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ARTICLE II

De futilité des exhumations pour éclairer le# questions relatives aux blessures.

Les observations suivantes feront ressortir mieux que tous les raisonnemens l’utilité des exhumations

dans les questions relatives aux blessures ; on verra que, même long-temps après la mort, il a été possible de constater des lésions graves de l’utérus, la section du tronc, la présence d’épingles dans l’abdomen, etc.

La femme Herpe, morte le I er août 1829, après être accouchée, fut inhumée le lendemain dans le cimetière de Ghatellaudren (Côtes-du-Nord). Le cadavre fut exhumé le 14 du même mois , à deux heures, douze jours après l’inhumation, dans le but de déterminer si la mort pouvait être le résultat de manœuvres imprudentes exercées par la sage-femme.

- Après avoir reconnu l’identité, le cadavre fut porté sur une pierre tombale : le drap de lit qui l’enveloppait était de couleur naturelle, excepté la partie antérieure et supérieure du col et de la poitrine, où il était d’un brun foncé et couvert de larves. La chemise est en toile neuve, et marquée de la lettre E, Le visage est recouvert par les bords de la coiffe qui enveloppait la tête ; il est tuméfié et d’un brun foncé à sa moitié supérieure, tandis qu’inférieurement la couleur est naturelle; la bouche est ouverte, et laisse voir la langue qui est tuméfiée, et qui s’avance vers les lèvres. Des gaz infects se dégagent des narines.

Le corps, d’un embonpoint assez considérable, est météorisé, et exhale une odeur très-fétide; la peau, de couleur naturelle, excepté sur les parties antérieures du cou et de la poitrine, sur la région pu-

bienne, à la partie interne des cuisses et antérieure des jambes , et dans toute l’étendue des bras, où elle est brune et présenté des phlyctènes considérables. Les mains et les pieds étaient dépouillés d’épiderme et d’ongles.

En incisant l’abdomen , il se dégage, beaücoup de gaz; les parois abdominales offrent au moins un pouce de tissu graisseux ; les muscles de cette région sont pâles et infiltrés. Le péritoine et les intestins nous ont paru sains dans la plus grande partie de leur étendue; il y avait environ trois onces d’une sérosité rougeâtre dans la cavité du péritoine. Une des circonvolutions inférieures de l’iléon offre, dans l’étendue de quatre pouces à peu près, et à sa face externe et postérieure, une rougeur marquée; la portion de cet intestin qui s’ouvre dans le cæcum et le commencement de celuici, sont fortement phlogosés.La partie inférieure du rectum est rouge et déchirée sur les côtés, à droite, dans l’étendue de deux pouces, et la déchirure comprend les deux tuniques séreuse et musculeuse; à gauche, la partie déchirée a qu-atre pouces de longueur, et la membrane séreuse seule est lésée. La partie posté- - rieure et inférieure de la vessie, près de son col, présente une ouverture de l’étendue de deux pouces. La eavité pelvienne est phlogosée dans toute son étendue, et contient , indépendamment des organes quelle renferme habituellement t i° un fœtus mâle d’environ trois mois ; le cordon ombilical, long de deux pouces, est séparé du placenta par une déchirure ; 2° une portion d’intestin grêle d’environ quatre pieds et demi,

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sortant par la vulve ; 3 ° Yutérus déchiré dans sa partie inférieure et dans une étendue de deux pouces : il est ovoïde, long de six pouces , large de deux ; son fond est tourné en bas; sa face externe est d’un gris foncé, et tient encore aux ligamens larges ; à l’intérieur , et surtout au fond, il est d’un rouge brun. Cet organe, ainsi que la portion d’intestin grêle dont nous venons de parler, sont dans le vagin, qu’ils ont franchi à la partie postérieure et supérieure , où l’on voit une déchirure considérable.

Il résulte de ces recherches qu’une main imprudente et ignorante a exercé des tractions fortes et réitérées sur la partie postérieure et inférieure de l’utérus, et a entraîné ce viscère au dehors, et, par suite, la portion d’intestin iléon : l’ouverture pratiquée à l’utérus n’aurait été faite qu’après sa sortie de la vulve, puisque le fœtus était encore contenu dans sa cavité. ( Observation recueillie par le docteur Lemoine , de Saint-Brieuc. )

Jean Beaujouin, marinier, fut coupé en deux , et son corps ainsi séparé fut jeté dans la Loire. La partie supérieure du tronc fut chassée par les eaux depuis Tuffeaux, près Saumur, jusque vis-à-vis les bords de Saint-Sulpice ; la partie inférieure s’était arrêtée sur le bord du fleuve, à l’endroit même de la consommation du crime.

Examen de la partie supérieure du corps. Cette par-

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tie ayant été inhumée au cimetière de Saint-Sulpiee, fut exhumée quinze jours après (le 20 juin 181 5 ). Une cravate à carreaux rouges entoure lâchement le col et se croise antérieurement, mais sans nœud,* le gilet qui couvre la poitrine paraît en son ; entier ; il est tenu croisé par lagraffement de quelques boutons; au-dessous du gilet on remarque une portion de chemise qui a été coupée circulairement, mais d’un trait, vis-à-vis le bord inférieur du gilet ; le pourtour de la chemise dépasse un peu le gilet, et même très-exactement la circonférence du corps. ,

La tête est dépourvue, de cheveux , et les chairs qui recouvrent le crâne et la face sont noires et dévorées par la putréfaction ; les ouvertures nasales, oculaires et buccales déformées par la dissolution (1); cependant, et malgré un tel état de décomposition , on aurait pu , s’il en eût existé, constater de grandes Usions mécaniques. La boîte osseuse est intacte ; les chairs qui couvrent le col et le thorax sont également putréfiées; ici , comme, sur la tête, aucune trace de violence grave; on remarque au point où le thorax a été séparé en deux, une section circulaire, s’étendant d’arrière en avant, depuis le côté droit des dernières apophyses épineuses et vertèbres dorsales, jusqu’au côté gauche de ces mêmes apophyses, en passant successivement sur les côtés du thorax et ses faces antérieure et postérieure cette section, qui comprend toutes les parties

(i)' On sait que les cadavres se décomposent très-vite , lorsi qu’ils présentent des solutions de continuité.

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molles dans son épaisseur, est légèrement oblique d’arrière en avant et de bas en haut; la section de la partie postérieure qui intéresse la peau et les muscles sacrolombaires et long-dorsal", est nette et franche ; celle qui intéresse la pëau et les muscles du thorax; est coupée irrégulièrement, et comme festonnée : postérieurement , la peaii èst de niveau avec les muscles; antérieurement , la pèau est rétractée, coupée irrégulièrement; on remarque Une portion seulement des muscles droits, longue de six pouces environ, large de deux travers de doigt. Ce lambeau tient encore par deux digitations; il est recouvert par la peau. Ainsi se trouve à nu la voûte sous-diaphragmatique du thorax, sous laquelle on aperçoit l’oesophage, l’estomac, le duodénum, une portion du jéjunum avec son mésentère , longue de dix pouces, et le foie avec la vésicule biliaire ; ces parties étaient déjà dans un haut degré de putréfaction , surtout le foie qui était en putrilage ; la section du jéjunum était nette et faite d’un seul trait. Nulle trace de violence, excepté cette section de l’intestin , ne fut observée sur ces organes.

