DISCOURS PRELIMINAIRE. XV
commune, ceux qui s'accordent sont toujours prêts à se diviser, ceux qui disputent ne tendent pas à se réunir : chacun, n'ayant que sa raison personnelle, ne gagne rien sur son antagoniste, et l'accusation réciproque d'opiniâtreté ou de mauvaise foi termine presque toujours une controverse d'opinions par une antipathie de sentiment.
S'il existe, comme on n'en peut douter, un intérêt commun dans les sociétés nationales et dans la grande société du genre humain, l'art d'établir l'unité de poids et de mesures en morale ne sera que l'art de découvrir cet intérêt commun, et l'art du législateur consiste à le rendre dominant par l'emploi des peines et des récompenses.
Cet intérêt commun ne peut se manifester que par l'étude approfondie du cœur humain. Comme ou cherche les vérités physiques dans l'observation des phénomènes de la nature, il faut chercher les vérités morales dans les sentiments de l'homme. Cette recherche expérimentale, conduite méthodiquement, produirait deux nouvelles sciences : l'une que M. Bentham appelle pathologie mentale, l'autre dynamique spirituelle.
La pathologie mentale consiste à étudier la sensibilité de l'homme considéré comme être passif, c'est-à-dire comme soumis à l'influence de divers objets qui lui font éprouver des impressions de plaisir ou de peine. L'auteur a jeté les fondements de cette science dans le catalogue des peines et des plaisirs, et dans celui des circonstances qui influent sur la sensibilité.
La dynamique est la science des forces motrices : la dynamique spirituelle serait donc la science des moyens d'agir sur les facultés actives de l'homme. L'objet du législateur étant de déterminer la conduite des citoyens, il doit connaître tous les ressorts de la volonté; il doit étudier la force simple et composée de tous les motifs ; il doit savoir les régler, les combiner, les combattre, les exciter ou les ralentir à sou gré. Ce sont les leviers, les puissances dont il se sert pour l'exécution de ses desseins.
Ces deux sciences ont une correspondance marquée dans la médecine. Il favit d'abord étudier l'être passif, l'état physique de l'homme, et toutes les variations que cette machine animée peut éprouver par l'influence des causes internes ou externes. Il