‹ Traités de législation civile et pénale; ouvrage extrait des manuscrits de Jérémie BenthamChapitre 66 sur 125 · I()4 Ï>E LA SÛRETÉ · texte numérisé non relu

I()4 Ï>E LA SÛRETÉ

embûches. Il faut au législateur une vigilance toujours soutenue, une puissance toujours en action pour la défendre contre cette foule renaissante d'adversaires.

La loi ne dit pas à l'homme : Travaille , et je te récompenserai i mais elle lui dit : Travaille ^ et les fruits de ton travail , cette récompense naturelle et suffisante que sans moi tu ne pourrais conserver, je t'en assurerai la jouissance , en arrêtant la main qui voudrait les ravir. Si l'industrie crée, c'est la loi qui conserve : si au premier moment on doit tout au travail , au second moment et à tout autre, on est redevable de tout à la loi.

Pour se faire une idée nette de toute l'étendue qu'il faut donner au principe de la sûreté, il faut considérer que l'homme n'est pas , comme les animaux, borné au présent, soit pour souffrir, soit pour jouir, mais qu'il est susceptible de peines et de plaisir par anticipation, et qu'il ne suffirait pas de le mettre à l'abri d'une perte actuelle , mais qu'il faut lui garantir autant que possible ses possessions contre les pertes futures. Il faut prolonger l'idée de sa sûreté dans toute la perspective que son imagination est capable de mesurer.

Ce pressentiment, qui a une influence si marquée sur le sort de l'homme, peut s'appeler attente, attente de l'avenir. C'est par elle que nous avons la faculté de former un plan général de con-

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ilnite : c'est par elle que les instans successifs qui composent la durée de la vie ne sont pas comme des points isolés et indépendans, mais deviennent des parties continues d'un tout. Vattente est une chaîne qui unit notre existence présente à notre existence future, et qui passe même au-delà de nous jusqu'à la génération qui nous suit. La sensibilité de l'homme est prolongée dans tous les anneaux de celte chaî^ne.

Le principe de la sûreté comprend le maintien de toutes ces attentes : il prescrit que les évènemens, autant qu'ils dépendent des lois, soient conformes aux attentes qu'elles ont fait naître.

Toute atteinte portée à ce sentiment produit un mal distinct, un mal spécial que nous appellerons peine d^attente trompée.

Il faut que les vues des jurisconsultes aient été bien confuses, puisqu'ils n'ont jamais donné une attention particulière à un sentiment si fondamental dans la vie humaine. A peine ce mot d'«^tente se trouve-t-il dans leur vocabulaire. A peine trouverait- on dans leurs ouvrages un argument fondé sur ce principe. Ils l'ont suivi sans doute à beaucoup d'égards , mais ils l'ont suivi par instinct plus que par raison. S'ils avaient connu son extrême importance , ils n'auraient pas manqué de le nommer , de le signaler, au lieu de le laisser dans la foule.

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