Il n’y avait aucune fracture, ni à la tête, ni à la poitrine , ni dans les membres; les organes enfermés dans la cavité pectorale étaient en putréfaction, ainsi que le cerveau et ses dépendances : la colonne vertébrale se trouve interrompue au-dessous de la troisième vertèbre lombaire; on remarque que la séparation a eu lieu dans lejibro-eartilage qui unit la troisième -vertèbre lombaire a ia quatrième. Les apophyses articulaires inférieures delà troisième vertèbre ont été cou-

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pées en totalité, ainsi qu’une très-petite portion des lames vertébrales; l’instrument tranchant a pénétré dans le milieu du fibro-cartilage, dont une légère couche tapisse encore la face inférieure de la vertèbre, excepté en avant et à droite, où on remarque une légère perte de substance, faite en dédolant.

Examen de lu partie inférieure. On a reconnu extérieurement trois blessures faites par un instrument piquant et tranchant. La première , divisant l’épiderme et une portion très-superficielle du derme , s’étendait transversalement de la colonne vertébrale jusqu’à la moitié de l’os des îles du côté gauche, près la lèvre externe de la partie postérieure de cet os ; une autre plus profonde, vis-à-vis l’articulation de la dernière vertèbre lombaire avec l’os sacrum ; la troisième, large d’environ deux pouces, pénétrant jusqu’à l’os droit des îles, dans le tiers postérieur de cet os, à deux pouces au-dessous de la lèvre externe. L’instrument qui a servi à opérer ces trois blessures a été porté vigoureusement clans cette dernière, suivant une ligne transversale , et ne s’est arrêté qu’àï’os. Il devait être de deux pouces de diamètre, à un pouce et demi au-delà de la pointe. Il était sans doute tranchant des deux côtés ; l’étroitesse égale des deux commissures de la plaie semble le démontrer. La séparation du tronc est trèsexacte , et n’a pu s’opérer que par le moyen d’un instrument tranchant, porté antérieurement avec précaution, suivant les probabilités les plus raisonnables.

Conclusions. Voici maintenant les principales conséquences déduites par M. Ouvrard, qui n’avait été

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chargé que de l’examen de la partie supérieure du tronc, de celle qui avait été exhumée au bout de quinze jours. i° La division du cadavre en deux parties a du et n’a pu être faite que par un instrument tranchant ; 2° cet instrument n’a dû et n’a pu être conduit que par une puissance intelligente : en comparant entre elles les sections antérieure et postérieure du tronc, on peut penser que les premiers coups ont été portés en avant, et que Beaujouin est tombé sous les coups multipliés qui lui ont ouvert le ventre : la séparation de la colonne épinière dans le fibro-cartilage intervertébral, de préférence au corps enfoncé de la vertèbre , suppose delà part de l’assassin ou des connaissances anatomiques, ou l’habitude de semblables désarticulations. Versé dans la connaissance de l’organisation , l’homme de l’art eût désarticulé la colonne épinière en coupant les ligamens vertébraux. Habitué par état à de telles séparations, l’assassin, ignorant les moyens d’inciser des vertèbres entre elles, a trouvé plus prompt et plus simple de couper les apophyses articulaires , à la manière des bouchers. C’est donc particulièrement sur cette classe d’hommes que doivent se diriger les regards de la justice.

Quelque temps après ce rapport, la vindicte publique dénonça hautement le nommé Simoine , boucher à Saint-Cleiment-des-Levées, comme auteur de l’assassinat; un procès criminel fut intenté contre lui, et il fut condamné à mort. (Méditations sur la chirurgie-pratique , par le docteur Ouvrard; Paris, 1828, page 204)

OBSERVATION 3® (l).

Le 25 mars 1822, je fus appelé à la chambre d’instruction du tribunal d’Amiens ; on me demanda s’il serait possible de retrouver les traces d’un délit sur un cadavre, d’un meurtre sur une femme enterrée depuis huit à neuf mois. Je répondis que, si le délit s’était commis sur les parties dures, il serait très-reconnaissable. Je n’avais point alors d’idées bien fixes sur la conservation des parties molles, après une aussi longue inhumation. ,

Je reçus ordre de me rendre en la commune de Folée-Condé , canton de Picquigny, arrondissement d’Amiens. On procéda devant le juge de paix du canton, et en nia présence, à l’exhumation d’une fille âgée de soixante-dix à soixante-douze ans, qui avait dû être d’une forte organisation lors de sa mort, arrivée en juillet 1821, dans la , saison la plus chaude de l’année. Le cadavre était enterré dans un endroit élevé, dans un sol argileux. Quand il fut apporté au jour, je fus frappé de la conservation des parties en général ; il n’avait point été ouvert. Trouvé à l’époque de la mort dans une cave, couché sur le ventre, et couvert d’un tonneau de grande capacité, mais vide, un officier de santé avait déclaré au juge de paix que le sujet avait été

(1) Communiquée par le docteur Routier, médecin à Amiens.

étouffé par le tonneau , et on ne fit point d’autres recherches.

Les chairs étaient fermes, la peau en général aussi ; il y avait quelques ecchymoses bien prononcées aux pommettes, au bord des lèvres, à la partie postérieure du col; là, l’épiderme était détaché, mais le derme n’étâit pointeri putrilage. Les muscles étaient rouges, fermes, bien distincts. A la tête, les cheveux étaient adhérens partout, excepté à la partie postérieure du crâne : sur toute l'étendue du tendon de l’occipital, il y avait une tuméfaction et une mollesse bien marquées; une fluctuation manifeste et la crépitation des pièces osseuses de cette région, firent soupçonner une lésion grave.

En effet, un coup de scalpel ayant divisé les tégumens putréfiés dans cet endroit seulement, laissa voir une large fracture avec enfoncement de l’os dans le cervelet. La portion d’os déprimée était carrée, et de deux pouces environ de diamètre ; elle comprenait la protubérance occipitale externe; complètement isolée du reste du crâne, elle avait pénétré dans la substance du cervelet après avoir déchiré les méninges. Le cervelet était réduit dans ce. lieu à un état de putrilage mêlé de sanie purulente et sanguinolente.

Cette disposition contrastait singulièrement avec celle du cerveau, qui, dans toutes ses parties , se trouvait comme dans l’état sain et de mort récente, offrant sa fermeté naturelle et son odeur propre.

