourrait dire que pendant l’énfance il constitue chez beaucoup de sujets une phase de l’évolution de l’individu et qu’il est, en réalité, un état normal mais transitoire.
A celte période de l’existence qui représente les premières années de la vie, on observe, ainsi que le fait si bien remarquer M. Leloir, une dilatation constante des espaces lymphatiques situés dans le derme et l’hypoderme. Lçs troncs' faisant suite à ces espaces charrient de la lymphe en plus grande quantité, ils se dilatent. Les ganglions auxquels ils aboutissent s’hypertrophient. Cette dilatation, cette hypertrophie du système lymphatique, caractérisées cliniquement par une bouffissure générale du tissu cellulaire et un engorgement des ganglions, disparaissent ordinairement au bout de quelques années.
Lorsque cette disparition se produit, tout rentre dans l’ordre. Mais au contraire, lorsque ces engorgements persistent, alors le tempérament lympha-
lique est constitué. Ce n’est pas encore un état pathologique, à proprement parler, mais c’est une 1 prédisposition à des influences morbides.spéciaIes, J dont il est très important pour le médecin de savoir reconnaître la nature. Le tempérament lymphatique doit donc être considéré comme une sorte de 1 sentinelle d’avant-garde qui nous fera soupçonner I que l’enfant qui en est affligé est prédisposé à la tuberculose. Aussi est-il de la plus haute importance de bien savoir quels sont les signes exté- ? rieurs qui permetten t à un œil exercé de reconnaître immédiatement l’existence de la tare contitution- | nelle qui prend dans l’enfance le masque du lym- I phatisme pour se révéler ensuite dans l’âge adulte sous sa véritable face, avec le grand et effroyable cortège, qui accompagne les diverses manifestations de la tuberculose.
Nous allons donc examiner quels sont les caractères généraux du tempérament lymphatique et nous chercherons ensuite à les grouper tous sous deux chefs principaux qu’on pourra considérer comme les deux,types bien tranchés.
Caractères généraux. — Les sujets lymphatiques sont souvent gros; étant enfants, ils sont bouffis, mais si l’on palpe leur corps, on éonstate que les chairs sont flasques, sans résistance. Leur ventre est volumineux, mais c’est un embonpoint de mauvais aloi, et le public ne s’y trompe pas, il appelle cela de la mauvaise graisse.
L’habitus extérieur révèle dans les formes du corps un défaut d’harmonie qui frapperait l’œil le moins exercé. Ainsi, la tête sera beaucoup trop
grosse ou beaucoup trop petite pour le corps qui la supporte. De même lés membres seront trop longs ou trop courts. La taille peut présenter les variations les plus grandes. Elle peut être ou extrêmement grande ou très petite, ce qui fait-qu'on peut dire sans crainte de se tromper que les nains et les géants sont dès sujets lymphatiques. Chez les filles, les seins présentent souvent un développement précoce.
Cette disproportion dans l’harmonie des formes extérieures fait que ces individus paraissent, dans l’enfance, beaucoup plus âgés qu’ils ne le sont et qu’au contraire dans' l’âge adulte ils semblent plus jeunes.
Le développement exagéré des organes lymphatiques se manifeste surtout dans le système cutané. Aussi, les modifications dans le fonctionnement de la peau sont très intéressantes à étudier. D’une façon générale on peut dire tout d’abord qu’elle fonctionne mal, que la circulation sanguine y est très ralentie, ce qui fait qu’elle réagit très difficilement et qu’au toucher elle donne une sensation de moiteur froide. Ce défaut de calorification a encore une autre conséquence, c’est que sorts l’influence du moindre couranld’air, duplus léger refroidissement, du plus petit abaissement de température auxquels tout autre individu resterait insensible, on voit chez le lymphatique la peau du visage et des mains prendre un aspect marbré, violacé, noir bleuâtre, très caractéristique. Ce sont des gens qui ont toujours les extrémités « gelées » et qui, par suite, sont toujours frileux. Ils ont beau se réchauffer, dès qu’ils se retrouvent exposés au froid extérieur, ils
sont incapables de fournir la chaleur nécessaire pour lutter contre lui. Aussi ont-ils toujours des engelures soit aux mains, soit aux pieds.
