À QUI LE CHOIX
De qui dépendra le choix d'un époux ou d'une épouse ? Cette question présente une absurdité apparente, sinon réelle : comme si un tel choix pouvait appartenir à quelque autre qu'à la partie intéressée.
Les lois n'aui'aient jamais dû confier ce pouvoir aux pères : il leur manque deux choses essentielles pour* le bien exercer ; les connaissances requises pour un tel choix, et ime volonté dirigée au vrai but. La manière de voir et de sentir des pères et des enfants n'est pas la même ; Us n'ont pas le même intérêt. L'amour est le mobile de la jexmesse ; les vieillards ne s'en soucient guère : la fortune, en général, est une faible considération auprès des enfants ; elle absorbe toutes les autres chez les pères. Ce que veut le fils, c'est d'être heureux ; ce que veut le père, c'est qu'il le paraisse. Le fils peut vouloir saciifier tout autre intérêt à celui de l'amoxu- ; mais le père veut qu'il sacrifie cet intérêt à tout autre.
Recevoii' dans sa famUle un gendi-e ou une bni qui déplaît, c'est une circonstance fâcheuse pom' un père ; mais n'est-il pas bien plus cruel pour les enfants d'être privés de l'époux ou de l'épouse qui ferait leur bonheur ? Comparez les peines de paxt et d'autre : y a-t-il égalité ? Comparez la dm'ée probable de la carrière du père et du fils ; voyez si vous devez sacrifier celle qui commence à celle qui finit. — Voilà poui- le simple di'oit d'empêcher. Que serait-ce si, sous le masque d'un père, un tjTan impitoyable pouvait abuser de la douceur et de la timidité de sa fille, pour la forcer d'unir son sort à un époux détesté ?
Les liaisons des enfants dépendent beaucoup des pères et des mères. Cela est vrai en partie pour les fils, et entièrement poiu- les
filles. Si les parents négligent d'user de ce droit, s'ils ne s'appliquent pas à diriger les inclinations de leur famille, s'ils abandonnent au hasard le choix de leurs connaissances, à qui doivent-ils se prendre des imprudences de la jeunesse? Au reste, en leur étant le pouYoii' de gêner et de forcer, il ne faut pas leur ôter celui de modérer et de retarder. On peut distinguer deux époques dans l'âge nubile. Pendant la première, le défaut de consentement des parents suffli-ait pour annuler le mariage. Pendant la seconde, ils auraient encore le droit de retarder de quelques mois la célébration du contrat. Ce temps leur serait donné pour faii'e valoir leurs conseils.
n existe une coutume bien singulière dans un pays de l'Europe renommé par la sagesse de ses institutions. Le consentement des pères est nécessaire aux mineui's, à moins que les amants ne puissent faire cent lieues avant d'être atteints. Mais s'ils ont le bonheur d'arriver dans un certain village, et de faire prononcer à la minute une bénédiction nuptiale par le premier venu, qui ne leur fait aucune question, le mariage est valide, et l'autorité paternelle est déjouée. Est-ce poui- l'encouragement des aventmiers qu'on laisse subsister un privilège de cette nature? Est-ce un désir secret d'afFaibHi* le pouvoir des pères, ou de favoriser ce qu'on appelle ailleui's des ^nésalliatices"?
SECTION YI.
COMBIEÎf DE CONTRACTAÏîTS ?
Entre combien de personnes ce contrat doit-il subsister à la fois ? En d'autres termes, doit-on tolérer la polygamie ? La polygamie est simple ou double. La simple est ou po?(/^î/n{e, multiplicité d'épouses, ou polyandrie, multiplicité d'époux.
La polygynie est-elle utile ou nuisible ? Tout ce qu'on a jamais pu dii'e en sa faveur se rapporte à certains cas particuliers, à certaines circonstances pasagères, lorsqu'un homme par les maladies de sa femme serait privé des douceurs du mariage, ou lorsque, par sa profession, il serait obligé de diviser son temps entre deux demeures, comme un patron de vaisseau, etc.
Qu'un tel arrangement fût quelquefois convenable à l'homme, cela se peut ; mais il ne le serait jamais aux femmes. Pour chaque homme favorisé, il y aurait toujours deux femmes dont les intérêts seraient saciifiés.