Il a été reconnu que la victime avait été assommée avec le dos ou la partie postérieure d’une haché. La

pièce osseuse enfoncée dans le cervelet, s’est trouvée en correspondance avec la force de l'instrument vulnérant, lequel saisi chez le meurtrier, teint de sang et imprégné de cheveux, a porté l’évidence du crime dont il se déclara être l’auteur.

Il a été procédé à l’ouverture des cavités thoracique et abdominale. Les viscères y étaient dans un parfait état de conservation ; on a pu juger qu’ils étaient, en général, dans l’état sain lors de la mort, n’offrant aucun vice organique , aucun état morbide. Les poumons étaient gorgés d’un sang veineux, noir, dont les qualités physiques pouvaient bien encore se rencontrer. Le ventricule pulmonaire du cœur contenait aussi du sang veineux. Pour l’estomac , il était d’une conservation parfaite , ne présentant aucune tracé de désordre inflammatoire, d’induràtion ou autre cas morbide ; il contenait une assez grande quantité d’un fluide épais, qu’à ses qualités physiques, à son odeur surtout , on pouvait encore reconnaître pour un mélange de matières alihfles, en partie arrivées à l’état ehymeux.

OBSERVATION 4 e *

Nous soussignés, docteurs en médecine , etc., en vertu d’une ordonnance de M. Delahaye l’aîné, juge d’instruction près le tribunal de la Seine, nous sommes transportés le a 3 mai 1829, à six heures du matin, au cimetière du Père La Chaise, à l’effet d’assister à l’exhumation du cadavre d’un enfant inhumé depuis le mois de décembre 1828, de procéder, en

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présence du magistrat instructeur, de M. le substitut du procureur du roi ^ et de l’inculpé Bouquetière de l’enfant, à l’autopsie dudit cadavre, de faire toutes les recherches nécessaires pour constater à quelles causes on doit attribuer la mort, et notamment si elle ne serait pas due à un empoisonnement, et s’il n’existerait pas dans le canal digestif quelques corps étrangers.

La bière ayant été retirée de la fosse en notre présence, nous l’avons fait placer sur une table en plein air. Gette bière avait éprouvé des altérations assez remarquables. -Nous l’avons ouverte, et à son ouverture une odeur putride des plus fortes s’est fait sentir: nous avons combattu cette odeur presque insupportable par quelques aspersions d’eau chlorée.

Le drap qui avait servi à ensevelir l’enfant était pourri. Après en avoir enlevé les lambeaux qui restaient, et mis le cadavre à nu, nous avons reconnu, à quelques vestiges de l’urètre et du scrotum, qu’il était celui d’un enfant mâle, et à sa taille, qu’il pouvait être âgé de huit à dix mois.

Le cadavre était affaissé et peu volumineux. La peau du crâne et une très-grande partie de celle de la face étaient détruites par la putréfaction, et laissaient les es à nu. La putréfaction avait aussi détruit presque en entier la peau et les muscles de la partie antérieure de la poitrine, de telle sorte, que cette cavité était ouverte.

La peau de l’abdomen, jusqu’au-dessus de l’épigastre , était intacte ; celle de la partie antérieure du corps avait la couleur du bistre, et celle cle la partie postérieure était d’un brun-rougeâtre.

Les mâchoires étaient garnies de quelques dents 5 mais nous ne savons pas si la pousse de celles-ci avait eu lieu pendant la vie, ou bien si elles n’étaient apparentes que par suite de la destruction des gencives. Il n’existait plus des cheveux et des ongles que quelques débris.

Les organes contenus dans la poitrine étaient réduits en une sorte de putrilage d’un gris rougeâtre, d’un très-petit volume. Tout était confondu, et on remarquait à peine quelques vestiges des poumons.

Ouverture de l’abdomen. Comme dans la poitrine, il n’y avait dans cette cavité, à la place des viscères, qu’un très-petit volume de putrilage d’une couleur rouge, et situé de chaque côté de la colonne vertébrale.

Dans le flanc droit, immédiatement sous la peau, nous avons trouvé une épingle ordinaire, dont la pointe était tournéé vers l’extérieur du corps. Nous en avons trouvé une autre , entre les troisièmè et quatrième fausses côtes du côté gauche, ayant la même longueur et la pointe également dirigée vers l’extérieur du corps. Malgré toutes nos recherches, nous n’avons trouvé que ces deux corps étrangers.

Nous avons recueilli avec le plus grand soin tout ce qui était contenu dans la cavité abdominale, puis nous l’avons renfermé dans un vase, pour être soumis à une analyse chimique qui fera l’objet d’un rapport particulier.

On nous avait parlé d’une' hydrocéphale comme étant la cause de la mort de l’enfant Bouquet. Nous avons examiné avec le plus grand soin le cerveau;

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mais il était si diffluent, et ses enveloppes tellement altérées, qu’il nous a été impossible de rien reconnaître. L’enfant n’était probablement pas atteint de ce qu’on appelle hydrocéphale interne chronique , quieommence souvent avec la naissance, puisque nous n’avons reconnu ni grosseur extraordinaire de la tête, ni écartement des sutures, ni amincissement des os du crâne. Pour nous assurer si des épingles ne s’étaient pas engagées dans la peau des membres et du tronc, et enfin dans toutes les parties qui n’avaient pas, été détruites par la putréfaction, nous avons fait de nombreuses incisions qui n’ont rien produit; elles nous ont fait seulement reconnaître que toutes ces parties avaient éprouvé la saponification. .

Après avoir terminé toutes nos opérations, nous nous sommes retirés et avons rédigé le présent procèsverbal. ( Marc et Denis. )

Paris, 2,5 mai 1829.

L’analyse des matières a été faite par MM. Marc, Chevallier et Denis, en présence de M. le juge d’instruction et de l’inculpé Bouquet, et il n’a été trouvé dans ces matières aucune substance vénéneuse.

Nous soussignés, docteurs en médecine de la Faculté de Paris, domiciliés à Versailles, nous sommes transportés, le 29 juillet 1828, en vertu d’un réquisitoire de M. le juge d’instruction du tribunal de pre-

mière instance, séant à Versailles , à l’effet de procéder à l’exhumation d’os trouvés enfouis dans une cave, et de reconnaître : i°. si les os dont il s’agit appartiennent à l’espèce humaine ; 2°. s’ils sont ceux d’un homme ou d’une femme; 3 °. depuis combien de temps ils ont été inhumés ; 4°* l a taille du corps auquel ils appartiennent; 5 °. son âge , et autant que possible son signalement; 6°. enfin, de déterminer le genre de mort à laquelle il a dû succomber. Nous avons trouvé, en arrivant, M. le juge d’instruction et M. le procureur du roi, assistés du maire de l’endroit et du juge de paix d’Argenteuil, en présence desquels, après avoir prêté le serment voulu, par la loi, nous nous sommes livrés à l’examen dont nous consignons ici les détails.