Cet état d’atonie de la circulation sanguine périphérique a encore pour résultat de donner à la peau une sensibilité spéciale en même temps qu’une résistance absolument nulle. Ainsi le moindre attouchement, la plus faible pression détermine chez ces individus une douleur qui serait comparable à celle d’une forte contusion chez des sujets robustes. La peau présente si peu de vitalité que, chez les petites filles à qui l’on a percé les- oreilles pour leur mettre des boucles d’oreilles, le simple poids de celles-ci détermine peu à peu une fente verticale du lobule qui le séparerait en deux si l’on n’enlevait pas le bijou. On peut ainsi percer le lobule en divers endroits et le même fait se reproduit chaque fois. A côté de cela, la dilatation exagérée des vaisseaux lymphatiques superficiels et profonds, jointe à la mollesse des tissus gorgés de lymphe, rendra compte de la. facilité avec laquelle se font les vergetures quand la peau aura été distendue soit par une croissance trop rapide, soit par une maladie, soit par la grossese. Les érosions cutanées seront pour les bacilles de vraies portes d’entrée où ceux-ci trouveront immédiatement un. terrain tout préparé pour leur développement. On comprenpra également que cet état de la peau favorise les affections cutanées catarrhales et par suite les engorgements ganglionnaires.
« C’est ainsi qu’on voit chez ces individus la lèvre supérieure hypertrophiée par suite d’un œdème mou qui tend à devenir dur. Ce qui est égalemënt
très constant, c’est l’existence d’éruptions qui, si elles ne sont pas des éruptions lymphatiques proprement dites, se rencontrent particulièrement chez les sujets atteints de ce tempérament. Ce Sont des impétigos chroniques localisés au pourtour des orifices muqueux; eczémas chroniques, en particulier les eczémas fortement suintant et non prurigineux siégant derrière les.oreilles, autour des yeux, du nez et s’accompagnant d’engorgements ganglionnaires; la cyanose et les engelures des extrémités, les rhinites aiguës ou chroniques; les angines catarrhales, surtout l’angine catarrhale superficielle d’Hamilton et l’angine mûriforme; certaines otorr’hées, blépharites ouconjoncliviteschroniqueseten particulier la conjonctivite plilycténulaire; certaines acnés polymorphes; les poussées érysipélaloïdes blanches dites des strumeux; la tendance aux adénopathies torpides survenant sous l’influence de la moindre excoriation des téguments. Toutes ces; affections se rencontrent biên, il est vrai, chez des sujets nullement lymphatiques, mais le lymphatisme esL un terrain qui prédispose à leur apparition. Ce qui caractérise le tempéramentlymphalique, c’est la coexistence de la plupart de ces affections sur un même sujet et leur évolution spéciale. » (Leloir.)
On voit donc que la caractéristique des dermatoses qu’on rencontre chez les lymphatiques c’est qu’elles sont banales, superficielles, n’entraînant jamais la destruction des tissus, disparaissant complètement au bout d’un temps variable en ne laissant après elle qu’un peu d’œdème mou ou dur. C’est un terrain prédisposant à la scrofule, mais
cela n’a rien de commun avec ce que l’on appelait autrefois la scrofule.
Les fonctions de nulrilion présentent un ralentissement énorme. Ainsi l’onconstate une diminution très notable dans la réduction de l’oxyhémoglobine dans les tissus. IIy a également augmentation d’acide oxalique dans le sang, ainsi que dans l’urine. Gréhant et Quinquaud ont montré que la moindre résistance des sujets lymphatiques tient à la diminution de la fonction respiratoire et par suite à une oxygénation incomplète des éléments du sang et à une insuffisance des oxydations. Cela explique pourquoi il y 'a, chez les lymphatiques, cyanose des extrémités et tendance au refroidissement. Le défaut d’oxygénation des tissus et leur moindre résistance rend compte de la facilité avec laquelle, ces sujets sont prédisposés aux catarrhes de toute espèce, aux impétigos, aux eczémas, à l’envahissement et à la pullulation des 'agents parasitaires. En outre, non seulement les microbes trouvent chez les lymphatiques un terrain de culture favorable, mais l’exagération des voies lymphatiques rend plus facile chez eux l’absorption des virus, des micro-organismes pathogènes en particulier, au niveau des espaces lymphatiques de la peau et des muqueuses. (Leloir.)
Caractères particuliers. — On peut distinguer deux types assez tranchés :
a. Lymphatiques mous, torpides. — Leur face est bouffie, d’une pâleur de cire. La lèvre supérieure est grosse, tuméfiée et donne aux traits un aspect