P. Parvenu à un certain point, la répartition
* Cest à ce chef qu'il faut rapporter le mal du gros jeu. Que les chances en fait d'argent soient égales, les chances en fait de bonheur sont toujours défavorables. Je possède mille liv. L'enjeu est de cinq cents. Si je perds, ma foi'tune est diminuée de moitié : si je gagne, elle n'est augmentée que d'un tiers. Supposons l'enjeu de mille livres. Si je gagne, mon bonheur n'est pas doublé avec ma fortune : si je perds, mon bonheur est détruit, je suis dans l'indigence.
rend les quotes 'parts i?npalpahles. La défalcation faite à la masse du bonheur devient nulle.
4. P. ^ fortunes inégales , la défalcation en bonheur produite par une défalcation en richesse y serait d'autant moindre que la distribution de la perte serait faite de manière à les rapprocher le plus possible de régalité. (Abstraction faite des inconvéniens attachés à la violation de la sûreté.)
Les gouvernemens, profitant du progrès des lumières, ont favorisé à plusieurs égards les principes de l'égalité dans la répartition des pertes. C'est ainsi qu'ils ont mis sous la sauve-garde des lois ces bureaux à' assurance, ces contrats si utiles, par lesquels les particuliers se cotisent d'avance pour faire face à des pertes possibles. Le principe de l'assurance, fondé sur un calcul de probabilités, n'est que l'art de distribuer les pertes sur un assez grand nombre d'associés, pour les rendre très légères et presque nulles.
Le même esprit a dirigé les princes , lorsqu'ils ont dédommagé, aux dépens de l'état, ceux de leurs sujets qui avaient souffert , soit par des calamités publiques, soit par les dévastations de la guerre. Rien de plus sage et de mieux entendu à ' cet égard que l'administration du grand Frédéric. C'est un des plus beaux points de vue sous lesquels on puisse considérer l'art social. y
On a fait quelques tentatives pour indemniser
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les particuliers des pertes causées par des délits de la part des malfaiteurs. Les exemples de ce genre sont encore très rares. C'est un objet qui mérite l'attention des législateurs , car c'est le moyen de réduire presque à rien le mal des délits qui attaquent la propriété. Mais ce système doit être modifié avec beaucoup de soin pour ne pas devenir nuisible. Il ne faut pas favoriser l'indolence, l'imprudence, qui négligeraient les précautions contre les délits, dans la certitude d'en obtenir un dédommagement; et il faut encore plus redouter la fraude , les connivences secrètes , qui supposeraient des délits et les feraient naître pour usurper l'indemnité. L'utilité de ce remède dépendra donc de la manière dont il sera administré. Mais il n'y a qu'une indifférence coupable qui puisse rejeter un moyen si salutaire, pour s'épargner la peine d'en séparer les inconvéniens.
Les principes que nous avons posés pourraient également servir à régler la distribution d'une perte entre plusieurs personnes chargées d'une responsabilité commune. Si leurs contributions respectives suivent la quantité respective de leurs fortunes , leur état relatif sera le même qu'auparavant; mais si l'on veut saisir cette occasion pour se rapprocher de l'égalité, il faut adopter une proportion différente. Les imposer tous également sans égard à la différence de leurs fortunes, ce
serait un troisième plan, qui ne s'accorderait ni avec l'égalité ni même avec la sûreté.
Pour mettre ce sujet dans un plus grand jour, je vais présenter un cas composé où il s'agit de décider entre deux individus, dont l'un demande un profit aux dépens de l'autre. Il s'agit donc de déterminer l'effet d'une portion de richesse qui , pour passer dans les mains d'un individu en forme de gain , doit sortir des mains d'un autre en forme de perte.
1 . Prop. Entre des compétiteurs à fortunes égales , ce qui sera gagné par l'un devant être perdu par Vautre, la disposition qui laisserait la plus grande somme de honlieur serait celle qui favo- Hserait le défendeur à l'exclusion du demandeur.
Car, 1° la somme à perdre ayant un plus grand rapport à la fortune réduite que la même somme à la fortune augmentée, la diminution de bonheur pour l'un est plus grande que ne serait l'augmentation de bonheur pour l'autre. En un mot, l'égalité serait violée par la disposition contraire. ( Voyez la note sur le jeu : le cas est exactement semblable.)
2° Le perdant éprouverait une peine d'attente trompée, l'autre est simplement dans le cas de ne pas gagner. Or, le mal négatif de ne pas acquérir n'est point égal au mal positif de perdre. ( S'il en était autrement, chaque homme éprouvant ce
ICfO PROPOSITIONS DE PATHOLOGIE.
mal pour tout ce qu'il n'acquerrait pas, les causes du malheur étant infinies, l'homme devrait se trouver infiniment malheureux.)
3° L'homme, en général, paraît être plus sensible à la douleur qu'au plaisir, même à cause égale : au point, par exemple, qu'une perte qui diminuerait d'un quart la fortune d'un homme, ôterait plus à son bonheur que n'y ajouterait peutêtre un gain qui l'augmenterait du double. '
2. P. ^fortunes inégales y si le perdant était le moins riche, le mal de la perte serait aggravé par cette inégalité.
3. P. Si le perdant était le plus riche, le mal fait par l'atteinte portée à la siïreté serait compensé en partie par le bien proportionné au progressait vers r égalité.
A l'aide de ces axiomes , qui ont jusqu'à un certain point le caractère et la certitude des propositions mathématiques, on pourra produire enfin un art régulier et constant d'indemnités et de satisfactions. Les législateurs ont montré assez sou-
* Il ne s'ensuit pas que la somme du mal l'emporte sur celle du bien : non-seulement le mal est plus rare, mais il est accidentel, il ne découle pas comme le bien de causes constantes et nécessaires; et jusqu'à un certain point il est en notre pouvoir d'éloigner le mal et d'attirer le bien. Aussi un sentiment de confiance au bonheur prévaut sur la crainte dans la nature humaine. On le voit par le succès des loteries.
vent une disposition à suivre les conseils de l'égalité, sous le nom à'éqtiUéy auquel on donne plus de latitude qu'à celui àe justice : mais cette idée d'équité vague et mal développée a plutôt semblé une affaire d'instinct que de calcul. Ce n'est qu'avec beaucoup de patience et de méthode qu'on parvient à réduire en propositions rigoureuses une multitude incohérente de sentimens confus.
DE LA SURKTE.