Nous nous sommes rendus, accompagnés de ces magistrats, à une cave séparée par une cour peu spacieuse, de la maison qu’habitaient les deux frères Guérin. Là, M. le juge de paix d’Argent euil ayant levé en notre présence les scellés apposés depuis qüelques jours sur la porte et le soupirail de ladite cave , nous y sommes descendus et nous en avons examiné le sol qui est composé d’un terrain argiïeüx-ealcaire, blanchâtre , gras et humide. Nous avons trouvé entre le pied de l’escalier et le mur du fond de cette cave, dont le cintre est assez élevé , un espace d’environ six pieds et demi; le sol à cet endroit était affaissé de deux pouces et demi dans l’étendue de cinq pieds : le centre de cet affaissement était creusé à neuf pouces, de profondeur par un trou large de deux pieds et demi, et long de dix-huit pouces, sur le bord duquel

se trouvaient déposés quatre côtes sternales gauches, l’humérus du même côté , les quatre os qui constituent les deux avant-bras, et le second métacarpien gauche. Ce trou communiquait à une excavation en forme de voûte, qui s’était moulée sur la poitrine et le basventre, dont les parties molles , détruites et transformées en une couche peu épaisse d’un terreau noirâtre qu’on apercevait au fond, avaient laissé une cavité qui a mis à découvert, par son éboulement, le point où ces parties avaient été inhumées. Toute la portion iliaque de l’os de la hanche gauche ressortait au milieu d’une terre noire, grasse et pâteuse ; aucune odeur de putréfaction ne se manifestait ; celle qui résulte des produits de la moisissure était seule remarquable.

Nous avons procédé avec soin à l’enlèvement des premières couches du sol, et toutes les parties qui se trouvaient aux environs des os ont été retirées, soit à l’aide d’une petite pelle à feu, soit à l’aide d’un couteau de table et de la main. Alors nous sommes arrivés à une espèce de. terreau noir, savonneux, gras et humide, faisant éprouver entre les doigts la sensation que produit la terré glaise; imprégnée d’eau. Une assez grande quantité àe poils blonds frisés, mélangés et agglomérés dans l’espace de quelques pouces à ce terreau, nous ont indiqué, en avant des os pubis et dans l’intervalle des ischyons, l’endroit occupé par les parties génitales et l’anus.

Nous parvînmes ainsi à mettre à découvert dans toutes ses parties un squelette humain dont les pieds étaient tournés vers l’escalier, et la tête vers le mur

qui forme le fond de la cave. La fosse qui le contenait avait au plus dix-huit pouces de profondeur; le squelette y était placé légèrement incliné sur le côté droit, le dos tourné parallèlement au mur latéral ; de sorte que toute sa partie gauche occupait le point le plus saillant, et était recouverte à peine par quatre pouces de terre, tandis que tout le côté droit se trouvait le plus, profondément enfoui. Cette position oblique explique pourquoi l’humérus gauche et quelques côtes du même côté sont les parties qui se sont offertes les premières à celui auquel lé hasard a découvert l’enfouissement de ces os. Le sternum et l’appendice xyphoïde étaient séparés dés cartilages costaux, desquels nous n’avons rien retrouve, et occupaient la partie antérieure des vertèbres Correspondantes. La colonne vertébrale avait conservé tous ses rapports depuis la tête jusqu’au sacrum. Nous avons trouvé les deux genoux assez fortement portés dans l’adduction, pour que les rotules se correspondissent par leurs faces antérieures. Les os de la jambe avaient conservé tous leurs rapports, et étaient enveloppés vers le tiers infé s rieur par deux guêtres d’une étoffe de laine qui nous sembla être du drap ; leurs deux dessous de pieds, de cuir, n’avaient éprouvé aucune altération. Une assez grande quantité de poils courts et blonds adhérait sur les parties de ces guêtres qui avaient été en contact avec la peau de laquelle nous n’avons retrouvé aucun reste.

Voulant nous assurer de la taille de ce squelette qui se présentait à nous dans son état d’allongement natu-

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rel, nous l’avons mesuré à différentes reprises, du sommet de la tête à la face inférieure du calcanéum, et nous avons eu pour résultat quatre pieds onze pouces et demi.

N’ayant plus rien à examiner relativement à l’ensemble et à la position de ce squelette dans la fosse, nous en. avons retiré les différentes parties. Le crâne était entouré dans toute son étendue par une assez grande quantité de cheveux d’un blond cendré dont la longueur moyenne est de trois pouces. La mâchoire inférieure, largement écartée de la supérieure, reposait par sa base sur les vertèbres cervicales. Le corps de l’os hyoïde, séparé de ses branches, a été retrouvé à cet endroit. La tête, extraité de sa position, nous présenta : i° une fracture complète de l’apophyse zigomatique droite, qui en était séparée, et qui n’a pu être retrouvée ; 2 0 plusieurs fêlures à bords plus ou moins écartés, occupant les deux régions temporo,-parié-taies, et se continuant à la base du crâne, en passant par les conduits auditifs; 3° nous rèconnûmes en outre, et d’une manière très-distincte, sur la région temporo-pariétale droite, et dans les fosses temporale et zigomatique du même côté, des taches d’un rouge encore assez vif, qui nous parurent être le résultat de sang desséché et conservé dans cet état par les cheveux dont il était recouvert. L’un de nous, en cherchant à retirer l’omoplate droite, rencontra auprès de cet os lés restes d’une boucle de fer fortement oxydée, en contact avec un morceau de peau, renfermé luimême au milieu d’un tissu de toile pénétré de rouille.

Ces différens objets nous semblent avoir fait partie d’une bretelle. Nous retirâmes ensuite avec soin tous les os qu’il nous fut possible de rencontrer, et comme le lieu et le temps ne permettaient pas que nous pussions nous livrer à leur examen minutieux, nous mîmes dans un sac particulier, .scellé du cachet de la commune, la tête qui fut emportée par nous avec le plus grand soin. Un autre sac reçut les autres pièces osseuses, qui furent également cachetées et déposées au cabinet de M. le juge d’instruction.

Désirant apprécier à quel degré de décomposition étaient passées les parties molles, nous continuâmes nos recherches, et nous retirâmes, outre le terreau dont nous avons parlé, de larges plaques d’une matière grasse, savonneuse, occupant le fond de la fosse, et couverte aux endroits qui correspondaient aux omoplates, de quelques débris d’un linge grossier, qui nous semblent indiquer que le cadavre avait sa chemise lorsqu’il a été inhumé. Au milieu de ces produits de la décomposition, on rencontrait quelques débris plus secs, pluS consistans, qui se présentaient quelquefois par plaques assez résistantes, d’un blanc jaunâtre , d’un aspect fibreux, à lames disposées par couches , que nous considérâmes comme les détritus des ligamens intervertébraux, ainsi que des parties tendineuses et aponévrotiques. Les os, à leurs parties auxquelles correspondaient les fortes masses charnues, étaient recouverts par une espèce de terreau mou, comme-spongieux, d’un brun noirâtre, dans lequel on reconnaissait quelques restes d’organisation fibreuse.