1° L'effet d'ime telle licence serait d'aggraver l'inégalité des conditions. La supériorité de richesses n'a déjà que trop d'ascendant, et cette institution lui en donnerait davantage. Tel riche, traitant
avec une fille sans fortune, se prévaudrait de sa position pour se ménager le di-oit de lui donner une rivale. Chacune de ses femmes se trouverait réduite à la moitié d'un époux, tandis qu'elle aurait pu faire le bonheur de tel homme qui, en conséquence de cet arrangement Loi que, est privé d'une compagne.
2° Que deviendrait la paix des familles? Les jalousies des épouses rivales se propageraient parmi leurs enfants. Ils formeraient deux partis opposés, deux petites armées, ayant chacune à leur tête une protectrice également puissante, au moins par ses droits ; quelle scène î quelles contentions ! Quel acharnement ! Quelle animosité î De l'afiaiblissement des nœuds fraternels résulterait un affaiblissement pareil dans le respect filial. Chaque fils verrait dans son père le protecteur de son ennemi. Tous ses actes de bonté ou de sévérité, interprétés par des préventions opposées, seraient attribués à des sentiments injustes de faveur ou de haine. L'éducation de la jeunesse serait ruinée au milieu de ces passions hostiles, sous un système de favem' ou d'oppression qui corromprait les ims par la rigueur et les autres par Tindulgcnce. Dans les mœurs orientales, la polygamie siibsiste avec la paix ; mais l'esclavage prévient la discorde : un abus en pallie un autre ; tout est tranquille sous le même joug.
n en résulterait poiir le mari un accroissemont d'autorité. Quel empressement à le satisfaire ! Quel plaisir de devancer sa rivale dans un acte qui doit plaire à l'époux ! Serait-ce un mal ou un bien? Ceux qui par une basse opinion des femmes s'imaginent qu'elles ne sauraient être trop soumises, doivent trouver la polygamie admirable. Ceux qui pensent que l'ascendant de ce sexe est favorable à l'adoucissement des mœm-s, qu'il augmente tous les plaisirs de la société, que l'autorité douce et persuasive des femmes est salutaire dans la famille, doivent trouver cette institution trèsmauvaise.
Il n'est pas besoin de discuter sérieusement la polyandrie ni la polygamie double. On aurait même trop dit sur le premier point, s'il n'était bon de montrer les véritables bases sur lesquelles les mœurs sont assises.
SECTIOX VU.
AVEC QrELLES FORMALITÉS ?
Les formalités de ce contrat doivent se rapporter à deux objets : 1° Constater le ftiit du consentement libre des deux parties et de la légitimité de leur union. 2° Notifier et constater la célébration du mariage pour l'avenir. Il faut de plus exposer aux deux parties
contractantes les di'oits qu'elles vont acquérir, et les obligations dont eUes vont se charger d'après la loi.
La plupart des peuples ont niis une grande solennité à cet acte, et il n'est pas douteux que des cérémonies qui frappent l'imagination ne servent à imprimer dans l'esprit la force et la dignité du contrat.
En Ecosse, la loi, beaucoup trop facUe, n'exige aueime formalité. Il suffit, poui- rendi-e un mariage valide, d'ime déclaration réciproque de l'homme et de la femme, en présence d'un témoin. Aussi est-ce sur la frontière d'Ecosse, dans un village nommé Gretmi-G-reen, que les mineurs d'Angleterre, impatients du joug, vont s'émanciper par im hymen impromptu.
En instituant ces formes, il faut éviter deux dangers : 1° Celui de les rendre assez embarrassantes poiir empêcher un mariage lorsqu'il ne manque ni liberté de consentement, ni connaissance de cause. 2° Celui de donner aux personnes qui doivent concourir à ces formalités le pouvoir d'abuser de ce di-oit, et de s'en servir à quelque mauvaise fin.
Dans plusieurs pays, U faut s'ennuyer longtemps dans le vestibule du temple avant d'arriver à l'autel. Sous le titre de fiancés, on porte les chaînes de cet engagement sans en avoir les avantages. A quoi sert ce hors-d'œuvi'e, qu'à multiplier les embarras et à tendre des pièges ? Le code Frédéric est bien chargé à cet égard de contraintes LautHes. Le droit anglais, au contraire, a embrassé, pour cette fois, le parti de la simplicité et de la clarté. On sait à quoi s'en tenii'. On est marié ou on ne l'est pas.
PRINCIPES