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Ce terreau, qui adhérait faiblement à leur tissu compacte , était évidemment le résultat de la décomposition des muscles.

Nous bornâmes à ces recherches locales la première partie de notre opération, et le vendredi, premier août 1828, en présence du juge d’instruction et du ministère publie, nous procédâmes à un examen •plus détaillé des différentes pièces osseuses qui étaient à notre disposition. Nous avons en «conséquence remis en position tous les os qui ont été retirés de la terre, afin de les apprécier dans les rapports qu’ils ont entre eux., et dé les examiner isolément dans leurs détails.

La colonne vertébrale est complète; le corps de la cinquième vertèbre lombaire, déprimé et moins épais à droite, indique qu’à.une époque que nous ne pouvons pas assigner, cet os a subi cette espèce d’altération dans le rachitisme. Les. côtes sont parfaitement intactes; la onzième du côté droit n’a pas été retrouvée. Les trois pièces du sternum existent et ne sont nullement soudées entre elles.

Le bassin, dont le détroit supérieur est moins large à gauche qu a droite, présente dans les détails et dans l’ensemble des os qui le constituent, tous les indices qui se rapportent au sexe masculin. Ainsi, le peïi de-, vasement et la profondeur de cette cavité osseuse, comparés au peu de largeur de ses détroits, le rapprochement plus grand des tubérosités ischyatiques, la forme ovale des trous sous-pubiens, la hauteur des ; pubis et le peu de largeur de leur arcade, les fosses iliaques plus profondes, les cavités cotyloïdes plus

creuses et plus rapprochées de l’axe du corps, etc. ; tous ces caractères enfin, comparés à ceux que présentent les memes parties osseuses chez la femme, mettent hors de doute que le bàssin dont il s’agit est celui d’un homme. Le coccyx manque. Lés fémurs n’offrent rien de remarquable ; nous ne possédons que la rotule gauche. Les deux tibias présentent une conformation vicieuse, due à la même cause dont nous avons assigné l’action sur la cinquième vertèbre lombaire et sur le bassin. Ces deux os ont dû. éprouver un ramollissement qui a produit dans leur tiers supérieur une courbure déterminée par la pression exercée sur eux par le poids du corps; la courbure dont nous parlons, légère et assez peu remarquable sur les os de la jambe droite , est très-prononcée sur ceux de la gauche. Le tibia gauche présente dans son tiers supérieur une courbure considérable, dont la concavité répond en dedans et en dehors. Le péroné est recourbé dans le même sens. Il résulte de cette conformation anormale un raccourcissement de six lignes dans la longueur de ces os, soit qu’on les mesure réunis au tarse, soit qu’on les mesure isolément.

La clavicule gauche est de quatre lignes plus courte que la droite; même différence existe pour l’humérus gauche comparé à celui du côté droit.

En général, les os ont acquis tous les développemens qu’ils présentent dans l’âge adulte; leurs éminences d’insertion et leurs courbures naturelles sont fortement prononcées.- Toutes les épiphyses sont en-

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tièrement soudées, et ne laissent sur aucun os la moindre trace de séparation.

Les sutures, encore apparentes, ne sont nullement soudées ; leurs engrenures ont peu de profondeur 5 on voit de chaque côté de la suture coronale un os wormien de quatre lignes de diamètre, qui correspond à la partie moyenne du bord antérieur de chacun des deux pariétaux. La suture lambdoïde, dont les dentelures sont très-alongées, est formée par onze petits os wormiens d’un diamètre variable. L’occipital est entièrement soudé au corps du sphénoïde. Les traces d’union des os de la face sont encore très-distinctes.

Il existe seize dents à la mâchoire supérieure; les deux dents de sagesse sont au niveau de leurs alvéoles, et devaient être cachées par les gencives. Les deux incisives externes offrent, conjointement avec les canines qui leur sont contiguës, une perte de substance, d’où résulte dans leur émail une échancrure demi-circulaire, produite par leur frottement souvent répété contre un corps dur, que nous croyons devoir être le tuyau d’une pipe de terre. La mâchoire inférieure présente dans la disposition de ses dents quelques particularités qui peuvent donner des caractères d’identité remarquables. Trois incisives assez grêles restent encore; deux sont intactes ; celle qui avoisine la canine gauche est plus mince que les autres ; sa couronne est presque détruite par un point de carie apparent seulement en arrière, mais ayant diminué son niveau de plus d’une demi - ligne ; on ne retrouve dans l'os au-

cune trace de la quatrième. Deux canines très-fortes chevauchent sur les dernières incisives, et forment en avant une saillie assez considérable. Nous retrouvons à cette mâchoire, entre ces dernières dents et les petites molaires, l’échancrure inférieure qui complette par l’usure de ces dents, conjointement avec les supérieures correspondantes, l’ouverture circulaire dont nous avons déjà parlé, et qui nous a paru devoir résulter de l’usage de la pipe. La seconde petite molaire gauche, détruite en partie par la carie, laisse entre elle et la première grosse molaire une échancrure assez considérable ; la deuxième grosse molaire gauche a été extraite. La dent de sagesse droite est entièrement sortie; la gauche est encore dans son alvéole.

Il nous reste maintenant à décrire l’étendue, le nombre et la direction des fractures que nous n’avons fait qu’indiquer, lorsque la tête a été retirée de terre.

A la réunion des portions écailleuse et mastoïdienne de chacun des deux temporaux, existé une large fente qui produit à droite un écartement d’une demi-ligne, et s’étend de la partie antérieure du conduit auditif à langle dans lequel est reçu l’angle inférieur et postérieur du pariétal sur lequel elle se continue, en se portant en haut et en arrière où elle se termine , en décrivant une ligne courbe dans la suture sagittale, à sa jonction avec l’angle supérieur de l’occipital. La suture écailleuse du temporal est disjointe, et au-dessus d’elle se trouve à un pouce une petite fêlure qui, de la fente dont on vient de parler, se porte en avant et en bas sur le pariétal en gagnant son bord inférieur.

TBAIÎÉ

L’apophyse zygomatique de ce côté est rompue de sa base à son sommet qui a été désarticulé d’avec l’os de la pommette. Dans la fosse temporale, une fêlure occupe la grande aile du sphénoïde, depuis le temporal jusqu’à l’apophyse orbitaire de l’os malaire , en suivant la direction, et à six lignes environ de son point d’union avec le coronal ; la portion de la grande aile du sphénoïde qui s’articule avec l’apophyse orbitaire de l’os de la pommette, est disjointe et enfoncée vers l'orbite.

La région temporo-pariétâle; gauche est le siège de fractures plus larges-, plus nombreuses; et plus étendues; ces fractures vont, en quelque sorte, en se ramifiant du conduit auditif, qui est largement fendu, à toute la région pariétale. Ainsi, une seule fente à bords écartés monte de la partie la plus reculée de ce con doit, et divise perpendiculairement la portion écailleuse à la réunion de ses quatre cinquièmes antérieurs avec son cinquième postérieur ; elle se jette dans la suture écailleuse, se confond avec elle, reparaît ensuite deux lignes en avant, présentant le meme écartement, et monte, toujours verticalement, dans l’étendue d’un pouce, sur le tiers antérieur du pariétal, où elle se bifurque. De cette bifurcation, une fente moins écartée s’avance en montant sur le pariétal jusqu’à la suture frontale, qu’elle traverse pour se terminer sur l’os frontal. A dix lignes au-dessous cl’elîe, une fêlure secondaire se dirige parallèlement à la première sur la suture frontale, et circonscrit ainsi dans le pariétal une esquille quadrilatère jointe imparfaitement à l’os. Là branche postérieure de cette bifurcation n’est autre

1>BS EXHUMATIONS JURIDIQUES. 35^

chose que la continuation de la fente-principale, avec laquelle elle forme en arrière un angle droit , d’où se détache imparfaitement dû corps de l’os une- petite esquille quadrilatère de trois lignes. Cette fente dégénère bientôt en une fêlure qui continue à se porter en arrière en décrivant une ligne courbe, jusqu’à la bosse pariétale, d’où part une nouvelle bifurcation dont la branche supérieure va en diminuant, et s’arrête dans la suture sagittale à deux pouces et demi de foeeipital, tandis que l’inférieure offre line fêlure longue d’un-pouce et demi ,;.quijse porte uii peu eh bas et se termine dans le pariétal.

Nous allons maintenant reprendre lès fractures auprès des conduits auditifs* et les suivre dans les désordres qu’elles ont produits à la base du crâne, sous laquelle elles forment un Y, dont la pointe serait à l’ai'ticulation spbénoïdo- etbmoïdale i et- les. extrémités de chaque branche aux deux conduits auditifs qui nous ont servi de points de départ, dans l’examen que nous en avohs fiait de chaque côté de la boîte osseuse. La fracture droite divise llentrée; du conduitpauditif dans la direction, d’une ligne qui, de la base de l’apophyse mastoïde*. irait à la fissure glénbïdale, en suivant la direction du bord antérieur du-roeber , où elle, produit un écartement d’une demi-ligne, qui divise exactement à cet endroit la, portion pierreuse de la portion écailleuse; cette fracture Continue à marcher en avant et en dedans, traverse les trous sphéno-épineux. et maxillaire inférieur-, divise le bord de l’aile externe de l’apophyse ptérigoïde dans son tiers supé-

TRAITÉ

rieur, reparaît au fond de la fosse du même nom, et gagne son aile interne, redescend sur le corps du sphénoïde qu’elle brise transversalement dans son articulation avec l’ethmoïde; dè là, elle revient du côté opposé, en divisant obliquement le womer près de son bord supérieur, sépare l’aile gauche du sphénoïde, du corps de eet os, dans la direction de la rainure qui reçoit le womer, se jette dans le trou déchiré antérieur, reparaît entre le bord antérieur du rocher et la portion écailleuse, et se termine enfin au conduit auditif gauche, après avoir traversé la fosse glénoïde, dans la direction de la fissure, derrière laquelle une esquille pyramidale détachée du reste de l’os interrompt par sa base, dans l’étendue de deux lignes, la racine de l’apophyse zygomatique, qui concourt à for- i mer l’orifice de cê conduit.

Les divers points d’union qui existent entre l’oech pital et les temporaux ont été fortement ébranlés , et présentent un léger écartement.

De tous les faits qui précèdent, il résulte pour nous :

i°. Que le squelette dont il s’agit appartient à l’espèce humaine.

2°. Qu’il est du sexe masculin.

3 °. Quë sa taille est d’environ cinq pieds.

4 °. Qué, d’après l’état avancé de l’ossification^ il a dépassé vingt-cinq ans; mais qu’il nous est impossible de préciser au juste, d’après l’examen des os, l’âge que devait avoir l’individu auquel ils appartiennent, attendu que ces organes n’offrent, à cette époque de leur développement, aucun caractère assez tranche

DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. 35c}

pour que nous puissions nous prononcer plus affirmativement; que cependant, d’après 1 état des sutures et particulièrement des dents, on peut présumer que ce squelette, qui est celui d’un adulte, n’avait pas atteint cinquante ans;

5 °. Que, d’après la couleur des cheveux et des poils, la conformation des os du bassin, là déviation de là cinquième vertèbre lombaire , la courbure des os des deux jambes, et particulièrement de ceux de la gauche qui est de six lignes plus courte que l'autre, cet individu a été rachitique dans son enfance, et qu’il devait, sinon boiter, du moins feindre de l’extrémité inférieure gauche.

6°. Que toutes les fractures signalées à la tête sont le résultat de violences extérieures exercées sur les parois du crâne, au moyen d’un instrument contondant à large surface; qu elles ont été faites pendant la vie, ce qui paraît démontré par les taches de sang.que nous avons pu encore reconnaître sur l’os de la pommette droite, sur le temporal et au sommet de la fosse zygomatique du même côté ; que le nombre de ces fractures, leur grande étendue, leur siège, nous autorisent à établir que la mort a dû suivre immédiatement les blessures, par suite de la violente commotion qui a été communiquée au cerveau.

7°. Que le gissement de ce squelette dans sa fosse, particulièrement la position des avant-bras et des mains qui ont dû être fléchis et croisés sur la poitrine , indiquent qu’on a dû inhumer le cadavre avant que la rigidité se fût emparée de lui.

TRAITÉ

8°. Enfin, que, d’après l’aspect des parties molles entièrement passées au gras et réduites à une espèce de savon animal, l’absence de tout gaz fétide, d’après la nature et l’humidité du sol qui les renfermait, cette transformation a dû arriver plus rapidement que dans un milieu plus sec, et a pu s’effectuer dans l’espace de deux à trois ans au plus.

Fait à Versailles, le I er août 1828.

Signé, Laurent, Noble et Vitrx.

Un Piémontais nommé Bonino, ancien militaire, âgé de quarattte-six ans , s’était retiré dans un village situé aux environs de Montpellier. En iSad il disparut, et le bruit se répandit qu’il était allé en Espagne; mais bientôt une rumeur sourde prétendit qu’il avait été assassiné par une fille avec laquelle il avait vécu en concubinage , et par un nommé Dimont, que l’on savait être depuis long-temps d’intelligence avec elle, et qui, en effet, l’avait épousée neuf mois après la disparition de Bonino. Cependant plus de deux ans s’écoulèrent encore, et ce ne fut qu’en 1826 que la justice , informée des bruits qui s’étaient répandus, fit des recherches, et trouva un cadavre dans le jardin de celui-là même qui était soupçonné. Il était nécessaire d’abord de savoir si ce cadavre était celui de Bonino, qu’une circonstance particulière devait faire recon-

naîtrej savoir, un sixième doigt a la main droite, et un autre au pied gauche.

Nous nous rendîmes le 3 ô avril 1826 à la commune de Sussargues, pour procéder à l’exhumation d’un cadavre découvert dans un jardin. Un soulier, que l’on avait retiré de la terre en faisant dés fouilles, avait indiqué le lieu où gissait la victime de l’assassinat dont la justice cherchait les traces. Ce fut aussi sur ce lieu que nous dirigeâmes nos recherches.

La terre enlevée, nous trouvâmes, à dix-huit pouces de profondeur, un squelette humain gissantsurle dos. La tête, placée au nord, était légèrement fléchie en avant, la mâchoire inférieure était écartée de la supérieure. Les avant-bras se croisaient sur la poitrine, de manière que le droit passait un peu sur le gauche. Les cotes, dessinant encore le thorax, étaient séparées du sternum , que nous trouvâmes appliqué sur les vertèbres qui lui correspondent. Des poils noirs el un bouton de métal étaient implantés dans unèmatière terreuse et humide qui recouvrait la face antérieure du sternum. La colone vertébrale, nullement interrompue, avait conservé ses rapports avec la tête et le bassin. Les extrémités inférieures, âlongées et sur le même plan que le tronc, suivaient la direction de l’axe du corps, et se rapprochaient inférieurement. Le pied droit, le seul que nous ayons vu en place, était encore dans le soulier, un peu fléchi sur la jambe et incliné sur son bord externe, le gauche avait été enlevé avec le soulier, dans lequel nous n’en trouvâmes qu’une partie.

La tête, retirée de sa position , était sèche dans la

TRAITÉ

région frontale, tandis que la région occipitale était encore humide et comme lubrifiée par une substance graisseuse, au milieu de laquelle nous trouvâmes des cheveux noirs. Examinée avec attention, elle nous offrit, à l’angle orbitaire externe droit, une difformité résultant d’une lésion bien antérieure à la mort, puisque la nature en avait opéré la guérison : ce qui nous fit penser qu’il avait pu exister une cicatrice dans cette partie. Une autre lésion de l’os existait au côté gayche du êoronal, mais paraissait très-ancienne. Le temporal gauche a surtout fixé notre attention ; sa portion écailleuse, presque désarticulée d’avec le pariétal, était divisée en trois portions, par trois fêlures qui partaient dé la circonférence dé l’os, et se réunissaient au-devant du conduit auditif externe, et à une quatrième qui, contournant la base de l’apophyse zygomatique, sè terminait à la fente glénoïdalé. La forme de cette-frâcture, l’intégrité de larcâde zygomatique et de l’apophyse mastôïde, nous font dire qu’elle a été faite par un instrument contondant à petite surface. D’après l’absence de tout travail de la nature pour la guérison, d’après l’écartement des pièces osseuses^ et le suintement qui se faisait par les divers points de la fracture, nous pensons qu’elle a eu lieu dans un temps très-rapproché de la mort. Nous ajoutons même que les désordres que nous avons observés sont le résultat dun coup violent, qui a dû nécessairement amener une commotion cérébrale telle, que, sans tenir compte des autres accidens, l’individu qui l’a reçu a dû être mis à l’instant même hors de défense et privé de l’usage de ses sens.

Les souliers dans lesquels nous avons trouvé les os du pied, quelques morceaux d'étoffe enveloppant les vertèbres du cou, des boutons en bois et en métal, un couteau dont la lame était repliée dans le manche* trouvé à la partie gauche de la poitrine, quelques fragmens de drap et de velours, nous font croire que le cadavre avait été enseveli couvert au moins d’une partie de ses vêtemens.

Quoique le temps nécessaire pour la décomposition complète d’un cadavre varie beaucoup, et qu’on ne puisse à cet égard établir aucune règle positive, puisque les climats, l’humidité plus ou moins grande des terrains, le plus ou moins de profondeur des fosses, et une infinité d’autres circonstances relatives à l’état et au tempérament des individus, établissent des différences remarquables, nous avons pourtant cherché à déterminer depuis combien de temps, le squelette que nous examinions avait été enseveli. L’opinion là plus générale est que, dans un climat tempéré, lorsque aucune circonstance particulière ne hâte ou ne retarde la décomposition, elle est complète dans l’espace de trois ou quatre années. En rapprochant l’état dans lequel nous avons trouvé les parties lors de l’exhumation, de ce qui a été dit à ce sujet, nous croyons pouvoir avancer qu’il y a trois ans et demi environ que le cadavre a été enseveli. Nous avons remarqué, en effet, cë que quelques auteurs signalent arrivant dans la troisième période, qui commence après la troisième année, les produits gazeux entièrement disparus, l’odeur fétide remplacée par une odeur de moisissure, et seulement

364 TRAITÉ

un reste de matière terreuse, grasse, friable, brunâtre et noire. .

Les seules parties molles que nous ayons trouvées étaient des ligamens vertébraux qui, par leur composition , se rapprochant le plus des os , devaient être aussi les derniers à disparaître. :

Comme ni les lieux ni le temps ne nous permettaient de faire un examen attentif des autres parties du squelette, nous enlevâmes nous-mêmes tous les os que nous pûmes trouver, et les mîmes dans un sac auquel fut apposé le scea u de la j ustice.

Le cinquième jour du mois de mai, nous nous rendîmes au cabinet de M. le juge d’instruction pour continuer l’examen des pièces osseuses que. nous avions à notre disposition. Nq us Ærpuvâmes toutes les vertèbres, les,cotes- et les os du bassin, qui furent bientôt articulés. Voulant déterminer à quel sexe le squelette appartenait, nous examinâmes ces différentes parties, et la largeur des détroits, peu considérable , comparée à la profondeur du bassin, le détroit inférieur rétréci, cordiforme, et terminé en pointe en avant, disposition qui tientà la direction des ischions qui, en descendant, convergent beaucoup l’un vers l'autre, la ; forme ovale et très-alongée des trous sous - pubiens, nous firent penser qu’il appartenait à un homme. Notre jugement fut confirmé par le peu d'écartement des branches descendant des pubis , qui avaient leur face antérieure dirigée en dehors, tandis que chez la femme elle est large et aplatie.

Ces circonstances se trouvèrent en rapport avec la

DES EXHUMATIONS juridiques. 365

longueur , la consistance et le 'développement des os.

Le sexe étant reconnu, nous cherchâmes quel âge cet homme pouvait avoir. Le développement complet des os, celui des éminences auxquelles viennent s’attacher les muscles et celui des mâchoires; l’état des dents, qui étaient en nombre complet, à l’exception de la quatrième molaire droite de la mâchoire supérieure, dont la chute était très-ancienne, puisque la cavité alvéolaire était ossifiée, et que les dents voisines n’avaient pas changé de direction, quoique n’étant plus soutenues, nous ont amené à dire qu’il avait atteint sa quarantième année. D’après le tableau comparatif fait par M. le professeur Sue , nous avons établi que sa taille était de cinq pieds cinq pouces environ.

Les extrémités, à l’exception de quelques os, étaient complètes, et nous articulâmes le pied droit, que nous avions conservé; dans le soulier. Deux os sésamoïdès, que l’on rencontre ordinairement, furent les seuls surnuméraires que nous trouvâmes. Le pied gauche ayant été enlevé en piochant, quelques os furent égarés. Nous n’avons trouvé que le calcanéum, l’astragale, le scaphoïde et le cuboïde , les cinq os du métatarse et trois phalanges, ce qui nous a mis dans l’impossibilité de l’articuler et de nous assurer s’il y avait quelque anomalie. Ayant examinéisolément les os qui nous restaient, nous avons trouvé la tête du cinquième métatarsien... arrondie, se prolongeant en dehors et présentant une petite surface articulaire, ce qui pouvait être l’effet d’une articulation surnuméraire; mais, n’ayant pas vu de quelle manière cet os s’articulait avec la première

TRAITÉ

phalange, nous ne pouvons pas affirmer s’il y avait là un sixième doigt.

A l’exception de quelques osselets du carpe, nous avons trouvé tous ceux qui composent la main droite. Le cinquième os du métacarpe droit a d’abord attiré notre attention : plus court èt plus large que celui de l’autre main , il a présenté son extrémité phalangienne séparée en deux parties, dont l’une, vraiment articulaire, lisse, assez étroite, arrondie et proéminente, avait la direction de l’axe de l’os; tondis que l’autre, correspondant au bord, cubital, formait avec lui un angle de huit degrés environ j moins prolongée que la première, elle était aussi lisse, et présentait une surface articulaire qui n’eh différait que par sa forme moins arrondie. Ayant cherché à articuler la première phalange du petit doigt, elle s’est exactement moulée sur la première tête articulaire, et a présenté, sur le bord correspondant à la seconde, une échancrure dont l’obliquité était en rapport avec la direction que nous avons assignée à cette deuxième surface. Cet examen des diverses parties du cinquième doigt ne nous laisse aucun doute sur la nature de l’anomalie qu’il présente : aussi croyons-nous pouvoir affirmer qu’il a dû nécessairement exister un sixième doigt, quoique nous n’ayons pas retrouvé les pièces osseuses qui le composaient. La main gauche, dont nous avons trouvé tous les os, à l’exception de quelques osselets du carpe, n’a rien offert de particulier. ( Observation extraite des Ephémérides médicales de Montpellier. Septembre 1826.)

DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. 36y

Les détails importans contenus dans ce procès-verbal ont conduit le docteur X* + * à tirer un certain nombre de conclusions qui ne nous paraissent pas toutes également rigoureuses, et sur lesquelles nous croyons devoir fixer un instant l’attention du lecteur. « i° Le squelette dont nous avons fait l’exhumation, dit-il, était enseveli depuis trois ans à trois ans et demi , couvert de ses vêtemens. » — Quelles sont les expériences ou les observations dignes defoi , qui permettent à'affirmer qu’un cadavre est enseveli depuis trois ans ou trois ans et demi ? Nous avons vu qu’il est impossible de déterminer l’époque de l’inhumation, précisément à cause des différences d’état exposées dans le procèsverbal du docteur X***, et qui sont relatives à la constitution des individus, aux maladies auxquelles ils ont succombé, à leur âge, à la nature du terrain, etc. «Le corps, est-il dit dans les conclusions, était couvert de ses vêtemens, » tandis qu’il eût été plus exact de répéter ce qui avait été inséré dans le procès-verbal, « que le cadavre avait été enseveli couvert au moins (Tunepartie de ses vêtemens. ■— « 2° Ce squelette appartenait à un homme âgé de quarante à quarante-cinq ans environ, ayant la taille de cinq pieds cinq pouces. » Le procès-verbal ne contient aucun fait propre à établir que l’individu dont il s’agit était plutôt âgé de quarante ans que de vingt-huit, de trente, de cinquante-cinq. 11 y a plus, les pièces soumises à l’examen du docteur X*** n’étaient pas de nature à permettre la solution du problème : ceux des médecins qui ont étudié comparativement le squelette à différens âges,

se rangeront aisément de notre avis. —- 3 ° Get homme était sexdigitaire de la main droite ; le sixième doigt devait être placé à côté de. l’auriculaire, et s’il existait un doigt surnuméraire au pied, ce que nous ne pouvons affirmer, il devait être placé au pied gauche en dehors du petit doigt. » Gette conséquence découle rigoureusement des prémisses, et les recherches qui l’ont motivée font honneur à la sagacité du docteur ■X***. —- « 4 ° La mort de cet homme a été le résultat d’un, coup violent porté par un instrument contondant, qui a fracturé le temporal gauche. » 11 est dit en outre dans le procès-verbal : & D’après l'absence de tout travail de la nature pour la guérison, d’après l'écartement des pièces osseuses, et le suintement qui se faisait par les divers points de la fracture, etc. Pour - faire sentir combien cette conclusion est hardie, nous supposerons pour un instant que le squelette dont il s’agit ne fût pas celui de Bonino, mais bien celui d’un individu qui aurait succombé à une affection de poitrine ou de l’abdomen, et dont le cadavre aurait été maltraité ou lancé d’une certaine hauteur. Gomment M. X*** s’est-il assuré que la fracture du temporal n’avait pas été faite après la mort, et que le suintement dont il parle était plutôt l’effet d’une violence exercée pendant la vie que de la putréfaction? Il n’ignore pas combien il est difficile de distinguer, même en ouvrant les cadavres encore frais, si des blessures ont été faites peu de temps avant ou après la mort .{Voyez nos expériences sur les blessures. )

Ces réflexions ne nous ont pas été inspirées pour

faire croire que le squelette exhumé par le docteur %*** n’était point celai de Bonino j bien au contraire, nous sommes convaincus , par ce qui est dit dans la troisième conclusion, et par ce quia été établi aux débats, qu’il en est'ainsi. Notre but a été, en nous livrant à la critique du procès-verbal, de prouver qu’il n’était pas permis de fixer l’âge de; Tindividu, ni l’époque de la mort, ni de rien affirmer sur la cause de Cette mort. On sert mal la médecine légale en lui demandant plus qu’elle ne peut faire ; et surtout on s’expose à voir réfuter, avec quelque apparence de raison, pendant les débats judiciaires, un procès-verbal dont les conclusions pèchent sous plusieurs rapports, quoiqu’au fond il puisse renfermée les preuves du fait qu’il s’agissait d’établir. [Mèd~ légale, famé 2 e .)

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